Le Speaker déclare que la forfaiture est établie, mais ne pas pouvoir désigner l’auteur de ces propos inédits dans l’hémicycle

Kailesh Jagutpal, toujours sur la sellette, confronté aux carences entourant le cas du bébé Quirin et de la « mise en carton » de celui du couple Ram

Si les jurons ont bien été lancés dans l’hémicycle le 4 mai dernier, son proférateur… trice n’a pu être clairement désigné (e). C’est le sens de la déclaration faite par Sooroojdev Phokeer à l’ouverture de la séance de mardi dernier, à l’Assemblée nationale. C’est parce que l’auteur du “Bouss… to… li…p…” adressé vraisemblablement à la députée du MMM Joanna Bérenger dont l’intervention avait été, à ce moment précis, interrompue par la ministre Kalpana Koonjoo-Shah, des propos inédits dans l’hémicycle que le Speaker a décidé de référer à la Cybercrime Unit et à la police pour une enquête. Dans sa déclaration en début de séance, le Speaker a dit avoir reçu une correspondance de la ministre de l’Egalité des Genres et du Bien-être de la Famille, en date du 5 mai, sur des jurons qui auraient été prononcés la veille et qui étaient largement diffusés et commentés sur la toile. Soorojdev Phokeer a expliqué avoir diligenté une enquête placée sous la supervision de la Clerk en vue d’établir que les jurons avaient bien été proférés et par qui. Il a aussi précisé que les versions de la chaîne parlementaire et de Facebook présentaient des différences.

Cela dit, il a poursuivi en affirmant que des jurons ont bien été lancés, mais a aussitôt ajouté qu’il n’a pas été possible d’identifier de manière formelle la personne qui les a proférés. Il a ainsi été décidé de rechercher et d’obtenir l’expertise du Cyber Crime Office de la police pour élucider cette affaire.

Après avoir dit qu’il tiendra la Chambre au courant des conclusions policières, le Speaker a dit avoir aussi reçu un courriel de la députée travailliste Stéphanie Anquetil lui demandant de s’assurer que les enregistrements soient sécurisés afin d’empêcher qu’ils ne soient manipulés. Et de déplorer cette démarche qualifiée de «regrettable» de la députée dans la mesure où, selon Sooroojdev Phokeer, cela sème des doutes sur l’intégrité de l’Assemblée nationale et de ses officiers.

Cette clarification attendue apportée, la séance a pu commencer par la Private Notice Question du leader de l’opposition axée, cette semaine, sur deux cas douloureux de ces dernières semaines, celui du bébé Quirin, déclaré mort, mais qui respirait encore, et celui du couple Ram sa tête séparée du corps au moment de l’accouchement et rendu à ses parents dans une boîte en carton.

C’est la police…

Le moins que l’on puisse dire c’est que le ministre de la Santé, toujours sur la sellette, a eu bien du mal à donner des réponses claires et précises sur ces cas. D’abord sur le cas du bébé Quirin. Comme déjà mis en exergue par Week-End le 2 mai dernier et souligné par Xavier Duval, c’est depuis le 16 février que la mère a déposé une plainte contre l’hôpital concerné, celui de Rose-Belle. Kailesh Jagutpal a semblé ignorer totalement cette plainte et a plutôt insisté sur l’ouverture toute récente d’une enquête policière. Il a, bien entendu, relaté les faits tels qu’ils lui ont été rapportés par les services incriminés de l’hôpital de Rose-Belle.

Quant au cas du bébé Ram, le ministre a été encore plus économe dans ses réponses en disant que deux enquêtes ayant été initiées dans cette affaire, l’une par la police et, l’autre, par le Medical Negligence Standing Committee et qu’il ne pouvait élaborer sur cette affaire. Par contre, à la question du leader de l’opposition sur le «boîte de biscuits» dans laquelle le cadavre du bébé mort à la naissance avait été placé, Kailesh Jagutpal a déclaré que c’est la police qui s’est chargée de cet aspect des procédures. Une manière d’exonérer ses services et de blâmer la police. Le leader de l’opposition a, de son côté, insisté que le système de médecin «on call» soit aboli et qu’il y ait des médecins de garde présents en toutes circonstances dans les hôpitaux. Le ministre a expliqué qu’une telle mesure sera possible lorsqu’il y aura suffisamment de praticiens dans le service public.

