Le nouveau protocole sanitaire – qui coïncide avec la réouverture des frontières – a donné la possibilité ce week-end aux Mauriciens de reprendre le pouvoir sur des plages dont l’accès est permis non seulement pour les pique-niques mais aussi en grand comité ne dépassant pas 30 personnes. Et comme il fallait s’y attendre, les plages aux quatre coins de l’île ont été reconquises — moins qu’on aurait pu le penser— par nos compatriotes qui attendaient depuis longtemps cette « libération ». Finalement, ceux qui s’y sont rendus étaient joyeux de retrouver le plaisir de la plage et l’ambiance folklorique de ce loisir, même si la pression du Covid les a incités à de la retenue, pour ne pas dire à la prudence. En tout cas dans le Nord, le mélange de ces deux sentiments était très prononcé.

Ce n’est pas le mauvais temps qui a dissuadé les nombreuses personnes qui se sont rendues à la plage hier. Comme dans le nord de l’île, à Pereybère, Bain Boeuf ou Mon Choisy où ils étaient des centaines – ce qui est en dessous de ce que ces plages du Nord accueillent en temps normal –  à profiter d’une sortie en famille ou entre amis. Certes, les embruns passagers ont refroidi un peu les ardeurs de pique-nique mais à la timidité du matin la réponse de l’après-midi était quand même plus en ligne avec les espérances, après tant de mois de privation.

Fouler le sable, humer l’air de la mer, se jeter à l’eau … Visiblement, les Mauriciens étaient nombreux à attendre ce moment ! Depuis quelques semaines, si l’accès à la plage avait été autorisé, depuis vendredi, les donnes ont changé avec l’allègement du protocole sanitaire qui permet désormais les pique-niques et d’autres activités à la plage avec des groupes limités à trente personnes au maximum, et la reprise des activités nautiques et commerciales autour.

Les masques disparaissent

Cette nouvelle donne a encouragé les Mauriciens à vouloir profiter de la plage sans les nombreuses contraintes qui étaient imposées jusqu’ici. Ainsi, si en y arrivant, hier, ils avaient les masques bien ajustés sur le nez, très vite, cette mesure sanitaire était rangée aux oubliettes. À peine débarqués des voitures, 4×4 ou autres vans, les enfants en maillots de bain, pieds-nus, se sont précipités sur la plage, courant vers l’eau et s’éclaboussant, heureux de retrouver des sensations perdues. « C’est un sentiment de liberté que nous avons aujourd’hui en retournant à la plage, en profitant pour être en famille, et surtout de voir nos enfants courir sur le sable, sauter dans l’eau même si l’eau est assez froide. Cela fait de longs mois que nous en avons été privés. Cela fait du bien », dit Karen en regardant ses deux enfants en train de jouer sur le sable plus loin sur la plage de Mon Choisy.

Quelques mètres plus loin sous les filaos, comme il y en a qui gâche le bruit naturel des lieux et les rires heureux des enfants en poussant le son de sa sono musicale à fond. Mais l’ambiance habituelle « Bor lamer » est bien là. Des familles sont installées chaises, fauteuils, nattes, et, tout l’attirail – pour manger et boire – est prêt. Les plus âgés assis sous le parasol, regardent jouer les enfants qui s’amusent au loin sur le sable blanc. Les amoureux, mais dans la main, se dirigent en direction de la mer, afin de tremper un peu les pieds dans l’eau et savourer ce retour en famille à la plage. « Nou ti pe atann sa delo ase lontan. Nou finn bien respeckte bann restriksion, aster la large, anou profite », se réjouit Vinay. Il a fait le déplacement  de Terre Rouge ce dimanche avec quelques amis pour apprécier une belle journée dit-il, « kouma avan bord lamer. »

De l’autre côté, d’autres familles ont carrément installé des tentes, plus structurées qui invitent à une dangereuse promiscuité. Mais les professionnels du coin rappellent aux uns et aux autres que le virus est peut-être dans l’air. Vaut mieux être sur ses gardes.

