• Lutte sans merci entre Port-Louis et Londres au sujet du Membership de la Grande-Bretagne au sein de l’Indian Ocean Tuna Commission
  • Une épée de Damoclès sur le seafood hub de Maurice avec des pressions pour préserver le stock de thon albacore dans l’océan Indien
  • L’archipel des Maldives et Maurice logés à la même enseigne sur la problématique de la surpêche de Yellowfin Tuna

Avec le 24e sommet de l’Indian Ocean Tuna Commission (IOTC) se déroulant virtuellement dès demain, et cela pendant cinq jours, COVID-19 oblige, Maurice se retrouve maniant un couteau à double tranchant. D’abord, le live issue de Port-Louis contestant la présence de Londres au sein de cette instance, niant à la Grande-Bretagne le statut de Coastal State dans l’océan Indien au terme des attendus de l’Advisory Opinion de la Cour internationale de Justice de La Haye. Ou encore la menace à peine voilée pesant sur le seafood hub, avec plus de 4 000 emplois en danger suite aux pressions réclamant des mesures urgentes et draconiennes pour préserver le stock de Yellowfin Tuna (thon albacore) dans l’océan Indien. Alors que sous le premier point Maurice et l’archipel des Maldives pourraient ne pas « see eye to eye » pour des raisons de realpolitik, surtout après les preliminary objections devant la Special Chamber de l’International Tribunal for the Law of the Sea (ITLOS), par contre, sur le dossier de la pêche au thon, les intérêts économiques, voire la survie, réunissent sur une même plateforme les deux pays riverains de l’océan Indien jouant gros sur ce tableau.

Avant même les premiers échanges à l’ouverture de la 24e session de la Commission Thonière de l’océan Indien demain, les objections et contre-objections au sujet du membership de la Grande-Bretagne ont commencé à pleuvoir. Ainsi, dans une première communication au début de septembre dernier et accessible sur le site web de la commission, Maurice, s’appuyant sur la résolution 73/205, votée par l’assemblée générale des Nations unies le 22 mai 2019, affirme que « the United Kingdom is not and cannot be the coastal State in relation to the Chagos Archipelago. The United Kingdom is therefore not entitled to be a member of the IOTC as a Coastal State. »

Toutefois, en raison de la pandémie de COVOD-19, Maurice a informé la présidence de l’Indian Ocean Tuna Commission que la motion formelle prônant la « termination of United Kingdom’s membership in the IOTC as a Coastal State » ne soit pas débattue lors de la 24e session, mais plutôt lors de la 25e l’année prochaine. Néanmoins, cette même correspondance ajoute que « the Republic of Mauritius strongly objects to the participation of the United Kingdom delegation in the 24th session of the IOTC and to the Letter of Credentials which it purportedly submitted to the Executive Secretary. »

Londres devait répondre du tac au tac aux objections de Maurice dans une correspondance en date du 28 septembre en passant outre le fait que les Nations unies ne reconnaissent pas le British Indian Ocean Territory. Le Foreign and Commonwealth Office met en avant les mêmes arguments au sujet que « the United Kingdom has no doubt its sovereignty over the Chagos Archipelago ». Les Britanniques ajoutent que depuis le 31 mars 1995, ils sont membres à part entière de l’Indian Ocean Tuna Commission en avançant que « the Agreement for the establishment of the IOTC provides that IOTC membership shall be open, inter alia, to FAO members that are situated wholly or partly within the IOTC’s Area of Competence ».

Malgré la déconvenue aux Nations unies, Londres persiste et signe en ajoutant que « as the British Indian Ocean Territory is situated wholly with-in the IOTC’s Area of Competence, there can therefore be no doubt that the United Kingsom, as the State with sovereignty over BIOT, is entitled to be a member of IOTC ».

Grave danger

Dans une note verbale en date du 9 octobre, le ministère des Affaires étrangères devait attirer l’attention sur les différentes étapes franchies en soulignant que « the Republic of Mauritius considers of paramount importance that the ICJ determined that the United Kingdom is under obligation to bring an end to its administration of the Chagos Archipelago as rapidly as possible, thereby enabling Mauritius to complete the decolonisation of its territory ».

En marge de toute décision qu’entérinera la séance plénière à partir de demain, Maurice est confrontée à un autre grave danger, notamment l’avenir de sa filière de conserverie de thon, le pilier du seafood hub. Des ONG internationales font un pressing quasi insoutenable en faveur de la préservation du thon albacore, espèce pélagique menacée par la surpêche dans cette région.

D’ailleurs, le ton adopté par le World Wildlife Fund (WWF) est sans appel : « In advance of the 24th annual meeting of the Indian Ocean Tuna Commission, IOTC taking place 2-6 November, WWF calls on ocean leaders to take extraordinary measures to stop overfishing and enable yellowfin tuna populations to recover. WWF urges all member states to reconsider opening the yellowfin tuna rebuilding plan of the IOTC, Resolution 19/01, to make it stronger, clearer and, ultimately, more effective. » Cet appel vient se greffer sur le boycott adopté par des chaînes de supermarchés en Europe contre des importations des conserves de thon des pays riverains de l’océan Indien.

Marcel Kroese, leader du WWF’s Global Tuna, fait comprendre que “allowing the yellowfin tuna population to crash would not only harm ocean ecosystems, it would have a disastrous effect on the livelihoods of countless fishers and their families, and damage local economies”. Poursuivant, il déclare que « WWF’s top priority for the meeting is to ensure action toward the urgent rebuilding of Indian Ocean yellowfin tuna populations. WWF is also calling for parties to commit to reducing fish aggregation devices, as massive quantities of juvenile yellowfin tuna are caught before they can even reproduce. »

À ce chapitre, Maurice pourra compter sur l’appui de l’archipel des Maldives, dont le ministère de la Pêche considère que « mounting calls for a boycott of Indian Ocean yellowfin tuna by retailers are unfair and unwarranted. » Presque 15% de la population active des Maldives dépendent des activités liées à l’industrie de la pêche. Dans ce contexte, l’archipel des Maldives affiche une position sensiblement similaire à celle de Maurice, soit « to start a pre-assessment process for Marine Stewardship Council certification of the handline yellowfin tuna fishery of the Maldives, and to work with key fishing nations to develop and revise the current resolution on a yellowfin tuna rebuilding plan to ensure that yellowfin tuna stock is revived to sustainable levels in a reasonable time frame. »

Et surtout, qu’une nouvelle session plénière de l’Indian Ocean Tuna Commission soit convoquée au début de l’année prochaine, notamment au cours du premier trimestre « to address the issue of the yellowfin tuna stock status » sur la base de données scientifiques éprouvées tout en tenant en ligne de compte les intérêts du G16-group of like-minded Indian Ocean Coastal States.