Enseignant en philosophie au lycée, Joseph Cardella a créé l'Université populaire de l'île Maurice

Les enfants, dès le plus jeune âge, ont besoin de philosophie, car en découvrant le monde et la société, ils sont bouleversés par de multiples questions, qui ne trouvent pas toujours réponse dans la vie courante. L’initiateur des universités populaires à Maurice, Joseph Cardella, et la professeure de yoga et ancienne institutrice Alexandra Bellon, se sont associés avec la spécialiste de l’enfance et de l’art thérapie, Joanne Matelot pour proposer trois ateliers de philosophie en novembre et décembre, conçus pour les petits de 7 à 11 ans.

À ceux qui croient que la philosophie est une discipline réservée aux adultes et aux intellectuels, on ne saurait trop conseiller de s’intéresser au philosophe français, Frédéric Lenoir, qui défend la cause de l’enseignement de la philosophie aux plus jeunes au sein de la fondation SEVE (Savoir être et vivre ensemble), et à son livre Philosopher et méditer avec les enfants. À l’en croire ainsi que les animateurs du futur atelier, les petits seraient peut-être même plus doués que les adultes pour la réflexion philosophique qui nécessite recul et remise en question. En tout cas, ils sont moins conditionnés que leurs aînés par les convenances sociales, qui entravent souvent la liberté de penser et de s’exprimer.
Jugez plutôt à travers ces réflexions d’enfants âgés de 7 à 10 ans : « La plupart des gens, ils réagissent et après, ils réfléchissent. C’est pour ça qu’il y a des problèmes. La philosophie, ça aide à réfléchir d’abord. » ou « La philosophie, c’est avoir des idées pour rendre le monde meilleur. » ou encore « Si on répond à la violence par la violence, on n’est pas mieux que l’autre. » et puis « Quand on a quelque chose, on veut avoir quelque chose d’autre. Alors, on ne sera jamais heureux ! » Si Joseph Cardella est un habitué des cours de philo délivrés aux adolescents au lycée, et aux adultes à l’Université populaire de Maurice, Alexandra Bellon est, quant à elle, une habituée des petits de la maternelle au CM2, grâce à son passé d’institutrice, qui ne s’en est d’ailleurs pas seulement tenue au programme scolaire…

Cette dernière croit fermement dans l’importance de la philosophie enseignée aux plus petits : « Je pense que les petits sont très attentifs dans les cours de philosophie, parce que c’est un des rares endroits où ils sont pris au sérieux, où des adultes écoutent leur avis, où ils sont questionnés même sur des sujets pour lesquels on ne les sollicite jamais habituellement… Or, quand on est petit et qu’on découvre le monde, on se pose évidemment plein de questions, sur des sujets de toutes sortes, y compris sur les sujets que les adultes évitent avec eux, comme la mort, le sexe, etc. Comme le dit Frédéric Lenoir, ils s’émerveillent, ils réfléchissent et confrontent leurs raisonnements. »

Argumenter, approfondir

Conçus pour les 7 à 11 ans, les ateliers auront lieu à chaque fois de 17h30 à 19h30, à l’Atelier pour tous du Hub, à Phœnix. Joseph Cardella apportera le contenu et orientera le débat, tandis qu’Alexandra Bellon veillera à ce que tous les enfants, même les plus timides, aient l’occasion de participer, elle les recadrera aussi, si par exemple, ils s’étendent sur des anecdotes. « Notre mission est de leur apprendre à réfléchir, à développer leur argumentation, à toujours aller plus loin dans leur réflexion, voire même à agir pour expérimenter une idée. » Pas de cours magistral bien sûr devant un tel public, mais plutôt des interactions, au cours desquelles on pose des questions de fond aux enfants, puis on introduit des notions de philosophie au fil de l’échange. Les animateurs utilisent pour cela différents outils, tels que les cartes mentales, des livres ou des bandes dessinées et les jeux.

« Je me suis rendue compte aussi que les enfants ont régulièrement besoin d’un sas, de moments pour se poser et respirer un peu. Nous leur demandons de s’allonger sur le sol pour commencer, ils prennent le temps de sentir leur respiration, ils peuvent même bercer leur doudou. Et comme ils ont besoin de beaucoup bouger aussi, on termine par des étirements pour s’apaiser. » Dans le même esprit, les enfants ont souvent besoin de pauses, car leur temps de concentration s’étend généralement de 20 à 40 minutes. Alexandra Bellon les invite par exemple à se regrouper en rondes et chaque enfant serre la main gauche de son petit voisin. Ces techniques basées sur le yoga et la méditation permettent en quelques minutes de capter toute leur attention.

« Nous devons aussi toujours faire attention à ne pas leur imposer nos vues d’adultes, à faire confiance aux enfants et accueillir toutes leurs idées. Nous leur apprenons d’ailleurs à faire la distinction entre les idées qui viennent d’eux, et celles qui viennent de leurs parents. Enfin, nous nous efforçons d’arroser les bonnes graines, en recensant par exemple à la fin, avec eux, tout ce qui a été positif au cours de l’atelier, afin de ne pas ressasser les idées négatives. Enfin, je tiens à dire que ces ateliers sont vraiment ouverts à tous les enfants, quel que soit leur niveau. Pour faire de la philosophie, il suffit d’avoir une conscience et ça, ils l’ont tous !»