Si avec l’air marin, les plagistes ont laissé tomber les masques, la distanciation sociale est tout de même observée entre les différents groupes qui sont présents en ce dimanche après-midi. Ce bonheur retrouvé, les commerçants l’affichent aussi. Marchand de glace, roulotte d’alimentation, marchand de cocos…. Les commerces reprennent vie peu à peu en ce premier week-end du mois d’octobre. Les files d’attente se forment, mais personne ne rouspète, conscient qu’il faille respecter la distanciation sociale. Arassen, marchand de fruits, dit avoir retrouvé le sourire depuis vendredi. Les 18 derniers mois ont été très longs et difficiles dit-il. « Aster bizness pou repran, Touris inn revini, me Morisien osi pou kapav profit laplaz. Ou leker kontan kan ou trouv dimoun lor laplaz. Lontan pa finn ena sa lanbians-la. »

Le bonheur d’être à la mer

À Pointe-aux-Canonniers, activités et sports nautiques dont le pédalo, la planche à voile, le canoe-kayak bouées etc… attirent la clientèle en ce dimanche après-midi. Cela fait longtemps que la plage n’avait pas vu autant de jeunes réunis pour profiter de ces sports à sensation forte. Là encore, les masques ont été mis aux oubliettes. L’excitation est trop forte pour se soucier du protocole sanitaire.

À Pereybère, l’ambiance est aussi au rendez-vous. Certes, on a connu cette crique plus animée le dimanche mais ce premier rendez-vous après des mois d’interdits montre que les Mauriciens avaient hâte de profiter de la plage, du sable et de l’eau de mer. Bien que la crainte de la pandémie soit encore réelle et palpable, ce qui frappe surtout en ce dimanche de début de mois, c’est la propreté qui règne à Pereybère et ce bonheur qui habite ceux qui s’y trouvent, surtout les enfants. Sur la plage donc, les maillots de bains sont de sortie et les plus téméraires, rigolant à voix haute, profitent de l’eau turquoise. Les sourires et les cris illustrent le plaisir retrouvé. Claude – qui a fait le déplacement de Quatre Bornes ce dimanche pour nager un peu dans son lagon préféré – confie « qu’il était temps de rouvrir les plages à tous».  Même si c’est limité à trente personnes pour l’heure, dit-il, c’est toujours mieux qu’avant. « Pa kapav touris pe vinn profit nou laplaz, me nou Morisien nou pa kapav asize an fami pou profit nou laplaz. Se enn bon desizion qui fini pran », se réjouit-il.  L’habitant de Quatre-Bornes prône néanmoins la prudence. « Nous avons la chance de nous rendre à la plage, mais il est important de respecter la distanciation sociale. Autrement c’est nous qui allons à nouveau être privés jamais il devait y avoir une détérioration de la situation. »

Situation similaire à Bain Boeuf avec toutefois une particularité que la plage est située en contre-bas d’un système de talus en pierre dont les bancs ont été pris d’assaut.

Là, sous l’œil des parents, qui ont aussi installé leurs sièges sur un espace où l’herbe domine une plage de sable, les enfants pêchent des crabes ou petits poissons au milieu des rochers qui font l’interface avec la mer. Le danger ici n’est pas l’eau mais les rochers glissants.

En fin d’après-midi, alors que le soleil se rapproche de l’horizon, et que les Mauriciens sont heureux d’avoir enfin profité de la plage— en grand nombre surtout—, rendez-vous est déjà pris pour le week-end prochain avec promesse de rameuter ceux qui n’ont pas osé. Mais les infos entendues dans la voiture ramènent d’un coup tout le monde à la dure réalité du moment : encore une centaine de contaminés au Covid, ce dimanche. Des regards sont échangés, les masques sont réajustés et les enfants passent de la joie à l’inquiétude. Le retour à la maison est triste. Mais l’espoir demeure et le désir de retourner à la plage est encore intact, même plus qu’avant, car le plaisir d’avoir goûté tant de bonheur pendant cette partie de la journée a décuplé l’envie. Rendez-vous est donc donné :  À dimanche prochain !