La question du leader de l’opposition au ministre des Finances aurait dû permettre de lever quelque peu le voile d’opacité qui entoure les opérations de la Mauritius Investment Corporation (MIC), filiale de la Banque centrale (BoM) vers laquelle se tourne notamment des entreprises pour obtenir un financement en temps de crise.

Or, le ministre Renganaden Padayachy a basé un important volet de sa réponse sur le respect de la politique de confidentialité, qui régit les opérations entre les entreprises privées.

A plusieurs reprises, le Grand Argentier a soutenu que les détails relatifs à l’argent décaissé des réserves de la Banque centrale et distribué à des entreprises privées – via la MIC – ne peuvent être révélés. Nuançant cependant qu’un rapport trimestriel est publié par la BoM pour en faire état.

« Nous ne pouvons pas dévoiler les informations confidentielles sans ordre de la cour », a argué Renganaden Padayachy, après être longuement revenu sur les raisons ayant motivé la création de la MIC. A savoir, que l’économie mauricienne a été grandement affectée par la pandémie.

Au bord du chaos.

Lors de sa réponse, le ministre a répété ses habituels arguments faisant état de cette « situation exceptionnelle » : « La crise nous a fait perdre cinq années de richesse »; « C’est la pire crise de notre histoire »; « La stabilité du système bancaire et financier était en péril »; « Contractions sans précédent »…

Renganaden Padayachy a expliqué que la BoM Act a été amendée pour permettre à la Banque centrale de fournir des capitaux ou des investissements aux sociétés ou entreprises, afin de « faciliter le développement économique ». Dans cette optique a été créée « une subsidiaire de la BoM ».

La MIC, a-t-il poursuivi, a approuvé le décaissement de « plus de Rs 30 Mds » pour soutenir des entreprises concernées par « 30 000 emplois directs » et « 90 000 emplois indirects ».

« Sans la MIC, notre économie et la population allaient être plongées dans le chaos », a-t-il affirmé.

Le ministre a précisé que la MIC fonctionne comme un organe privé, avec, dit-il, une administration indépendante et son propre comité. Les décisions, selon le ministre, respecteraient les standards de bonne gouvernance.

De son côté, le leader de l’opposition a voulu connaître davantage de détails sur les investissements approuvés par la MIC.

« La MIC ne peut aller contre la loi », a rétorqué le ministre. « Il nous faut respecter les clauses de confidentialité. Ce que la MIC peut publier, elle va le publier ».

« Fishy ».

A ce stade, Xavier-Luc Duval devait questionner le statut de la MIC, en demandant si elle était considérée comme une compagnie.

« Selon les Standing Orders 21 (1) et 21 (2), je peux répondre sur des entités qui ne sont pas sous ma tutelle », s’est défendu Renganaden Padayachy.

« He is minister responsible for BoM. That, he cannot deny », lui a alors lancé le leader de l’opposition. Le leader de l’opposition devait également souligner que des détails sensibles relatifs à d’autres compagnies privées – telles « Metro Express Ltd », a-t-il cité – sont rendus publics au parlement.

Poursuivant, il devait évoquer ce qu’il qualifie d’une affaire « fishy » entre une compagnie de « fisheries » et la MIC.

Cette fois cependant, c’est le Speaker, Sooroojdev Phookeer, qui a brandi la défense de confidentialité. « The Minister said he cannot enter into details… now you are disclosing everything ».

Le bouclier de confidentialité bloquant toutes tentatives de recueillir des informations sur la MIC, la tension devait monter d’un cran au sein de l’hémicycle.

Le Speaker, suite à un échange avec le député de l’opposition Arvin Boolell, a suspendu ce dernier pour huit séances parlementaires.

Une ultime tentative du leader de l’opposition d’extirper des informations sur la filiale de la Banque centrale devait une nouvelle fois se heurter à la politique de confidentialité, gardée cette fois par le Speaker. Il s’est empressé, par la suite, de mettre un terme à la PNQ.