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Les récents cas d’abus sexuels sur les enfants, nommément une fillette de trois ans violée dimanche dernier et sa sœur aînée, âgée de neuf ans, qui aurait également été victime d’agression sexuelle, ne laissent pas indifférente la psychosociologue Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, membre du Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM). « Les cas rapportés officiellement sont définitivement en deçà de la réalité, explique-t-elle. Avec les 306 000 enfants que comptent Maurice et Rodrigues, et si l’on suit les tendances internationales selon lesquelles une fille sur cinq et un garçon sur 13 sont victimes d’abus, il est clair que la moyenne des 300 cas rapportés annuellement auprès de la CDU ne reflète aucunement ce qui se passe réellement dans notre pays. »

Mélanie Vigier de Latour-Bérenger fait ressortir qu’« aucune couche sociale n’est épargnée ». Et d’ajouter : « De même, les auteurs d’actes sexuels sur des enfants gravitent dans le giron immédiat des victimes : un frère, un oncle, un cousin, un religieux, un chef scout… Cela peut être une femme également. » Elle poursuit : « Une des raisons majeures pour laquelle les enfants taisent le nom de l’auteur de ces violences, le plus souvent, c’est parce que justement, il s’agit d’une personne qu’ils aiment et en qui ils ont confiance. Certains enfants, il convient aussi de le souligner, ne savent pas que ce qu’ils subissent relève de l’agression sexuelle. Cela parce que personne ne leur a parlé des diverses formes de ces agressions ! »

Et pire, soutient Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, « il y a ceux qui “banalisent” ou minimisent » les agressions sexuelles commises sur les enfants. « On met ça sur le dos des jeux sexuels, normaux à quatre/cinq ans (entre enfants de même âge, même taille plus ou moins et qui se font dans la joie, comme tout jeu), quand ce n’est certainement pas de cela qu’il s’agit ! Ou la famille ou proches le passent sous silence, attendant que le temps fasse son travail et que l’enfant victime oublie. Parce que cela met mal à l’aise d’évoquer le sujet, parce qu’on ne veut pas se mettre à mal avec l’auteur(e) désigné(e) par l’enfant, prolongeant alors les agressions subies… Et augmentant la gravité des conséquences dans la vie de l’enfant victime. »

Mais qu’arrive-t-il à l’enfant agressé dans ces circonstances ? La psychosociologue explique : « Il ou elle continue de subir ces sévices, et est meurtri(e) et abîmé(e). » Et il y a également, rappelle-t-elle, « l’élément de menaces : “si tu parles, je ferai du mal à quelqu’un qui t’est très cher, ou je tue ta sœur” ». Elle poursuit : « Le poids du silence, l’impuissance, la sensation d’être pris au piège décrit par Summit, la honte, la peur, le tabou, la peur du qu’en dira-t-on. Il y a tellement de raisons qui poussent les enfants à garder le silence sur les abus qui sont commis sur eux. C’est pour cela que ce que nous avons comme cas qui remontent à la surface sont à peine représentatifs de la réalité. »

Mais il faut « absolument changer cette donne », renchérit Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. « Imagine-t-on quel tort on fait aux enfants qu’on contraint à grandir en pensant que “c’est mal” de parler de sujets ayant trait au développement sexuel, ne serait-ce que de nommer les organes sexuels ? » « Il faut évidemment une volonté politique et un accompagnement des parents, fondamental pour une éducation dans la bienveillance et la fermeté, mais sans violence… pour un attachement sécurisé. Il est difficile d’être parent et un accompagnement solide, dès la grossesse, peut déjà aider, » ajoute-t-elle.
Le dernier exercice budgétaire était « sidérant », estime la psychosociologue. « Peu ou pas grand-chose alloué à l’enfance ! Il faut une réelle politique destinée aux enfants. Pourquoi n’arrive-t-on pas à investir de manière qualitative, en fonction de nos réelles priorités ? Est-ce que le complexe de Côte-d’Or est plus important que de donner à manger à des enfants, par exemple ? »

« Auteurs d’actes sexuels sur des enfants : les mineurs plus vulnérables ! »

Mélanie Vigier de Latour-Bérenger explique que « sur 90% des auteurs d’agressions sexuelles sur les enfants, seuls 4 à 10% des cas concernent des personnes ayant des problèmes de santé mentale ». Elle nuance : « Cependant, un cas d’agression sur mineur(e), sur deux ou trois, implique un auteur mineur. 90% des auteur(e)s de violences ont eu un attachement sécurisant, un manque d’amour, de soins, ont été victimes de violences ou de maltraitances, créant des défaillances dans leur construction. Investir dans un attachement sécurisant, dans le lien entre enfants et parents, c’est une composante fondamentale à la base d’une société plus solide et équilibrée. »