Le président de la National Trade Union Confederation (NTUC), Narendranath Gopee, a demandé au Premier ministre, Navin Ramgoolam, de révoquer les responsables qui l’auraient induit en erreur dans l’élaboration de la réforme du système de pension annoncée dans le budget 2026-27. Il s’exprimait, hier, lors d’une conférence de presse tenue au siège de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), à Port-Louis.
Le syndicaliste déclare que le chef du gouvernement a subi « une humiliation nationale et internationale » à la suite de la contestation populaire provoquée par les mesures relatives à la pension. « Après la révolte de la population, le Premier ministre doit mettre ce Steering Committee au placard et demander des comptes à tous ceux qui ont contribué à la préparation de ce budget. Ce n’est pas un budget digne de l’île Maurice de 2026, compte tenu des nombreuses omissions et incohérences qu’il contient », dénonce-t-il.
Narendranath Gopee s’est également interrogé sur le rôle du directeur de la Mauritius Revenue Authority (MRA) dans l’élaboration du budget. « Le directeur de la MRA siégeait au sein du Steering Committee qui a soumis ses propositions au Premier ministre. C’est la MRA, à travers son directeur et l’un de ses collaborateurs, qui aurait rédigé ce nouveau plan de pension problématique. Le Means Testing n’a pas sa place dans la philosophie de la Basic Retirement Pension (BRP), qui demeure une pension universelle », s’appesantit-il.
La NTUC avance ainsi une proposition afin d’éviter le recours au Means Testing. Pour Narendranath Gopee, une personne percevant un salaire compris entre Rs 50 000 et Rs 70 000 devrait continuer à bénéficier de la BRP dès l’âge de 60 ans. « Une autre option serait de permettre aux personnes gagnant plus de Rs 100 000 de choisir de toucher ou non la BRP à partir de 60 ans. Lorsque nous comprenons la philosophie de la BRP, nous réalisons qu’il s’agit avant tout d’un soutien destiné aux travailleurs », fait-il comprendre.
Le président de la NTUC estime, par ailleurs, que le gouvernement n’est pas l’unique auteur du budget. « Il est clair que ce budget a été préparé par une petite équipe de technocrates. Peut-être même que le Premier ministre n’était pas au courant de certains éléments. Il a été pris de court et, une fois le budget présenté, il s’est rendu compte que certaines mesures n’auraient jamais dû y figurer. Il a dû faire machine arrière. Toutefois, il faut rester prudent, car il n’a pas précisé qu’il reviendrait à l’ancienne formule de la BRP pour tous. Nous ne savons toujours pas quelle formule sera finalement retenue. Pour moi, la meilleure solution est de ne pas toucher à la BRP », affirme-t-il.
Narendranath Gopee maintient que la BRP constitue un droit fondamental. « La BRP a toujours existé. Même feu sir Seewoosagur Ramgoolam n’a pas osé y toucher durant les périodes difficiles. Il s’agit d’un droit acquis pour les travailleurs. À la lumière de l’article 94(3) de la Constitution, nous pouvons considérer qu’il s’agit d’un droit constitutionnel. Si nous souhaitons remettre en cause un droit acquis, il faudrait consulter la population à travers un référendum national », prône-t-il.
Le syndicaliste fait ressortir également que le gouvernement devrait davantage miser sur l’investissement pour améliorer les finances publiques. « Il n’y a pratiquement aucune mesure dans ce budget pour renflouer durablement les caisses de l’État. Il faut attirer davantage d’investissements étrangers dans des secteurs à forte valeur ajoutée et mettre sur pied un Conseil national de l’intelligence artificielle afin de développer ce secteur dans l’intérêt des travailleurs. L’ancien régime savait déjà que la BRP n’était pas soutenable à long terme, d’où la mise en place de la Contribution sociale généralisée (CSG) comme mécanisme de soutien financier. La CSG aurait dû être maintenue pour soutenir la BRP », ajoute-t-il.
Le président de la General Workers Federation, Clency Bibi, a pour sa part attiré l’attention sur l’augmentation de l’amende maximale applicable aux rassemblements illégaux, qui passerait de Rs 25 000 à Rs 100 000. « Dans le même temps, le gouvernement prévoit de conclure un accord de coopération avec les États-Unis, incluant un soutien militaire. Ne cherche-t-on pas à museler les syndicalistes ? » s’interroge-t-il. Il estime que ce budget ne correspond pas aux engagements pris par l’Alliance du Changement lors de la campagne électorale.
« Ce gouvernement a obtenu un mandat clair sur la base de son manifeste électoral. La population lui a fait confiance. Il est inacceptable de s’éloigner de cette vision », déclare-t-il. Clency Bibi regrette aussi l’absence de mesures concrètes pour la réhabilitation des moteurs des centrales électriques du Central Electricity Board (CEB).
Arvind Sunnassee, membre de la NTUC, déplore la signature prochaine d’un accord gouvernement à gouvernement (G to G Agreement) pour la construction d’un nouveau terminal à conteneurs alors que les discussions avec les syndicats portuaires sur le développement du port n’étaient pas encore terminées.
De son côté, Devanand Ramjuttun estime que le Premier ministre avait commis « une deuxième erreur » en intégrant la réforme de la pension au budget 2026-27. « Le chapitre consacré à la pension doit être retiré du budget et des consultations doivent être engagées avec l’ensemble des parties prenantes », préconise-t-il. Il a rappelé qu’en 2003, lorsque Paul Bérenger et sir Anerood Jugnauth étaient au pouvoir, une tentative d’introduction du ciblage de la pension avait déjà suscité de vives controverses. « À l’époque, Navin Ramgoolam, alors leader de l’opposition, avait promis de rétablir la pension à 60 ans. C’est notamment sur cette base qu’il avait remporté les élections de 2005. Voilà ce qui arrive lorsqu’on tente de toucher à la BRP », fait-il comprendre.
Pour sa part, Ashvin Gudday avance que le gouvernement n’a pas tiré les leçons de la mobilisation populaire contre la réforme. Il regrette le silence de l’ancien syndicaliste et actuel ministre Ashok Subron concernant la hausse des amendes prévues sous la Public Gatherings Act. « Dans le passé, il a lui-même été victime de cette législation. Aujourd’hui, il ne prend pas position sur cette mesure », a-t-il déploré.

