Vincent Montocchio

Parfois, il donne l’impression d’être un funambule. A force de jongler avec ses projets et ses passions le managing director et executive creative director de l’agence Circus! pourrait donner l’impression d’être un lion déchaîné. Mais qu’on se rassure, sous sa tignasse parfois sauvage il est loin d’être féroce. Partager entre la publicité, la musique, la photographie, la peinture, les illustrations, le créateur de 44 ans garde en lui une belle part de folie pour rêver du monde à sa façon. Fascinant personnage que cet artiste aux yeux verts émeraudes qui vit sa vie comme dans un grand cirque. Ladies and Gentlemen welcome Vincent Montocchio !

L’erreur serait de s’arrêter à l’image du créateur publicitaire marginal ou fou. Certes, une dose de folie est parfois nécessaire pour faire preuve d’originalité. Mais, il n’y a pas de ça dans l’équation. “C’est clair qu’il y a une part importante de création. Mais, il y a tout un travail en amont : recherches, étude de marché, positionnement, stratégies. Finalement le publicitaire créatif se base aussi sur toutes ces données pour pouvoir créer quelque chose qui parle au cœur et à la tête des gens. C’est très cliché de garder en tête l’image du créatif fou.” Vincent Montocchio préfère se considérer comme un artisan : « Mon métier demande beaucoup de sérieux. La part d’intuition n’est pas si grande. Tout le monde peut avoir une très bonne idée, mais si vous n’avez pas l’énergie pour la concrétiser et de toujours pousser pour que ce soit mieux, l’idée ne vaut rien.”

Entre autres éléments aussi nécessaires : la patience et l’écoute. Quand un client fait appel à lui, Vincent Montocchio ne compte plus les heures accordées. Aussi, s’il faut retarder notre rencontre, le managing director de Circus! n’hésite pas à faire passer son travail avant. Cette rigueur a été la clé de son succès professionnel. C’est aussi ce qui lui a permis de consolider la réputation de l’agence de communication et de publicité depuis le décès de son frère Thierry Montocchio, fondateur de Circus!.

La bonne méthode.

Rien n’a jamais été acquis : “Ce métier de communicant et de publicitaire est particulièrement prenant parce que il n’y a pas de recette miracle. Il y des méthodes, il y a une méthodologie suis laquelle je suis très à cheval. Du coup, chaque nouveau projet est un vrai défi puisqu’il y a des contraintes, des enjeux, des attentes spécifiques, et je ne peux pas me dire que nous ferons comme la dernière fois et ça remarchera. Il faut vraiment que nous arrivions à façonner chaque marque d’une façon pertinente et que le résultat ait du sens stratégiquement d’abord”.

Pour mener sa barque à bon port, il n’est pas le seul maitre à bord. Il a toujours su qu’il fallait naviguer en équipe pour avancer. Vincent Montocchio est entouré de collaborateurs qu’il considère comme étant « absolument incroyables. » Chez Circus!, il existe plusieurs départements dirigés par les personnes ayant les compétences requises. Le patron n’a même pas peur « de faire appel à des gens plus fort que moi parce que personne n’est un expert en tout. »

Ainsi, lui préfère miser sur l’empowerment au sein de l’agence située à Moka. “Je n’aime pas le mot déléguer, puisque cela sous-entend que c’est moi qui devrait tout faire. Même si je le voulais je n’aurai pas pu tout faire à la fois. Aujourd’hui, nous sommes une agence de 70 employés et c’est une entreprise dont il faut s’occuper et cela me prend beaucoup d’énergie. Je peux dire sans hésitation que je fais confiance à mes équipes. Je reste présent sur certains projets et pour les grosses campagnes. Mais franchement, je suis très fier que nous ayons pu faire que Circus! soit une agence où les talents fleurissent, grandissent et s’épanouissent ». Il agit aussi en tant que managing director, et de ce fait, doit chapeauter toutes les questions stratégiques liées à l’administration de l’agence, aux finances, à la vision de l’entreprise, aux investissements, entres autres.

L’appel du pays.

De lourdes responsabilités qui n’étaient pas dans ses plans initiaux. Après avoir étudié dans une école d’art et décroché une maîtrise en communication visuelle, design graphique et publicité, il s’était installé à Paris. Il y travaillait pour Alice, l’une des meilleures agences de l’époque, en tant que directeur artistique. “Ce n’était pas dans mes projets de rentrer à Maurice. Ca se passait vraiment très bien pour moi à Paris. Ma vie était là-bas.” Lorsque son frère lui propose de se joindre à Circus! comme directeur artistique senior : “La décision n’a pas été facile. Mais, je n’ai jamais regretté ce choix jusqu’aujourd’hui. J’avais 27 ou 28 ans, et j’ai toujours été ambitieux dans mon travail. Je pense vraiment que le talent n’est pas le plus important. Il représente 50% de la réussite. Dès mes études, je faisais en moyenne deux à trois nuits blanches par semaine. Pendant que mes amis allaient faire la fête, moi je bossais.”

