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« Au départ, c’était une simple fissure qui ne m’inquiétait pas. J’ai remarqué ces derniers jours, surtout après les grosses pluies, qu’elle s’était creusée davantage », confie Michaël qui habite depuis plus de 15 ans dans un appartement de la National Housing Development Corporation (NHDC), à Bambous.

Tony, jardinier, habite à quelques pas seulement de Michaël. Chez lui, les portes et les fenêtres ne se ferment pas comme il faut. Des fissures apparaissent sur les murs intérieurs.

Selon Michaël et Tony, ce sont les nombreuses constructions illégales qui sont la source des problèmes, occasionnés lorsqu’un propriétaire a aménagé une tabagie devant son appartement. Et qu’un autre a construit son garage personnel au rez-de-chaussée.

Ces constructions en annexe et au troisième niveau dans ces complexes menacent chaque jour la sécurité des habitants, sans compter le manque d’hygiène de ces aménagements approximatifs. De plus, ces constructions sont souvent entreprises en endommageant les connexions existantes. Dans certains cas, des habitants n’ont pas trouvé mieux que d’installer leurs propres facilités de lessives et dans d’autres endroits, les connexions d’eau et les conduits pour les déchets sont endommagés. Et on comprend que les maisons ont commencé à se fissurer et que les dalles bougent parfois.

« Avant, on gardait le silence pour ne pas avoir d’ennuis avec nos voisins et pour rester en bons termes. On est restés tranquilles trop longtemps. On ignore les impacts sur nos maisons. Nos logements se dégradent. La multiplication des fissures menace de plus en plus sérieusement. »

Selon Michaël, ce sont les habitants au rez-de-chaussée qui détiennent la palme des constructions illégales. Car les extensions à leur appartement sont multiples. « Ena parmi fer se ki zot kontan. Zot pa respekte zot vwazin. Ce qui occasionne souvent des troubles qui peuvent être de nature diverse : atteinte à la propriété, entrée bloquée, droit de passage fermé, nuisance sonore. »

Un haut cadre de la NHDC a expliqué au Mauricien que des propriétaires d’appartement achetés à la NHDC doivent réfléchir dix fois avant d’agrandir leur propriété sans l’autorisation préalable des autorités locales (conseil de district ou municipal). II a rappelé que la Local Government Act a été amendée en 2018 pour que les autorités puissent sévir contre les occupants illégaux d’espaces communs. Ainsi, les inspecteurs du conseil de district de Rivière-Noire ont découvert une cinquantaine de cas de constructions entreprises à la NHDC, à Bambous, sans permis de construction et sans l’autorisation de l’Etat, propriétaire du terrain.

Selon les dispositions de la Local Government Act de 2018, l’autorité locale peut interdire la poursuite d’une construction, ordonner sa démolition ou référer l’affaire en cour si la construction est terminée. Selon ce cadre, cette loi n’a eu aucun effet sur les résidents et propriétaires d’appartement. Or, il n’y a pas qu’à Bambous qu’on voit ces constructions illégales, mais partout à travers l’île. Certains continuent à faire fi des lois, de nouvelles constructions sont entreprises, mettant ainsi la vie d’autres résidents en danger. Ces constructions réalisées illégalement sont utilisées non seulement comme logement mais aussi comme garage et espace commercial.

Pour Daniel qui habitait autrefois dans un appartement de la NHDC, on ne peut pas tout se permettre entre voisins. D’où la décision de cet employé d’un établissement sucrier de l’ouest d’acheter un terrain dans la région de Mont-Roches il y a quelques années pour construire une maison. « Mon voisin qui était mécanicien avait construit son garage au rez-de-chaussée. Il déversait des eaux usées et de l’huile lourde partout durant la semaine. Il invitait ses amis chez lui presque chaque week-end et jouait de la musique à fond jusqu’aux petites heures du matin. Impossible de dormir. J’avais fait appel aux autorités policières plusieurs fois. La musique recommençait de plus belle dès qu’elles quittaient le lieu. Tout cela pour vous dire comment la situation aurait pu dégénérer si je n’avais pas pris la décision de quitter la maison de la NHDC que j’avais achetée après des années de sacrifices. Il m’a fallu donc investir une nouvelle fois dans une nouvelle maison pour mener une vie paisible après ma retraite. Mo krwar mo finn pran enn bon desizion. Mo pa regrete, mo madam ek mwa nou viv trankil », ajoute-t-il. Cela pour éviter des conflits avec ses voisins.

Selon un haut cadre du conseil de district, une construction contraire au plan approuvé est une violation de la loi et peut entraîner sa démolition. Cependant, les autorités font souvent la sourde oreille. « Les gens sont laissés à eux-mêmes. Il n’y a pas de supervision des constructions par les autorités et cela encourage les gens à modifier leurs plans. Lorsqu’on n’arrive pas à trouver de solution, le dernier recours c’est la justice. »

Si on faisait un recensement à Maurice, on serait surpris de constater qu’il existe environ 50% de constructions illégales ou qui ne respectent pas les normes, dira le haut cadre qui est d’avis qu’il y a trop de laisser-aller à Maurice. « Pa zis dan NHDC Bambous ki ena konstriksion ilegal. Sa problem la exzis antie Maurice. Si les autorités décident de démolir les constructions illégales à Bambous, il faudra démolir partout. Il ne faut pas qu’il y ait une justice à deux vitesses. »

Rajen, un habitant de la NHDC de Bambous, suggère aux autorités de mettre en place un organisme ayant les compétences nécessaires pour régler le problème de syndics dans les différentes habitations. « Plus de 50% des syndics ne fonctionnent pas. Ensuite, il y a un problème de manque de fonds. Me bizin enn volonte pou sanz situasion. »

L’autre préoccupation à la NHDC de Bambous, c’est le vol de “manholes” dans la région, constate un habitant de localité et ce, depuis que l’interdiction de la ferraille a été levée comme cela a été préconisé dans le budget 2019/2020. « Ban voler la kone ki kapav ramas vie feray. Nanyen pa sap ar zot. Zot pran tou kouvertir manhole ki zot trouve lor plas piblik. Cela représente un vrai danger pour les automobilistes, motocyclistes et les piétons, surtout le soir. »

Un conseiller du village de Bambous s’est dit très préoccupé par cette situation. Il va même suggérer à l’État d’imposer des conditions plus strictes comme pour les collectionneurs de ferraille qui doivent présenter un certificat de moralité lors de la vente. Au cas contraire, selon lui, ce sera le cas comme entre 2005 et 2008. « Zot pou fer ravaz partou. »