L'appareil de désinfection de la Middlesex University

Deux projets, fruits de la créativité mauricienne, seront bientôt lancés. Ils ont été présentés la semaine dernière à travers une visioconférence avec le Mauritius Research and Innovation Council (MRIC). L’un concerne la fabrication d’un Smart Sanitizer, par le groupe Bonnier, et l’autre la désinfection des aliments ou d’un espace en utilisant les rayons ultraviolets, par la Middlesex University. Ces deux projets sont parmi les premiers à avoir été complétés dans un délai de moins d’un an.

Ces deux projets, parmi d’autres, sont le résultat d’un Special Call for Proposals lancé par le MRIC l’année dernière pour répondre à la pandémie. Le projet de la Middlesex University, intitulé DISINFECT, pour Decontamination & Integrated Sensing Intelligent Nodes for Fever Electronically Computed via Temperature, est mené par le Dr Amar Kumar Seeam, Academic Director de cette institution tertiaire. « Ce projet est un concept basé sur la désinfection des produits. Il utilise plusieurs technologies de désinfection. Mais ce que j’ai présenté au MRIC est une innovation. On utilise les rayons visibles (UVC) pour désinfecter les produits. On utilise une longueur d’onde de 254 nanomètres pour la désinfection, soit une longueur d’onde utilisée dans les hôpitaux, mais qui n’est pas appropriée pour les maisons », dit-il.

« J’ai trouvé une longueur d’onde qui est étudiée en ce moment. C’est une lumière bleue d’une longueur d’onde de 405 nanomètres. Avec cette longueur d’onde, un effet phototoxique se passe sur les bactéries et les virus. C’est un processus qui ressemble à l’action de l’eau de javel », reprend-il. Ainsi, son équipe de volontaires et lui ont élaboré une chambre de désinfection par lumière nanospectrale à haute intensité. Selon lui, cette chambre peut désinfecter de la nourriture, des vêtements, des boîtes de carton, du plastique… Une fois les produits installés dans cette chambre, il faut juste attendre quelques heures avant leur désinfection complète. « Cela prend un peu plus de temps, car c’est de la lumière visible », dit-il.

En parlant du design, la chambre contient six panneaux qui s’ouvrent à l’extérieur, ce qui permet de désinfecter un certain espace. Le Dr Amar Kumar Seeam avance ainsi que son appareil, qui se raccorde à une simple prise d’électricité, peut ainsi désinfecter une chambre en seulement une nuit. À ce jour, l’appareil n’a cependant pas encore été testé en laboratoire, ni sur des échantillons de virus. Mais il s’appuie sur des recherches effectuées à l’étranger sur les avantages de cette lumière. À noter que si le projet en est encore seulement au stade de prototype, le chercheur cherche déjà des investisseurs pour développer le concept et le mettre éventuellement sur le marché.

L’autre projet, de Smart Sanitizer, a, lui, été conçu par le groupe Bonnier et est dirigé par Rick Bonnier. Cette innovation était en chantier avant même que le MRIC ne lance ce Special Call for Proposals. Selon l’auteur du projet, c’est en allant dans un hypermarché de Curepipe l’année dernière que l’idée lui serait venue. « J’avais observé que les frontliners étaient très exposés aux gens, étant donné qu’ils doivent s’assurer d’avoir du gel hydroalcoolique en main et prendre la température des visiteurs. Mon équipe et moi avons alors décidé de réfléchir à une solution. Et c’est comme cela que nous avons élaboré un distributeur à commande située au pied pour obtenir du gel dans les mains. Il s’agit d’un distributeur mécanique, qui ne nécessite donc ni électricité ni maintenance », assure le concepteur.

En parallèle avec la fabrication de ce distributeur mécanique, une Smart Box a aussi été élaborée. « C’est un thermomètre infrarouge qui possède un capteur. Dès qu’on s’approche, il prend la température de la personne », dit-il. Une fois les idées trouvées, ne restait plus qu’à leur donner vie, en commençant par la fabrication d’un prototype.
Rick Bonnier précise qu’avant l’obtention du “grant” du MRIC, son équipe et lui avaient déjà commencé leur travail sur un prototype à la maison. Toutefois, il fait ressortir que les matières premières étaient difficiles à obtenir, étant donné que c’était durant le premier confinement, l’année dernière. « Nous avons travaillé avec du matériel à domicile. On a dû s’adapter », dit-il.

Ainsi, après le Special Calls for Proposals, le projet a été soumis avec, au final, un don de Rs 525 000, soit à peu près le tiers du coût du projet (Rs 1,56 million). Une fois le financement obtenu, une entreprise s’est associée au groupe Bonnier. En ce moment, le groupe Bonnier a déjà fabriqué 25 distributeurs de gels hydroalcooliques et 10 Smart Box.
Ces appareils sont disponibles sur le marché, mais Rick Bonnier fait ressortir que le groupe a accusé un retard important en raison du manque de matériaux sur le marché local. Sans compter que ses produits ne seront vendus que lorsqu’il aura reçu l’aval du conseil d’administration des entreprises avec qui les négociations sont entamées. Ces produits novateurs peuvent par ailleurs aussi être proposés à des particuliers, d’autant que les distributeurs peuvent être personnalisés, explique l’entrepreneur-chercheur. Ainsi, la machine de distribution de gel hydroalcoolique se vendra à Rs 9 900, contre Rs 5 250 pour la Smart Box.

Selon la Dre Madhvee Madhou, Research Coordinator auprès du MRIC, les deux projets précités ont été conçus sous le Technology-based Products and Services et utilisent des technologies nouvelles. Concernant le projet de Smart Sanitizer par le groupe Bonnier, elle soutient ainsi que ce projet local contient des éléments innovateurs, car minimisant les contacts humains. Ce projet, fait-elle ressortir, est prêt à être lancé sur le marché mauricien.

De son côté, le directeur exécutif du MRIC, Theeshan Bahorun, soutient que ces deux projets répondent à l’objectif de l’organisme dans sa lutte contre la Covid-19 et « d’aider le pays dans ces moments difficiles ». Lancé durant la période du premier “lockdown”, en 2020, cet appel spécial à propositions était destiné aux entrepreneurs, académiciens, chercheurs, entreprises et Start-up pour élaborer des projets à court et moyen termes visant à accélérer et améliorer l’intervention du gouvernement contre la pandémie.
À la fin du délai accordé par le MRIC, 252 demandes avaient été reçues, soit des projets totalisant une somme de Rs 315 millions. Des propositions avaient par ailleurs été obtenues d’entrepreneurs, d’entreprises, d’institutions de recherches ainsi que d’autres parties prenantes. De ces 252 projets, 26 ont été approuvés par le MRIC.