Il était une fois, dans une île perdue au coeur de l’océan Indien, vivaient des habitants d’une circonscription qui décidèrent de s’élever contre les grands partis politiques traditionnels. Dans le royaume du No 20, lors des élections générales, 3 890 âmes placèrent leur confiance en un jeune politicien qui se clamait indépendant : Oliver Thomas.

Le fils de la contrée de l’Ouest devint ainsi le candidat indépendant ayant récolté le plus de votes; pas suffisants cependant pour le porter jusqu’à la cour de l’Assemblée nationale.

Le conte de fée ne dura toutefois que deux saisons, quand les voies récoltées sur la base de #Krwar furent toutes dupées.

Dans la lignée des Joomaye, Lesjongard et autres transfuges, Oliver Thomas rejoignit le parti soleil qu’il avait si souvent critiqué.

Mais il se passa une chose à laquelle le néophyte ne s’attendait (peut-être) pas. L’ultime alliance d’internautes – qui l’avaient jadis soutenu – et d’habitants de la région se réunirent sur la toile pour manifester leur désapprobation. Car nombreux se sentirent « trahis » par ce prétendu David, qui décida de faire de Goliath son allié.

« Ils veulent m’acheter ».

A la veille des élections, l’aspirant politicien tenait un autre discours envers la politique traditionnelle. Assis sur des rochers bordant la mer, il se lançait dans un monologue des plus inspirants sur un fond musical émotionnel qui ferait verser une larme aux pauvres crédules :

« (Le parlement) n’est pas réservé qu’à une seule catégorie de personnes, il n’est pas réservé qu’à l’élite, qu’à la crème de la crème. Mais dans une démocratie, nous tous sommes appelés à avoir le rêve au moins de pouvoir se dire que le parlement est ouvert à tous ».

Dans une autre vidéo intitulée « zot p rod aste mwa! », le beau parleur expliquait avoir décliné une offre de « Rs 200 000 » pour rejoindre le côté obscur de la force. Envie le jeune padawan avait « de rester honnête et vrai envers moi-même ».

« Je veux montrer à la jeunesse mauricienne qu’il est possible d’aller de l’avant avec enn leker prop, enn leker kler dans la politique, sans devoir ‘vendre son âme’ (…) C’est pour ça que je ne veux rejoindre aucun parti politique ». Avant d’ajouter rapidement une sorte de « disclaimer » : « Bien que dans l’avenir probablement mo pou bizin fer li ».

#Krwar dan bolom Nwel.

La réputation d’Oliver Thomas a été forgée dans les profondeurs des réseaux sociaux. A travers différentes vidéos à caractère social, il se mettait en scène aidant les démunis, voire ceux dont le destin avait été chamboulé par l’avènement du Métro express.

Il empruntait également aux philosophes et libres penseurs, en partageant le rêve d’un monde meilleur et en œuvrant en faveur de la protection de l’environnement.

Ainsi avait-il réuni une foule à Tamarin pour une campagne de recyclage, qui s’était étendue jusqu’à fort tard ce jour-là grâce à la participation de nombreux musiciens bénévoles.

Suspendus à ses lèvres, tous croyaient en cette vision d’une autre île Maurice, comme zanfan krwar dan bolom Nwel.

Pour eux, Oliver Thomas était également ce jeune entrepreneur qui, avec son business de vêtements et de recyclage, parvenait à suivre des études en droits après avoir récolté, dit-il, un diplôme en marketing et un certificat en sciences politiques.

« Pa atann seki to pei ka’av fer pou twa, me gete seki to kapav fer pou to pei », discourait-il en s’inspirant de l’ancien président américain John Kennedy.

Ki tchepor?

L’illusion vint à son terme le 4 août. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Oliver Thomas – après un nouveau monologue sur ses réalisations – a annoncé qu’il souhaitait « rejoindre un parti politique ». Ki tchepor mo broaz?, devaient questionner ces jeunes qui avaient placé énormément d’espoir en lui.

Le MMM est d’emblée écarté; ces membres l’auraient traité de « joukal ». Son choix flanchait entre le PTr et le MSM.

Le 9 août sa décision est rendue publique dans une interview à 5-Plus : « Je rejoins le MSM parce que le parti m’a démontré qu’il pouvait être un parti de proximité, qu’il pouvait changer la donne et que même si j’ai été critique à son égard, il pouvait mettre son égo de côté ».

Aussi explique-t-il avoir consulté famille et proches, ainsi qu’un politologue « pour le côté intellectuel de la chose », dit-il.

Comme mystifié par l’anneau de pouvoir, il défend désormais les scandales qui ébranlent le gouvernement : « Il y a des gens qui sont venus me dire : gouvernman voler. Il n’y a pas eu de rapport de la police, ni de l’ICAC. Il n’y a pas de preuves concrètes (…) Il y a eu pire sous le régime travailliste, sous le régime MMM/MSM ».

Les paroles de Jacques Dutronc (L’Opportuniste) semblent trouver résonance : « Moi je ne fais qu’un seul geste/ Je retourne ma veste ».
Une marée noire de critiques s’abat alors sur « le Roi des convertis », qui tente malgré tout de garder le sourire. Bernés, leurrés, trompés, abusés… nombreux de ces 3 890 votants et ceux qui avaient cru en lui font part de leur dégoût. « Ayo konfians kot ete? », visiblement pas ici.
Dans une autre vidéo explicative publiée ce lundi 10 août, Oliver Thomas invite ses détracteurs à « tir saki zot ena andan pou ki zot kapav remet saki bon ».
L’avenir dira si, comme Icarus, il s’est condamné en se rapprochant trop près du soleil…