Photo d'illustration
  • À un mois et demi des examens du NCE, aucune indication sur les demandes d’admission et les combinaisons disponibles dans ces “centres of excellence”
  • Les travaux d’aménagement de salles spécialisées pour Food and Nutrition/Fashion and Textiles/Design and Communication pas encore enclenchés
  • La mixité : gros défis à relever pour le management des collèges concernés

Alors que les académies se préparent à accueillir leurs premiers groupes d’élèves émanant de la Nine-Year Continuous Basic Education, les parents attendent toujours d’être mieux informés pour faire leurs choix. On sait que 12 collèges ont été désignés pour cela. Toutefois, le Mauritius Examinations Syndicate (MES) n’a pas encore donné les directives pour les demandes d’entrée dans ces académies. De même, les parents ayant déjà procédé au choix des matières dans les collèges régionaux ne savent pas si ces mêmes combinaisons seront disponibles dans les académies. Entre-temps, dans les futures académies, on s’organise pour accueillir la première cuvée du National Certificate Examinations – environ 15 000 candidats – même si les travaux ont pris du retard. On appréhende également la mixité, où dans certains collèges on pourrait se retrouver avec environ 80 filles et 500 garçons… Plusieurs questions adressées au ministère de l’Éducation, restées sans réponse à ce jour.

Les collèges désignés pour être convertis en académies sont les collèges Royal de Port-Louis et de Curepipe, John Kennedy College, Sir Abdool Razack Mohamed State College, Sookdeo Bissondoyal State College, Sir Leckraz Teelock State College, Queen Elizabeth College, Dr Maurice Curé State College, Forest-Side SSS, Droopnath Ramphul State College, GMD Atchia State College et le Mahatma Gandhi Institute. Dans le document de la réforme présenté par la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, elles sont décrites comme des « centres of excellence ». Il est stipulé que l’entrée dans les académies sera décidée sur la performance du candidat et le choix des parents.

Mais pour beaucoup, de nombreux aspects demandent à être éclaircis. Beaucoup ont attendu en vain une communication du ministère de l’Éducation, avant de faire leur choix. Un parent se demande ainsi si les places disponibles dans une académie seront départagées entre les filières. « Admettons qu’il y a 100 places dans une académie. Est-ce que cela voudra dire qu’on va les départager entre les quatre filières proposées, soit science, économie, technique et arts side, donc 25 chacun ? Et que se passe-t-il si, disons, le 26e candidat dans la filière scientifique a un meilleur résultat que le dixième dans la filière technique ? Ne sera-t-il pas pénalisé ? Dans ce cas, ce ne sera pas la performance qui va compter. »

Ce parent se demande également si les places seront encore plus restreintes au cas où il faudrait départager équitablement entre les filles et les garçons, puisque les académies seront mixtes. D’autres parents attendent, eux, des précisions sur les bourses qui seront attribuées sur une base régionale. La ministre a annoncé 16 bourses, soit quatre par région, pour le “mainstream” et quatre autres pour ceux qui opteront pour la formation technique.

Mais la grande question est de savoir si les candidats des collèges régionaux pourront aussi “compete” pour les bourses nationales. Beaucoup de collèges régionaux ont misé sur cette double possibilité pour tenter de garder leurs élèves en Grade 10. Mais le ministère n’a pas encore donné de détails à ce sujet. Toutefois, une simple question mathématique démontre que ces bourses régionales seront limitées. Car si l’on prend en considération qu’il y a quatre bourses par zone et qu’il y a quatre filières d’études, cela voudra dire qu’il n’y aura qu’une bourse par filière. Alors que sur le plan national, il y a un minimum de trois bourses par filière.