Un autre cas de bébé, celui de la Tour Koenig, décédé le 21 avril dernier, a été, cette fois, évoqué par le député Fabrice David. S’il n’y a pas eu de plainte officielle enregistrée, une enquête a néanmoins été menée suivant des articles de presse mettant en cause le SAMU, a indiqué le ministre de la Santé Kailesh Jagutpal qui a déclaré que le SAMU est arrivé assez vite sur le lieu où la maman était confrontée à des douleurs associées à un accouchement imminent, qu’il a procédé aux premiers soins, mais que le bébé a été déclaré mort-né sur place. Mère et bébé ont ensuite été transférés à l’hôpital Jeetoo et l’affaire référée ensuite à la police pour enquête. A des questions supplémentaires de Fabrice David et d’Arianne Navarre-Marie, le ministre a maintenu que le SAMU n’a pas tardé et a aussi ajouté que la mère n’avait pas suivi de traitement prénatal.

Le Prime Minister’s Question Time a été égal à lui-même, puisque «Monsieur deux questions», comme l’ont surnommé ses pairs de l’opposition, n’a bien répondu en tout et pour tout qu’à deux questions. A la première question d’Aadil Ameer Meea sur les radars, Pravind Jugnauth a indiqué que, de juillet 2019 à juin 2020, 40 480 avaient été verbalisés pour excès de vitesse. Et suite à une question supplémentaire du député du MMM, le chef du gouvernement a expliqué que les règlements concernant les plaques d’immatriculation ont été revus pour les motocyclistes afin que les radars puissent les capturer sur caméras et identifier les contrevenants.

Pour faire durer la question, des députés de la majorité, dont Sandra Mayotte, Kenny Dhunoo et Kavi Doolub, ont adressé des questions supplémentaires au Premier ministre à cette question d’Aadil Ameer Meea. La seconde question à laquelle Pravind Jugnauth a répondu dans les 30 minutes qui sont consacrées au PMQT venait aussi d’Aadil Aimer Meea. Le sujet portait sur les rallyes illégaux organisés dans la région de Roche-Bois.

Aucune arrestation, aucune contravention et aucune poursuite effectuée pour de telles pratiques illégales, a indiqué le Premier ministre, mais des procès-verbaux ont bien été dressés pour divers délits routiers. Il a néanmoins précisé qu’il y a eu deux cas récents de rallyes illégaux, les 17 avril et 9 mai derniers. Pravind Jugnauth a aussi déclaré que les policiers qui se sont rendus sur l’autoroute à Roche-Bois pour verbaliser des motocyclistes qui roulaient à vive allure, le 9 mai, ont été confrontés à une foule hostile et qu’une enquête a été initiée sur ces incidents. Pour résoudre ce problème, un projet d’aménagement de circuit est à l’étude, a-t-il aussi annoncé.

A l’item projets de loi, les débats se sont poursuivis sur le Mental Health (Amendment) Bill après l’introduction en première lecture du Local Government (Amendment) qui donne la possibilité au Premier ministre de repousser l’échéance des municipales en juin pour deux ans et le vote en troisième lecture du budget supplémentaire de Rs 17 milliards pour 2020/2021.

Les intervenants sur le Mental Health Bil, Subashnee Luchmun-Roy Kenny Dhunoo, qui a révélé avoir été «medical practitioner» et Stéphanie Anquetil qui a déploré que les suggestions de l’opposition soient ignorées et que ceux qui les formulent se fassent insulter. La ministre de l’Egalité des Genres et du Bien-être de la Famille a tenu un discours partisan en reprochant à l’opposition de faire de la politique. Elle a défendu Kailesh Jagutpal en ces termes: «Not only has the trust and support of our Prime Minister, but also the same trust and support of all his colleagues in the Government and that of the whole population of Mauritius.» Ce qui n’a manqué de provoquer des ricanements dans les rangs de l’opposition.

