Agression dans un autobus scolaire : La sécurité et le respect dans le transport public, une responsabilité partagée

Une affaire d’agression physique survenue au cours de la semaine écoulée dans un autobus scolaire à St Julien d’Hotman continue de susciter de vives réactions, tant sur les réseaux sociaux que dans l’opinion publique. En l’espace de quelques jours, deux vidéos successives, devenues virales, ont profondément modifié la lecture des faits et relancé le débat sur le secteur du transport, notamment concernant la sécurité et le respect des travailleurs du transport public, mais aussi des passagers. Le ministre de tutelle, Osman Mahomed, a tout de suite saisi l’affaire et demandé un rapport officiel à la Compagnie Nationale de Transport (CNT).

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Des images qui choquent. Cela est devenu chose courante désormais de filmer des gens à leur insu et de les publier sur les réseaux. Si parfois ces vidéos peuvent être effectivement utiles, notamment pour dénoncer les agissements de certains individus, parfois elles ne servent qu’à créer du buzz ou à faire sensation. Le cas de cette agression verbale, puis physique dans un autobus scolaire est assez particulier.

Dans un premier temps, une vidéo largement relayée sur les plateformes numériques montrait une jeune collégienne en altercation verbale avec un receveur de la Compagnie Nationale de Transport (CNT). On y entend l’adolescente demander à ce que ses camarades et elle soient autorisées à monter dans l’autobus, affirmant faire valoir ce qu’elle considérait comme ses droits, notamment en déclarant : « Ou pa gagn drwa tous mwa. » Le receveur lui aurait alors dit que le bus, transportant déjà un peu plus de 80 élèves, ne pouvait pas l’accueillir, ce qui aurait fortement déplu aux demoiselles en question.

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Cette séquence a rapidement suscité de nombreux commentaires, certains internautes saluant « la bravoure » de la collégienne face à ce receveur, d’autres au contraire réprimandant la jeune fille pour son manque de respect face à un employé « ne faisant que son travail ». Le tribunal du net est ainsi mitigé et de nombreux internautes ont eux aussi profité de l’occasion pour témoigner de leur mécontentement vis-à-vis de certains receveurs d’autobus « qui ne savent pas parler aux gens », ou « qui font la pluie et le beau temps, refusant l’accès aux gens dans les bus, alors qu’il y a clairement de la place… » Oui, mais la loi, elle, dit autre chose : un autobus ne doit pas avoir plus de cinq passagers debout sous peine d’amende. D’ailleurs, la standing capacity est souvent définie selon les dimensions de l’autobus en question.

Cependant, pour en revenir à notre cas d’agression, la publication ultérieure d’une seconde vidéo est venue bouleverser la perception initiale de l’affaire. Les images montrent cette fois l’agression physique et violente d’un receveur de la CNT par deux adultes, présentés comme des proches ou des parents de l’élève impliquée dans l’altercation précédente. Cette séquence, jugée choquante par de nombreux observateurs, a mis en lumière une escalade de la violence dans une situation qui, à l’origine, relevait d’un différend verbal. Encore une fois, les internautes n’ont pas tardé à réagir, vilipendant cette fois-ci les agresseurs « qui ont frappé un employé dans l’exercice de ses fonctions ! »

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Osman Mahomed a rencontré la direction du collège
Face à cette évolution préoccupante, la question de la sécurité des travailleurs du transport public s’est imposée dans le débat public. Si les difficultés liées au transport scolaire, notamment le manque d’autobus dans certaines régions de l’île, sont régulièrement dénoncées par les usagers, plusieurs voix s’élèvent pour rappeler que ces dysfonctionnements ne sauraient en aucun cas justifier des actes de violence à l’encontre des employés chargés d’assurer ce service essentiel. Durant la semaine, d’autres cas de violence envers les travailleurs du transport ont été enregistrés.

Saisi de l’affaire, le ministre des Transports, Osman Mahomed, a indiqué avoir sollicité un rapport détaillé auprès du directeur général de la CNT. Il a également rencontré les bus prefectsainsi que la direction du collège Lorette de Saint-Pierre, dans l’objectif de trouver une solution durable aux problèmes récurrents liés au transport scolaire. Le ministre a, par ailleurs, fermement condamné toute forme de violence, tout en précisant qu’il attendait les conclusions de l’enquête en cours afin d’établir clairement les responsabilités. Par ailleurs, dans un entretien accordé à un de nos confrères, il a parlé de la présentation du Bus Services Bill, « un code de conduite pour tous les acteurs du secteur, qui va apporter une amélioration », a-t-il indiqué.

Sur le plan syndical, Sam Gérard, représentant de l’Association des chauffeurs d’autobus, a rappelé, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l’obligation pour les autobus de se conformer strictement aux lois et règlements en vigueur, notamment la limitation à cinq passagers debout. Fort de ses 28 années d’expérience dans le secteur, il a interpellé les autorités sur une situation qu’il juge intenable, caractérisée par un déficit d’autobus dans plusieurs régions. La surcharge des véhicules, a-t-il averti, constitue un risque réel pour la sécurité, d’autant qu’en cas d’accident, la responsabilité incomberait au chauffeur et au receveur. Il a, enfin, souligné l’urgence de sensibiliser les usagers et d’apporter des réponses concrètes à un secteur déjà fortement sous pression.

En attendant les conclusions de l’enquête en cours, cette affaire rappelle la complexité des enjeux auxquels est confronté le secteur du transport public, en particulier le transport scolaire. Entre contraintes réglementaires, pénurie de moyens, attentes des usagers et pression croissante sur les employés, les tensions semblent monter crescendo sur le terrain. Si les dysfonctionnements doivent être reconnus et traités de manière structurelle au niveau des autorités de tutelle, ils ne sauraient en aucun cas légitimer des comportements violents. Au-delà de ces faits, la multiplication des agressions sur nos routes semble révéler des tensions sociales durables, qui s’expriment de plus en plus dans l’espace public…

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