Des travaux en attente

Entre-temps, dans les collèges désignés, les responsables mettent les bouchées doubles pour accueillir la première cuvée du NCE. Selon un porte-parole de l’Union des recteurs des collèges d’État, des dispositions ont déjà été prises pour adapter les infrastructures aux nouvelles réalités des collèges concernés. « Comme les académies seront mixtes, il faudra prévoir les salles adaptées pour les matières comme Food and Nutrition, Fashion and Textiles dans les collèges de garçons et Design and Communication dans les collèges des filles. Pour le moment, nous avons reçu la visite des architectes des Infrastructures publiques. Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y aura pas de nouvelle construction, mais des réaménagements des salles. »

Toujours est-il, ajoute ce dernier, qu’il y a des procédures à respecter avant le début des travaux. « Les architectes doivent maintenant faire approuver leurs plans, il faut lancer les appels d’offres, les évaluer et octroyer le contrat. À mon avis, il y a peu de chance que les travaux soient complétés avant la rentrée de juin 2021. » Car il faudra aussi prendre en considération le fait que les candidats du SC et du HSC seront en examen jusqu’au mois de juin. Donc, pas de travaux possibles pendant les épreuves.

En revanche, notre interlocuteur se dit plus rassuré en ce qui concerne l’aménagement des toilettes pour filles et garçons. Ce sont les zones directorates qui ont géré ce dossier. De ce côté, les travaux sont plus avancés et on estime que d’ici le mois de mai, tout sera complété. Idem pour les uniformes qui sont actuellement sous la responsabilité des Parent Teachers Associations. Car il faudra bien prévoir des modèles pour les filles qui fréquenteront les Collèges Royal ou les garçons qui se retrouveront au Queen Elizabeth College. « Tout est fait en prenant en considération les sensibilités et les cultures. C’est pour cela que les PTA sont appelées à donner leur avis. »

La grande question qui se pose actuellement, c’est comment gérer la mixité. Car c’est un fait que dans certaines académies, on verra arriver des filles d’une moyenne de 14-15 ans, qui devront évoluer dans un  milieu majoritairement masculin, avec des garçons de 19-20 ans. À cette question, notre interlocuteur reconnaît qu’il s’agit là d’un grand défi. Il mise sur l’expérience pour avoir la bonne approche. « C’est pour cela qu’à l’Union des recteurs, nous avons toujours dit que les académies doivent être confiées à des personnes d’expérience et non à des novices. D’ailleurs, dans le plan de réforme, il avait été dit que les académies seraient autonomes, avec un “new management model”. On ne demande qu’à adhérer à ce qu’on prêche. »

2 160 places disponibles

Selon lui, il faudra une bonne planification, de l’expérience et surtout, le travail en réseau pour relever ce nouveau défi. « Il y aura des collèges où on va se retrouver avec 65 à 80 filles et 500 garçons. Il faut pouvoir gérer. À mon avis, il faudra travailler en partenariat. C’est un nouveau concept et les écoles ne pourront faire ce travail seul. Selon moi, il faudra œuvrer en réseau, avec les parents, les alumni et d’autres acteurs. »

Il est prévu que chaque académie aura cinq classes de Grade 10. Ce qui fait une moyenne de 175 admis par collège et qui correspond à la projection de 2 160 places dans les 12 académies. De même, alors que la ministre avait affirmé que les académies opéreront par spécialisation, il nous revient que tel ne sera pas le cas. Toutes les académies offriront finalement les différentes filières. Sauf qu’on ne sait pas encore quelle sera la tendance. Il faudra attendre que le MES complète l’exercice de demande dans les académies, pour avoir une idée plus claire. Notre interlocuteur se dit, lui, prêt à relever le défi. « Nous sommes conscients que cela ne va pas être facile, mais au niveau de l’Union, en tant que partenaire privilégié dans le processus de policy, nous allons tout faire pour trouver une synergie. On parle aujourd’hui de l’éducation du 21e siècle, le modèle de gestion doit également évoluer avec.»


