C’est sous le sobriquet Arad, comme pour faire honneur à sa marque A – Rad Creations, qu’Araadhana Rambhojun pose ses jalons comme designer de produits upcyclés. Elle transforme ainsi les vêtements usagés en du neuf. Elle est capable de masquer les taches, de rendre de l’éclat à un vêtement d’occasion. Présent dans les marchés écolos, car très porté sur la préservation environnementale, son concept accroche. Ses recherches l’ont conduite à la “slow fashion”, soit la mode durable et responsable.

Après avoir exercé comme Early ChildHood Educator, en Australie pendant six ans, elle a tout abandonné pour ouvrir une entreprise à Amaury, Belle-Vue Maurel. Stylée à sa manière, Araadhana Rambhojun ou Arad, pour les intimes, aime bien son sobriquet Arad qui signifie cool et qui rime bien avec son prénom. À Amaury, elle a mis en place son studio de création.

Sa démarche consiste à collecter de vieux vêtements qui lui sont offerts et de les recycler. « Je donne une seconde vie à ces vêtements en fabriquant un autre vêtement, des accessoires ou des décorations d’intérieur. J’évite que les déchets textiles ne soient jetés à la poubelle et je les transforme en produits durables. Telle est ma philosophie de vie : “Transformer les déchets textiles en goûts durables”. Quand on sait qu’une paire de jeans requiert entre trois et quatre gallons d’eau, autant recycler du vieux et protéger du coup l’environnement, comme l’exprime si bien Arad à travers sa maxime. »

Arad a découvert cet art de manière fortuite, mais dit-elle, « l’upcycling existe depuis longtemps, mais c’est maintenant que nous lui donnons de la valeur en raison des changements environnementaux positifs auxquels il contribue ». Lors de son voyage, elle se familiarise avec la mode dite « seconde main ». Elle s’explique : « La culture de la mode seconde main est très normalisée et certainement très amusante en Australie. J’ai fini par découvrir la mode upcyclée tout en me renseignant sur la mode durable. »

De retour sur le sol mauricien, ne trouvant aucun vêtement à son goût, Arad voulait se distinguer en s’habillant autrement et en étant unique à sa manière. Elle décide de recycler les vieux vêtements de sa mère et se découvre sur le tas des compétences de styliste. Arad parvient avec brio à se démarquer du lot en se découvrant graduellement une passion pour la transformation des vêtements non utilisés. Du coup, elle jubile, car sa trouvaille lui permet aussi d’économiser des déchets textiles, ce qui contribue à une « double victoire ».

« La culture de la mode doit se diversifier »

Ce qu’elle propose tient compte du respect de la nature. La styliste décide ainsi de donner des noms à ses collections. Son esprit créatif constamment en ébullition, elle se met à expérimenter des choses et à créer. Ainsi est né Kimree, un des produits phares de sa collection qui consiste en un haut de couverture de style kimono fabriqué à partir de vieux saris. Kimree est une combinaison du mot kimono et “saree”. Pour Kaffee, elle a mélangé le style kaftan au “saree”. Quant au “crop top” Kiltir, il consiste en un patchwork de différents tissus transformés en un top dos nu. Le client peut aussi choisir entre un mélange de tissus de sari, d’imprimés africains, de denim et plus encore dans un seul haut.

Le “ponchoogoo” est un poncho avec une grande poche de kangourou sur le devant. Arad a trouvé ce nom par un concours de circonstances, et reconnaît que tous les noms de ces collections ont une signification et une représentation pour tous ceux qui adhèrent à sa mode.

Sur le plan académique, Araadhana Rambhojun dira avoir étudié en Australie pour devenir enseignante, métier qu’elle a exercé pendant six ans. Ensuite, elle a tout abandonné pour ouvrir son entreprise à Amaury, Belle-Vue Maurel. « L’Australie m’a appris à devenir une femme indépendante et à me fondre dans un large éventail de cultures et de diversités. La décision de changer d’orientation de carrière a été difficile au départ, mais je suis heureuse d’être aujourd’hui reconnue comme une designer de produits upcyclés. »

Son inspiration, Arad la puise dans son matériel de récupération. Il lui arrive de se réveiller à 3h du matin pour dessiner. Parfois, elle débute avec des esquisses bien précises avant de changer d’orientation de plan de travail. « Mes idées peuvent aller dans n’importe quel sens. Parfois, je crée des objets super-funky dont je tombe totalement amoureuse. Et, je finis par les prendre pour moi. La plupart du temps, je suis la seule à porter les vêtements excentriques que je fabrique. J’ai l’impression que les Mauriciens ne sont pas encore prêts pour les styles extravagants et recyclés. Il est difficile de vendre ce type de modèles. Je dois donc faire des choses qui sont plus acceptables pour le public afin de pouvoir gagner ma vie. Honnêtement, je n’ai aucun problème à marcher dans la rue avec quelque chose de super-unique. J’aime l’authenticité. J’espère vraiment que la culture de la mode va se diversifier et que les gens pourront s’exprimer librement avec ce qu’ils portent. Je peux aussi passer de la mode à des objets uniques pour la maison, comme une grande couverture en patchwork de denim. Cela prend tellement de temps, mais le résultat est tellement étonnant et se décline en chef-d’œuvre. »

Ce travail de styliste, Arad le pratique à plein-temps, tout en reconnaissant que le Covid-19 a affecté son activité. Elle souhaite dans les mois à venir une situation plus stable. Elle veut ainsi véhiculer le message suivant : « J’ai hâte de sauver davantage de la pollution textile à Maurice et de contribuer davantage à la communauté de la mode durable. Je tiens également à ajouter que mon objectif, chez A – Rad Creations, est de vivre dans la paix, l’amour et l’équilibre avec mère Nature tout en arborant un style authentique. Réutiliser des matériaux existants confère un sentiment positif tout en prenant soin de soi, des autres et de la planète. Le recyclage de la mode mène à un mode de vie durable, donc à moins de gaspillage et à un environnement plus sain. »

Actuellement, un de ses projets phares est de trouver des astuces pour faire décoller sa vente. Elle songe à s’entourer d’autres artisans et placer certains de ses produits dans des magasins. « Je viens également de recevoir d’une personne gentille une machine industrielle et une surjeteuse. J’espère me développer dans un avenir proche avec une meilleure performance en termes de production. »