Le leader du Parti Travailliste, Navin Ramgoolam, a condamné fermement le mutisme du Premier ministre, Pravind Jugnauth, sur le « méga scandale Angus Road qui le touche directement », évoquant des « zones d’ombre troublantes ». Il a avancé que Pravind Jugnauth doit « step down » pour laisser l’Independent Commission Against Corruption mener son enquête. Il s’est appesanti sur des interrogations autour de l’achat de terrains à Angus Road, brossant ainsi un tableau sur le lien qui existe entre Pravind Jugnauth, Alan Govinden et la société Gebr Heinemann autour de cette transaction.

Revenant sur la PNQ du leader de l’opposition Arvin Boolell à ce sujet, Navin Ramgoolam déplore le fait que le PM « pe kasiet derier l’ICAC » pour ensuite, à sa manière, relater cette saga qui a débuté en 1999 en révélant qu’« un ami m’a demandé si j’étais intéressé d’acheter un terrain à Angus Road ». Il ajoute qu’il avait décliné l’offre mais qu’il avait pensé que ce terrain pourrait servir à abriter le siège de l’Indian Ocean Rim Association. Le secrétaire au Cabinet d’alors fut envoyé pour engager des pourparlers avec Bel Air Sugar Estate (BESA), qui lui avait informé que le prix pour l’achat de ce terrain était de Rs 35 millions. Et d’ajouter que c’est le 26 novembre 1999 que Pravind Jugnauth achète le premier lot de ce terrain à Rs 6 millions.

Pravind Jugnauth avait affirmé avoir contracté un emprunt de Rs 5 millions auprès de la Delphis Bank « qui était dirigé par un dénommé Ketan Somaia, un trafiquant d’armes qui avait été condamné en Cour un peu plus tard. Il avait obtenu sa banking licence sous le régime de sir Anerood Jugnauth ».

Conflit d’intérêts

Le leader du PTr a fait part de l’intérêt démontré par une compagnie en 1999 pour acquérir un terrain de Bel Air Sugar Estate pour la construction d’un hôtel de luxe. Pour ce projet, la compagnie voulait la garantie que l’hôtel devrait avoir un accès à la mer. Toutefois, l’Executive Chairman de BESA, Patrick Rountree, n’avait pas accédé à leur requête. Ramgoolam affirme alors qu’en tant que PM, il avait décidé d’intervenir, déjà car BESA occupait ce « grazing land de l’État pour un bail de Rs 1 par an sur 100 ans » et souhaitait que le projet hôtelier se concrétise. Le contrat de bail de BESA sur ce terrain de l’Etat avait été résilié et une étude des Pas Géométriques avait été entamée pour le projet hôtelier. Il rappelle que le 7 février 2001, Patrick Rountree avait réitéré sa demande pour renouveler le bail de BESA et que c’est Pravind Jugnauth, alors ministre de l’Agriculture depuis 2000, qui entreprend les démarches.

Selon Ramgoolam, Pravind Jugnauth négociait ainsi pour le renouvellement du bail de BESA tout en s’affairant en même temps dans l’achat de terrain à Angus Road. Le 10 février 2005, Patrick Rountree écrit directement à Pravind Jugnauth pour lui faire part de l’urgence de renouveler le bail pour ce terrain de 104 arpents « alors que Pravind Jugnauth n’était ni ministre de l’Agriculture ni ministre des Terres mais Premier ministre adjoint ».

Par ailleurs, le leader des rouges explique que c’est le 22 novembre 2007 que Pravind Jugnauth a acheté le deuxième lot du terrain à Angus Road, à Rs 7 millions. Et de s’interroger alors sur la manière dont cette opération avait été menée tout en indiquant que certains paiements avaient déjà été faits depuis 2001 : « Kouma inn finans peman Rs 7 M ? Kot lasours lamone-la ? » Tout en faisant état d’informations que des paiements par cash dépassant la limite autorisée par la loi auraient été effectués, « ce qui résulte en un délit financier », invoque-t-il.

Navin Ramgoolam revient ensuite sur la troisième transaction effectuée le 10 juin 2008 pour Rs 20 M. C’est à partir de là qu’interviendrait le dénommé Alan Govinden, qui aurait fait transférer le titre de propriété des terrains à Angus Road au nom des filles mineures de Pravind Jugnauth. Il parle du « premier mensonge du couple Jugnauth », qui avait déclaré devant le notaire qu’il a payé la somme de Rs 20 millions. Il aborde les révélations d’Anil Nemchand, ex-responsable des ventes immobilières à la Bel Air Sugar Estate «  que c’est Pravind Jugnauth qui lui a dit que c’est Alan Govinden qui avait versé la somme de Rs 20 millions sur le compte bancaire de Patrick Rountree à Londres ». Et sur le rôle d’Alan Govinden, il ajoutera : «  ki li ete apart enn pros lakwizinn ki voyaz dan jet prive pendan konfinma ek al reside Maradiva, amenn aktris pou enn proze fim subventione par leta ? ».

Après Govinden, Navin Ramgoolam s’est attardé sur le rôle de la société allemande Gebr Heinemann, qui avait décroché en 2002 le contrat pour l’approvisionnement à la Mauritius Duty Free Paradise. Alors leader de l’opposition, Navin Ramgoolam a dit avoir obtenu des informations selon lesquelles Gebr. Heinemann aurait versé des commissions à hauteur de Rs 1,5 million tous les mois. Avec le retour du PTr au pouvoir en 2005, il demande la résiliation du contrat de Gebr. Heinemann. Son ministre des Finances d’alors, Rama Sithanen, lui demande d’attendre que le contrat prenne fin afin de ne pas ternir l’image du pays. Trouvant que le contrat n’avait toujours pas été résilié, il a soutenu avoir fait résilier le contrat immédiatement. C’est la société Dufry qui décrochera le nouveau contrat.

Enquête de l’ICAC en 2013

En 2013, l’ICAC ouvre une enquête sur l’achat de terrains à Angus Road et après les révélations d’Anil Neemchand et Patrick Rountree, requiert auprès du State Law Office une Mutual Legal Assistance pour élucider le cas d’Alan Govinden avec les Rs 20 millions sur le compte bancaire de Patrick Rountree en Angleterre pour que le titre de propriété pour les terrains à Angus Road soit transféré au nom des filles mineures de Pravind Jugnauth. Il ajoute que la Serious Fraud Office (SFO) aurait découvert que les fonds avaient été transférés depuis un compte bancaire à Hong Kong.  Alors que la SFO souhaitait des informations additionnelles sur ces transactions, les élections générales de décembre 2014 sont remportées par L’Alliance Lepep.

Avec Ravi Yerrigadoo en tant qu‘Attorney General, le SFO est appelé à mettre un terme à l’enquête. Il fait état d’une infraction aux dispositions de la POCA car le DPP n’avait pas été informé de la décision de mettre fin à l’enquête. « Inn aret mwa en fevrie 2015 ek inn loz 11 ka kont mwa kinn fabrike de tout pies. Pravind Jugnauth so ka depi 2013 l’ICAC pe ankete, 2020 aster pann mem apel li pou donn xplikasion ek okenn case inn loze kont li », s’interroge-t-il.  Il a avancé avoir tenu ferme lorsque des allégations de corruption avaient été faites par Patrick Rountree contre un des ministres de son gouvernement, à savoir Asraf Dulull, et un dénommé Raffick Peermamode. Il a soutenu avoir demandé à son ministre de « step down » pour laisser l’enquête suivre son cours alors qu’il considère comme « revoltan, sokan ek repreansib » que Pravind Jugnauth soit encore en poste.