Agé de 39 ans, Jean-François Favory est devenu paraplégique à l’âge de sept ans, suite à une erreur médicale. Ce changement radical dans sa vie ne l’a pourtant pas empêché de s’épanouir. Il est aujourd’hui un joueur aguerri et talentueux de handibasket. Et même un champion! Un parcours hors du commun qu’il effectue en fauteuil  roulant et dont il en très fier. Program Manager de l’association « Dis-moi » (DroItS huMains Océan Indien), en charge de la Commission des handicapés, Jean-François Favory milite pour une meilleure place du handibasket et du handisport en général dans le cursus sportif mauricien. Week-End est parti à sa rencontre.

Il y a 32 ans, la vie de Jean-François Favory a basculé. Suite à une erreur médicale, il devient paraplégique. Il avait alors 7 ans. Un petit bout d’homme, dynamique, heureux de jouer avec ses amis, de profiter des matchs de foot, de courir dans la rue… Mais ce coup fatal du destin le pousse vers d’autres avenues, car il est alors paralysé de la taille jusqu’aux pieds. Jean-François doit apprendre à vivre en fauteuil roulant.

Toutefois, il poursuit sa scolarité dans le mainstream, avec les autres enfants de son âge. Ses parents le soutiennent du mieux qu’ils peuvent, l’encouragent à faire du sport et à entretenir son corps. C’est ainsi qu’à 10 ans, ses parents l’ont emmené dans une association de personnes en situation de handicap, où Jean-François rencontre d’autres jeunes. Et le petit garçon d’alors commence à faire de l’athlétisme en fauteuil. Puis, il découvre le basket en fauteuil roulant. Très vite, il se fait plusieurs amis et commence à se passionner pour le basket.

Lors d’une de ses sorties à l’association, il découvre l’équipe de basketball Fraternité mauricienne des malades et handicapés (FMMH). Et c’est de là que vient son déclic pour le handibasket. «J’ai toujours adoré le sport collectif, et j’ai flashé sur le basket », raconte le sportif. Il décide alors de se joindre à cette équipe qui changera totalement sa vie. En effet, même s’il adorait le sport individuel, en découvrant le sport collectif, Jean-François Favory découvre un autre aspect du sport, celle de l’esprit d’équipe, de l’esprit de famille. « Il faut un état d’esprit nouveau, une façon autre de vivre le sport collectif », dit-il, heureux d’avoir pu s’épanouir grâce au sport de groupe.

« Le basket m’a permis de découvrir une nouvelle liberté, une nouvelle façon de vivre, de développer mon corps, autrement, avec mon fauteuil et mes coéquipiers », explique le sportif.  Cette équipe de basket représente pour lui une vraie famille avec laquelle, au fil des ans, il a tissé des liens forts qui lui ont permis de surmonter son handicap. « Enfant, je me sentais seul au monde avec mon handicap. Je pensais être le seul handicapé, je me repliais sur moi-même. Et quand j’ai rencontré l’équipe de basket, j’ai rencontré des personnes qui utilisent un fauteuil, comme moi, qui ont des difficultés, comme moi », témoigne Jean-François Favory. Cet amoureux du basketball ajoute qu’il se sentait revivre: « Effectivement, j’ai compris que oui, je ne marchais plus, mais que je pouvais continuer à vivre comme avant ». Et avancer. D’autant que ce sport lui permettait aussi d’avoir des bras plus solides et de s’adapter plus facilement à la vie en fauteuil. D’ailleurs, il a effectué toute sa scolarité « comme les enfants normaux, dans le mainstream». Et il a réussi.

Après ses études, Jean-François Favory rejoint le monde du travail. Mais cela ne l’empêche pas de poursuivre sa passion et d’améliorer ses performances. Aujourd’hui, le basketteur peut même effectuer des acrobaties au basket avec son fauteuil, raconte-t-il, fier de son équipe de la FMMH, avec et grâce à qui il  a participé à plusieurs championnats de basketball en fauteuil roulant à Maurice. En 2019, son équipe est championne de la Coupe des Clubs de l’océan Indien, à Madagascar. Le champion a également joué dans d’autres équipes de basket à l’étranger, comme l’équipe de Clichy en France, où il a effectué un stage, mais aussi les Sheffield Sveelers, en Angleterre, équipe dans laquelle il a côtoyé les champions du monde, d’Europe et les champions paralympiques. Il a aussi joué pendant un long moment dans une équipe aux Etats-Unis, où il a participé à une « Summer League ». Cependant, de nombreux défis se posent. « A Maurice, les gens sont étonnés qu’on soit capables de jouer au basket, ils ne comprennent pas comment on tire un panier. Mais on peut tout faire : tout est aux mêmes dimensions, le terrain est le même, le panier à la même hauteur, la seule différence c’est le fauteuil », explique-t-il.

« Nous sommes en situation de handicap, mais nous sommes capables de faire plein de choses, et de les faire très bien »

Si durant trente ans, Jean-François Favory a eu un parcours exceptionnel grâce au handibasket, il note que depuis ces trois dernières années, il y a de moins en moins de compétitions. « On se concentre uniquement sur le sport individuel », déplore-t-il. Le joueur s’indigne aussi de l’absence du handibasket aux Jeux des Îles. Ce, alors que l’équipe de la  FMMH a été championne de l’océan Indien en 2019. « Dans le monde entier, le basket en fauteuil est le sport le plus reconnu au handisport. C’est le sport le plus suivi, le plus regardé, car c’est le summum du handisport. A Maurice, les joueurs ont beaucoup de potentiel, mais ils sont mis de côté, car c’est un sport collectif qui nécessite plus de moyens », regrette-t-il. Et de faire ressortir que  la Fédération nationale de Basketball n’investit pas suffisamment dans le handibasket à cause, sans doute, du coût du fauteuil qui reste problématique, relève le jeune homme. Le manque de moyens constitue donc un réel obstacle au handisport mauricien, estime le basketteur, déçu que « le handibasket n’est pas reconnu comme un vrai sport qui pourrait rapporter des médailles ».

Cependant, Jean-François Favory croit en un avenir prospère pour le handisport à Maurice. Il remarque déjà une « énorme progression depuis 2010 : des nouveaux talents, beaucoup de potentiel ». Avec son équipe, il souhaiterait participer de nouveau à la prochaine Coupe des Clubs Champions de l’océan Indien, « si on y arrive, ce sera en fonction des fonds qui seront récoltés et de la situation sanitaire ». Ce combattant veut continuer à faire tomber les barrières et les préjugés et à permettre aux gens de découvrir le handisport à Maurice : « Que tout le monde le sache : oui, nous sommes en situation de handicap, mais nous sommes capables de faire plein de choses, et de les faire très bien. Nous sommes des personnes à part entière avec des ambitions et des talents. C’est important de le reconnaître. On doit apprendre à vivre avec nos différences », confie-t-il.

Camille L.