A Jade House, à Chinatown, le club Ip Man Wing Chun offre à chaque adhérent d’être acteur de la vie culturelle chinoise par une pratique artistique. Cinq fois la semaine, ils sont une soixantaine à se former aux arts martiaux chinois et à sa philosophie afin de maintenir santé et discipline. Les élèves de Jacques Li, professeur d’arts martiaux, peuvent aussi s’initier à la calligraphie et participent aussi à la cérémonie du thé. Par ailleurs, la salle devient aussi un terrain de jeu pour les amateurs du mah-jong, jeu de société le plus populaire de Chine.

« Mature students seek the balance of the mind and body. They get to understand that the mind benefits in « stillness » and the body in the « movement »,  dit Jacques Li, professeur d’arts martiaux, troisième génération de la lignée du Ip Man Wing Chun Style. A son club, celui-ci accueille une soixantaine de personnes pour les former à cet art ancestral. L’enseignement est destiné aussi bien aux jeunes, aux confirmés qu’aux débutants. Ils sont âgés entre 5 à 50 ans + .
Ainsi, cinq fois la semaine, les pratiquants développent les possibilités de leur corps et de leur esprit grâce à ces pratiques millénaires. S’ils aident à entretenir, à muscler et apprendre à maîtriser le corps, les arts martiaux ne s’y limitent pas. Ils sont aussi une pratique méditative et artistique qui développe l’esprit et affûte les sens.
« Young students want to learn to be a fighter. They end up being a warrior. The difference is that the warrior seeks respect and peace », dit le professeur. Mais pourquoi le combat s’ils sont à la recherche de la paix intérieure ? « Better be a warrior in a garden than a gardener in a war », répond-il. «Chaque individu a ses propres besoins. Nous sommes là pour répondre aux besoins de chacun avec une formation standard. A eux de choisir tout ce qui leur est bénéfique. I am only the instrument, they are the artist », dit-il.
Parmi eux, Kenny Wong King, 24 ans, qui pratique depuis l’âge de 13 ans aux arts martiaux. Celui-ci a même reçu une bourse du Centre culturel chinois (CCC) en 2016 pour un stage de trois mois au fameux Temple Shaolin, situé à Henan, en chine, connu pour être le berceau des arts martiaux. Pendant cette période, il a donc suivi un entraînement intensif, tout en partageant la vie des moines. « L’entraînement s’effectue dès le matin. On se lève dès 5h et les entraînements prennent fin à 22h, chaque soir. Il fallait suivre le rythme », dit-il. Assouplissements, renforcements musculaires, qi gong, exercices de respiration, kung-fu et méditation étaient au programme. Mais aussi des cours de mandarin et de calligraphie. Pour le jeune Kenny, le stage à Shaolin a été l’occasion de découvrir un mode de vie à l’opposé du sien, mais aussi, dit-il, d’apprendre à « se détacher du monde, découvrir qui l’on est vraiment et devenir meilleur ».

A part les arts martiaux, les élèves de Jacques Li participent aussi aux activités qui aident à promouvoir la culture chinoise, comme la calligraphie, la dégustation de thé. Ils sont au total 200 personnes qui sont accueillies au club pour diverses activités culturelles. « Both of them brings happiness if rightly done », nous dit Jacques Li.

Les cérémonies du thé se déroulent comme le veut la tradition chinoise. En Chine, cette cérémonie, aussi appelée Gong Fu Cha signifie « prendre le temps pour le thé ». Cette cérémonie, née sous la dynastie des Song (960 –1279), est une méthode de préparation et de dégustation du thé, c’est un art à part entière. Les rituels, à la gestualité précise et paisible, révèlent à la fois toutes les nuances et les subtilités du thé préparé, tout en apportant une adhésion totale à l’instant présent. « Une cérémonie qui se déroule en petit groupe, de trois à cinq personnes, et qui dure une heure et demie environ », dit le professeur.

Cette cérémonie consiste à révéler tous les arômes du thé en préparant en quelques instants un thé très concentré. Les feuilles de thé sont infusées jusqu’à épuisement des arômes. Pour préparer le thé selon la cérémonie du gong fu cha, plusieurs ustensiles sont indispensables : une petite théière en terre cuite. Pièce fondamentale de la cérémonie, elle retient la chaleur et se charge des arômes du thé. Un pot à thé avec une petite passoire, des petites tasses de dégustation, une bouilloire, un plateau ajouré avec un réservoir qui accueillera toute la vaisselle et l’eau versée. « La première étape consiste à verser de l’eau bouillante dans la théière, puis depuis la théière dans le pot, puis dans les tasses. Puis, on place quelques feuilles de thé au fond de la théière avant de verser de l’eau frémissante dessus pour ensuite jeter cette première eau. Le moment de la véritable première infusion est venu. On verse de l’eau bouillante dans la théière, puis sur la théière, et on laisse infuser pendant environ une minute. Il faut ensuite transvaser le thé dans le pot muni de la passoire pour homogénéiser l’infusion puis dans les tasses », explique-t-il. Les parfums du thé se révèlent pleinement au fil des infusions.

Au club Ip Man Wing Chun, impossible de faire l’impasse sur le jeu national de la Chine, l’un des jeux de société les plus populaires en Chine, son poker. Le club possède aujourd’hui une petite communauté de joueurs, tous des parents d’élèves qui sont invités à participer aux parties de mah-jong. Le soir, les joueurs s’attablent pour en jouer. Mêlant calcul et hasard, ce jeu se compose de 144 tuiles (numérales et honneurs). Chacun des quatre joueurs en possède 13 dans sa main. À chaque tour, les joueurs piochent une tuile et en jettent une autre, à dessein de rassembler des tuiles identiques ou consécutives trois par trois, ainsi qu’une paire. Plusieurs manches s’enchaînent, et le jeu peut vite devenir interminable Et les seniors ont bien raison de se mettre à ce jeu de société, car pour Jacques Li, selon des études, « le mah-jong a de nombreux bienfaits sur la santé. Il aide à ralentir les symptômes de l’Alzheimer ».