Vincent Montocchio explique qu’il travaillait sans cesse afin honorer la chance qu’il a eue de grandir à Maurice et d’être né dans une famille où il n’a jamais manqué de rien. « J’ai toujours été conscient de la chance que j’ai eue. Cette prise de conscience est aussi une chance qui m’a été donné. Car, beaucoup de personnes privilégiées ne sont pas conscientes des privilèges dont elles bénéficient. Je trouve cela terrible !”

Aussi, lorsqu’il avait rejoint cette l’agence française, le Mauricien était fier de porter hautes les couleurs de son pays. « J’avais horreur de la façon dont certains Mauriciens parlaient d’eux-mêmes en disant enn ti morisien ou nou tizil. A mon avis, plus on dit cela plus on reste petit. Moi j’étais la preuve que nous pouvions réussir et que même si nous sommes enn ti zilwa, nous avons la capacité de bien faire.”

Vincent Montocchio a pour adage : « Toujours rêver plus grand de ce que tu es.” Il nous livre même son secret : “ J’ai pour principe de faire le job de la personne qui est au-dessus de moi. Je me répète sans cesse que je ne dois jamais me contenter de ce qu’on me donne à faire. Je veux et je peux faire plus et sans rien attendre en retour. C’est ainsi que j’ai réussi à grandir, à apprendre et que j’ai gagné la confiance de mon entourage. Il faut toujours avoir la volonté de faire ses preuves.”

L’avant et l’après Thierry

C’est ce qu’il fait de 2002 à ce jour. Les quatre premières années à Circus!, lorsque son frère Thierry Montocchio était en pleine forme, Vincent Montocchio faisait découvrir son style. “Sans aucune arrogance, je pense que j’ai apporté autre chose à Circus!. Pendant cette période j’ai veillé à amener “créativement” une touche humoristique qu’il n’y avait pas auparavant. Exemple les Camel nuts. J’ai peut-être amené un nouveau style de pub basé sur de la comédie sans être caricatural. Au niveau interne, c’est vrai qu’avant c’était un peu un One-Man show. Il y avait Thierry et puis les autres. Moi, la première chose que j’ai faite c’était de former les plus jeunes, et aujourd’hui ce sont eux mes bras droits. Disons que j’ai apporté la transition du savoir, et c’est ainsi que Circus! a commencé à gagner des prix internationaux.”

Il n’était pas là pour se mettre dans les souliers de Thierry. “Je dois préciser que cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a été malade pendant très longtemps (5 ans), et petit à petit j’ai pris les responsabilités. Personne ne m’avait demandé de le faire. Cela s’est fait naturellement et organiquement. Au final, quand il est décédé mon équipe et moi avions déjà pris les choses en main.”

Vincent Montocchio parle ainsi d’un “Circus! 2.0 que nous avons façonné ensemble.” Il n’oublie pas aussi qu’au lendemain de la mort de son frère, certains disaient que Circus! était fini. “Il y a eu deux moments très forts où nous avions obtenu deux énormes appels d’offres coup sur coup. Ca a soudé l’équipe d’une façon extraordinaire et nous avons ainsi envoyé un message qu’on était bien là. Et après Thierry, j’ai simplement fait à ma façon.”

What’s next

Surtout, il ne faut pas s’aventurer à lui demander le bilan de son parcours professionnel. Ses grands yeux verts risquent de virer au rouge. « Je n’aime pas dresser un bilan de mon parcours. Car le jour où je commencerai à me demander ce que j’ai bien fait ou mal cela voudrait dire que c’est l’heure pour moi de prendre ma retraite. Quand on se dit qu’on a la bonne recette, on ne se remet plus en question. Pour moi se dire satisfait c’est comme la mort car, on ne peut jamais être satisfait de ce qu’on a fait. Certes, j’avoue qu’il a des choses pour lesquelles j’en suis réellement fier. Mais, j’aime ce principe de dire qu’on peut faire encore plus ou différemment. Ou surtout de manière plus pertinente.”

Pour les gros comme les petits projets, que les campagnes décrochent des trophées ou pas, le plus important pour Vincent Montocchio et sa bande de Circus! c’est de se demander : « What’s next ?” Il précise « Plusieurs de nos projets ne sont pas visibles. Dès fois il y a des gros projets que l’on voit et qui font le buzz cela a récemment été le cas avec Pepsi. Derrière le résultat final, il a tout un travail. Circus! a contribué à créer des slogans forts. Je cite l’exemple de Chantecler, Sa ki bon sa, qui fait partie de la culture mauricienne.”

