Ils sont totalement désemparés ; certains pensent même à abandonner leurs champs. Les planteurs et membres de l’Agricultural Development and Marketing Association (ADMA) estiment être victimes de concurrence déloyale et demandent au gouvernement un filet de protection afin de pouvoir assurer leurs activités. La plantation de légumes, leur seul gagne-pain, « est menacée depuis plusieurs années », estiment-ils. Leur situation devenant de plus ne plus compliquée, certains planteurs utilisent des produits chimiques pour protéger leurs cultures.

Dans leurs champs, à La Marie, une dizaine de planteurs de l’ADMA ont tenu à être présents avec leur président, Kaviraj Santchurn, pour exprimer leurs doléances face à la concurrence de la part de l’industrie sucrière. « Notre plus grand problème actuel, c’est la concurrence déloyale de la part de l’industrie sucrière. Nous avons débuté notre carrière dans les champs. C’est notre seul moyen d’existence », soutient Kaviraj Santchurn.

Ses membres, ajoute-t-il, n’ont « aucun autre moyen » en termes de sources de revenus, contrairement aux activités des industries opérant dans le secteur sucrier. « Nous constatons une diversification des activités des industries engagées dans le sucre avec des hôtels, des universités… Alors que nous, nous n’avons rien. Nous ne disons pas qu’ils ne doivent pas travailler, mais ils se sont orientés dans la plantation de légumes », déplore-t-il. Kaviraj Santchurn demande de fait un filet de protection pour la communauté des planteurs.

Il dit par ailleurs noter que les marchands « ne viennent plus s’approvisionner en pommes de terre comme autrefois ». Plusieurs champs de pommes de terre ont été abîmés et, la récolte, affectée, dit-il, précisant que ces pommes de terre sont cependant consommables. « Nous avons observé que les marchands préfèrent acheter avec les grandes industries, qui leur vendent des légumes à un prix inférieur. Comment pouvons-nous lutter avec les grands ? » demande-t-il.

Il déplore également que les graines d’oignons ne soient pas importées par le gouvernement, mais par le secteur privé. Du coup, ses membres ne peuvent s’en procurer en raison du prix pratiqué. « Aujourd’hui, nous ne produisons que 200 tonnes d’oignons dans nos champs, alors que nous en produisions plus de 8 000 tonnes auparavant », dit-il.

Selon Kaviraj Santchurn, les planteurs éprouvent « beaucoup de difficultés à continuer leurs opérations ». Leur autre problème est le manque de certains produits, comme les pesticides, les fongicides et autres engrais utilisés régulièrement dans les champs de légumes. Il soutient que deux entreprises locales importent les produits originaux alors que d’autres font venir des produits génériques. « Quelle est la fiabilité des produits génériques ? Nous n’avons pas de laboratoires pour tester ces produits. Dans ce cas, nous dépendons uniquement des produits de grands laboratoires reconnus, qui sont importés par ces deux compagnies locales », dit-il.

Sans moyens de protection pour leurs plantations, plusieurs planteurs ont noté que leurs pommes de terre avaient changé de couleur, dit-il. « Où est le filet de protection du gouvernement ? Nous en sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus cultiver la pomme de terre. » Et d’ajouter qu’auparavant, les petits planteurs produisaient 80% de pommes de terre à Maurice. « Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Nous ne produisons que 20% », déplore-t-il.

Pour lui, cette « concurrence déloyale tue les planteurs ». Les planteurs arrivent à s’en sortir pour le moment en puisant dans leurs économies, dit-il, « mais ils finiront par abandonner leurs champs ». Kaviraj Santchurn craint ainsi que les petits planteurs finissent par disparaître. « Auparavant, La Marie était considérée comme le grenier de Maurice, mais aujourd’hui, la plupart des champs sont abandonnés. Le “feel good factor” n’existe plus maintenant. » Il estime que les problèmes des planteurs de l’ADMA « n’ont pas été assez entendus », ajoutant qu’il y a « un manque de communication avec le gouvernement ».

Arassen Pagenee Chinan, un membre de l’ADMA également présent lors de cette rencontre, a pour sa part soutenu que les planteurs « gardent toujours l’espoir ». Ce qui ne l’empêche pas de demander que « les institutions concernées par l’agriculture fonctionnent ». Et de reprendre : « Nous voulons que le ministre vienne nous rencontrer ! »

A noter que l’ADMA comprend 60 membres, âgés de 40 à 60 ans, et qui occupent 450 arpents de terres. Environ 400 personnes sont employées par les membres de l’association.