AVIS DES PARENTS

Sheila M, mère de Ryan : « Une période sensible au changement »

Mon fils a un bon potentiel et aurait pu être admis dans un collège national sans difficulté s’il n’y avait pas la réforme. Mais aujourd’hui, j’hésite à le transférer dans une académie, de peur que cela n’affecte sa stabilité. Car à 15 ans, il est en pleine adolescence avec tout ce que cela comporte. De plus, il devra se réadapter dans un nouvel environnement, après avoir déjà connu un gros changement à la sortie du primaire. J’espère que les autorités ont pris tout cela en considération en proposant l’option académie à cette période. Mais de l’autre côté, je suis consciente que rester dans un collège régional ne lui permettra pas de se mesurer à d’autres élèves de son niveau. Il nous faudra faire un choix difficile entre la stabilité et l’excellence.

Roshan, père de Neeshi : « Le moment tant attendu »

Ma fille était très triste de n’avoir pu aller au Queen Elizabeth College comme sa sœur. Depuis trois ans, elle attend de pouvoir entrer à l’académie. Elle travaille très dur pour cela. Notre seule préoccupation est que le collège sera mixte. On ne sait pas encore comment cela va être. J’espère que l’administration du collège pourra gérer cette situation. C’est vrai qu’il y a déjà des collèges mixtes à Maurice, mais ceux-ci étaient préparés à cela et les enfants ont presque grandi ensemble. Nous allons quand même relever le défi car elle ne pourra progresser dans un collège régional.

Brinda, mère de Nilesh : « Le bien-être de mon enfant avant tout »

Mon fils fréquente un collège confessionnel. C’était notre choix, indépendamment du “Nine-Year Schooling”. Son frère aîné est au même collège et nous sommes très satisfaits de l’éducation qu’il a reçue. Pour nous, c’est important que nos enfants aient une éducation holistique. Je ne pense pas que la compétition fera d’eux de meilleures personnes. La spiritualité compte aussi pour nous. Dans son collège régional, il aura tout cela en même temps. L’académie, ce n’est pas pour nous.


Quelle réforme pour le secteur TVET ?

Le plan de la réforme éducative vise à rehausser l’image de la filière Technical and Vocational Education and Training (TVET). Les centres vocationnels sont supposés accueillir les candidats du NCE qui opteront pour la formation professionnelle, au lieu des études académiques. Toutefois, on ne sait encore si cette option sera disponible dès cette année ou si elle est surtout destinée aux élèves de l’Extended Programme qui passeront le NCE l’année prochaine. Toujours est-il que sur le papier, la réforme prévoit pour le secteur TVET : « Infrastructure with state-of-the art technological equipment ; programmes reviewed for increased relevance to existing and new emerging sectors ; capacity building at all levels. »

La ministre Dookun-Luchoomun avait même, dans une réponse à l’Assemblée nationale, annoncé que le ministère avait la collaboration de la prestigieuse université américaine Harvard pour revoir le programme de la TVET. Où en sommes-nous aujourd’hui ?  Nos questions au ministère sont malheureusement restées sans réponse.

Ce qu’on sait, c’est que l’Éducation a conservé six des 22 centres MITD – les autres étant passés sous le ministère du Travail – pour les besoins de cette filière. Il s’agit des centres de Piton, Port-Louis, Ébène, Beau-Vallon (en construction), Le Chou (Rodrigues) ainsi que le Lycée Sir Guy Forget, à Flacq. La ministre avait également annoncé la création d’un Institute of Technical Education, qui nécessitera d’abord un projet de loi à l’Assemblée nationale. Là également, il n’y a pas plus d’information pour le moment. Il est donc plus probable que l’option TVET ne sera prête que l’année prochaine, soit lorsque le premier groupe d’élèves de l’Extended Programme passera le NCE.

En attendant, les cours affichés sur le site du MITD actuellement portent sur les secteurs de l’agro-industrie, mécanique automobile, électrique/électronique, informatique, construction, bijouterie, impression, textile, tourisme, menuiserie, soins de beauté, management et artisanat.