D’ailleurs, lorsque la question lui a été posée en 2011 sur ses plans pour Circus!, il avait répondu : “Je n’en ai pas plusieurs, mais un seul : veiller à ce que les valeurs de l’agence perdurent. La première chose à laquelle je me suis attelé c’était de faire vivre ses valeurs.”

Comme cela a été le cas pour plusieurs entreprises, Circus! ne cache avoir souffert ces derniers mois. Cependant, le Covid-19 est arrivé dans une période qui était plutôt bonne pour l’agence, ce qui lui a permis de tenir. “L’équipe a tout donné pendant cette période. Je tiens à remercier chacun et à leur rendre hommage. Ils se sont vraiment démenés, nous nous sommes réinventés et nous avons fait des choses que nous n’avions jamais faites avant. Cela nous a forcés à être plus agiles, beaucoup plus proactifs. Nous avons créé des choses avec peu de moyens. Maintenant, la situation est grave, et c’est difficile de se projeter. J’avais pris des décisions stratégiques il y a quelques années déjà. Cela nous nous permet de traverser cette crise de façon moins dure.”

L’impossible n’est pas possible

Audacieux et déterminé, Vincent Montocchio se permet aussi des rêves fous pour Circus!. Comme la voir décrocher un Lion à Cannes lors du Festival de la publicité et créativité. Pourquoi pas ? « Les Mauriciens ont du talent et en sont capables. » Pour être en mesure de s’attaquer au Lion, le quadragénaire cravache au quotidien. Parrallèlement il prend en considération les besoins de la société ; « Nous voulons être de ceux qui encouragent les entreprises à avoir une conscience sociale, écologique. Aujourd’hui les marques sont appelées à disparaitre si elles ne comprennent pas ses points très importants. Désormais, les consommateurs ont le pouvoir et je suis heureux qu’on leur a rendu ce juste pouvoir”.

Il constate que certaines marques mauriciennes ont déjà entamé ce changement d’attitude. Face ceux qui souhaitent encore faire la sourde oreille, Vincent Montocchio n’hésite pas à laisser tomber l’affaire : « Nous avons besoin d’avoir cette conscience en tant que citoyen. Circus! a toujours aussi été connu pour la création de marques très Mauriciennes car nous avons vraiment à cœur notre pays. Auparavant on disait qu’à Maurice il fallait avoir des blancs dans les publicités. Nous avons nous misé sur notre pluri culturalité mauricienne. We value diversity. C’est la richesse la plus précieuse de notre pays.”

Les autres facettes.

Cette diversité se retrouve aussi dans les autres passions de Vincent Montocchio. Photographe, musicien, illustrateur, ou encore artiste peintre. Là encore, il a choisi son style. Quite à se compliquer la tâche comme préféré la photographie analogue sur pellicule au numérique. Ce qui lui compte avant tout c’est de pouvoir se déconnecter et de se ressourcer. “J’ai toujours besoin d’avoir des projets artistiques personnels qui me nourrissent. Ce n’est pas du tout antinomique parce que dans mon métier, il y a une grosse part d’artistique et créative mais pas que. Ce sont toutes ses différentes facettes qui me représentent, que j’aime et qui me nourrissent”.

Après sa dernière exposition, qui date de 2011, il en prépare un autre. Cette fois, un projet de peinture autour du thème de l’esclavage : « Je ne sais pas encore où cela mènera et si elle aboutira, mais je me suis engagé, j’ai le thème, j’ai des idées matricielles de ce que j’ai envie d’exprimer. J’avoue que ca me hante depuis un moment surtout que cette période à façonner beaucoup de chose de la réalité sociale du pays et qu’il ne faut pas l’oublier. J’ai vraiment envie de creuser ce sujet”.

Côté musique, ce fan d’acoustique, à l’aise aussi bien au chant, au piano qu’à la guitare, espère retenter l’expérience d’une auto-production pour donner une suite à son premier mini-album de trois titres Memory of sand qui avait été répéré et vendu par la FNAC lorsqu’il vivait à Paris. « C’était une belle aventure et puis à Maurice, j’ai souvent collaboré avec Christophe Rey qui a aussi écrit quelques chansons pour moi. Nous avons fait beaucoup de musique ensemble. Notamment ensuite avec Michael Le Luron dans le groupe Moleskines. J’ai une quinzaine de chansons déjà écrites qui sont toujours des maquettes. Disons que c’est l’un des mes seuls projets inachevé (rires)”.

Dans tout ce qu’il entreprend Vincent Montocchio accorde une grande importante aux relations humaines. Même si des moments en solitaire lui sont indispensables, il prend aussi énormément de plaisir à échanger, à débattre, à confronter ses idées. “J’aime les gens en général. Il y a la famille et les proches, mes amis, mes collaborateurs, mon équipe de Circus!, bref tout le monde sans distinction. Autant d’amour à donner et à recevoir”.