Le « sunlight » de KKS

Kalpana Koonjoo-Shah a aussi évoqué le rôle de Salim Abbas Mamode qui avait déclaré à l’examen d’amendements au même texte en 2019 que le PMSD ne les voterait pas pour ajouter ensuite que «I am very happy to see that he has finally seen the light or should I say the sunlight and left the basse cour». On ne sait si la référence au soleil est une invitation à rejoindre le Sun Trust. Pour une fois, il y avait un intervenant de l’opposition, le Dr Farhad Aumeer, avant le résumé des débats par le ministre de la Santé et le député du PTr qui en a profité pour évoquer la «torture mentale» subie en ce moment par les Palestiniens. Kailesh Jagutpal a, lui, utilisé son temps de réplique pour régler ses comptes avec l’opposition et avec Shakeel Mohamed en particulier. Après que ce dernier a fait de l’ironie alors qu’il était réprimandé par le Speaker et qu’il a dit qu’il parlait tout seul et à lui-même, le ministre de la Santé a dit qu’une telle pratique était un signe de «désordre psychiatrique».

Le texte voté, la Chambre est passée au projet suivant: The Taxi Operators Welfare Fund Bill, présenté par le ministre du Transport intérieur et du Métro léger, Alan Ganoo. Une longue introduction pour un projet sectoriel comme il en existe pour plusieurs autres catégories professionnelles.

Le premier intervenant, Nando Bodha, comme à l’accoutumée sobre, a invité tous les acteurs du secteur à réfléchir sur le sort des chauffeurs de taxi dans le contexte de l’avènement du métro. Sunil Bholah, que l’on imaginait moins belliqueux que ses collègues de la majorité, s’est permis un trait d’esprit qui n’a amusé que ses collègues: «When I look at Honorable Bodha today, I see the image of a lonely taxi operator, with no passengers and nowhere to go.»

Les taxis étant un réservoir électoral utile, de nombreux intervenants se sont succédé: Osman Mahomed, Rajanah Dhaliah, Deven Nagalingum, Vikram Hurdoyal, Prakash Ramchurrun, Richard Duval, Vikash Nuckcheddy, Ranjiv Woochit, Dorine Chukowry, le Dr Mahen Gungapersad et Sudheer Maudhoo. C’est Tania Diolle qui a demandé l’ajournement des débats pour pouvoir intervenir à la prochaine séance.

A l’ajournement des travaux, Alan Ganoo a expliqué à Patrice Armance, qui l’avait interpellé sur le fait que le transport public a été dispensé de la distanciation physique, que cette décision a été prise pour permettre aux compagnies de se refaire une santé financière après des mois de difficultés. Explications autrement plus alambiquées de la part de Steve Obeegadoo sur les Mauriciens bloqués à La Réunion et qui ont fait l’objet d’un plaidoyer de la part de Shakeel Mohamed pour leur rapatriement dans les meilleurs délais. Le Premier ministre adjoint a expliqué que certains Mauriciens ont pu rentrer dans des circonstances exceptionnelles, mais que la plupart devront observer une quarantaine dans un autre pays avant de pouvoir être admis sur le sol mauricien.

Arianne Navarre-Marie a, elle, plaidé la cause des Rodriguais bloqués à Maurice, bien qu’elle ait été assez sèchement interrompue par le Deputy Speaker Zahid Nazurally. Là aussi une explication tirée par les cheveux du Premier ministre adjoint qui a réitéré les efforts du gouvernement pour qu’ils puissent rentrer chez eux.

Le Deputy Speaker a, pour dire le moins, été extrêmement abrupt avec les députés de l’opposition empêchés d’expliquer pourquoi ils formulaient certaines demandes. Tel un disque rayé, il n’a eu de cesse d’interrompre les intervenants pour leur demander «what’s your request». Lorsqu’on va à bonne école…