Le Bay 2 Bay Tour que propose l’Heritage Nature Reserve est on ne peut plus fascinant : un parfait parcours culturel pour découvrir le sud de l’île et son histoire. Des recoins qui évoquent un passé riche en anecdotes en passant par la Baie-du-Jacotet et l’îlot Sanchot jusqu’à la baie de la Prairie. Il faut 11 escales pour découvrir tout ce que renferme cette partie de Bel-Ombre méconnu pour certains.

Beaucoup se sont demandé pourquoi affubler d’un adjectif masculin « bel » le nom féminin « ombre ». Pour découvrir le sens du mot Bel-Ombre et ce village pittoresque avec ces petits trésors culturels enfouis, Rakesh Rujnah, guide de Bay 2 Bay Tour, nous emmène en balade.

On en a ainsi pris plein la vue lundi devant ces arrêts sur images, sauf que la vue était réelle et c’est sur la route reliant Rivière-des-Galets et Bel-Ombre que Rakesh Rujnah s’est arrêté pour évoquer les batailles navales historiques et les pirates sur la Baie-du-Jacotet et l’îlot Sancho. Sur une des pancartes, on peut même lire que la Baie-du-Jacotet est le berceau du site naval historique où avait lieu la première tentative anglaise de conquérir Maurice. « Baie-du-Jacotet était aussi le nom d’un officier. La formation des galets s’est faite par une eau marron d’une part et la rivière de l’autre avec le flux et le reflux des vagues venant s’échouer contre la paroi des rochers et ce glissement d’ensemble a formé une série de galets. D’où la rivière des galets », laisse entendre Rakesh.

Dans les années 1810, le capitaine Willougby, commandant de The Nereide, et sa flotte, tentèrent de prendre le contrôle du sud-ouest de l’île mais fut défait par l’armée anglaise. À l’entrée de la baie, on peut apercevoir l’îlot Sanchot, rendu célèbre par les pirates et corsaires et leurs trésors cachés qui titillent l’imaginaire. Cette baie renfermait aussi au 19e siècle une batterie, une petite poudrière en pierre et un dépôt en bois connu comme le Poste Jacotet alors que l’îlot Sanchot abritait une petite batterie mais la Poste n’existe plus. Seuls subsistent certains engins de défense militaire sur le côté gauche de l’îlot Sanchot comme un rappel du passé qui s’est recomposé avec le présent.

Le château de Bel-Ombre

Sur cet itinéraire tout tracé, le visiteur a dix minutes pour s’abreuver de son histoire. La Réserve naturelle d’Heritage, avec ses 1 300 hectares de nature protégée, regorge de trésors préservés du patrimoine naturel, historique et culturel de Maurice. Rakesh est tellement pris dans son récit qu’on est face à un conteur qui fait aisément vagabonder l’esprit d’un visiteur. Il évoquera les travailleurs engagés, dans une île Maurice sous le joug des Anglais pendant 158 ans et des Français pendant 95 ans. Il évoquera la pêche, source de manne pour les pêcheurs de l’endroit. « À l’époque coloniale, les Anglais avaient construit les routes qu’on peut admirer dans le sud de l’île et de la première attaque qui a pris forme à l’îlot Sanchot. » L’endroit a depuis été pourvu en câbles optiques, permettant une fluidité au niveau de la communication.

La deuxième escale mène à Heritage Nature Reserve et ses trois réserves, soit la réserve Frederica, Unesco Biosphere Reserve et L’Abbatis des Cipayes avec pour fait intéressant une écologie différente en faune et en flore. Par ailleurs, le bâtiment de l’Heritage Nature Reserve était la résidence des gouverneurs sous l’ère coloniale. Aujourd’hui, Heritage Nature Reserve met en avant des activités sous forme de buggy, safari etc.… Ces 1 300 hectares permettent à toute une famille de profiter des activités en plein air. Ce côté est aussi prisé pour ses plantes endémiques dont le tombalacoque, le bois d’ébène, etc.…
Le troisième arrêt fait la part belle à l’usine de Bel-Ombre et ses broyeurs de canne, son moulin, une usine qui abrite encore du fangourin tout en mettant en relief ses turbines étincelantes d’époque. Sur la route, on peut aussi voir les hôtels Outrigger, Tamassa. En ce qui concerne le passé sucrier de Bel-Ombre, la fermeture de l’usine a eu lieu en 1999 suite à la baisse du prix de sucre sur le marché européen. Il y a eu la construction de l’hôtel Telfair, Awali et les villas Valriche. Agria est le nouveau nom de la Compagnie de Bel-Ombre. Et que dire du château de Bel-Ombre fermé pour le moment à cause de la crise sanitaire et de la fermeture des frontières ? Rakesh Rujnah ouvre une parenthèse pour raconter que le château avait été construit par Hajee Ahmed Jackaria en 1810 qui avait calqué son architecture sur le bâtiment du Trésor, mais qu’il n’a jamais pu venir vivre dans son Château. Il avait le mal de mer et a décidé de vendre le château sans jamais y avoir pu mettre les pieds. Le lieu est devenu la propriété du groupe Rogers. Les clients étrangers pouvaient même dormir dans ce château.

Ovide Labonne, la plus vieille tombe

On entre ensuite dans le village de Bel-Ombre et de sa localité. Les pêcheurs qui vivent de la mer et ce fameux Bus Snack, autrefois peint en rouge et aujourd’hui vert qui offre les vrais délices de la mer à ses clients. Le village de Bel-Ombre, indique notre guide, compte 2 470 habitants. Ce dernier trouve dommage dans la conjoncture de la pandémie que le SO Sofitel ait dû fermer ses portes. Le Batelage est un entrepôt créé entre 1890 et 1955 et d’où était acheminé le sucre par voie maritime produit par les 15 moulins de la région entre Bel-Ombre et Port-Louis. Le voyage en mer en hiver prenait six heures en mer. Ce côté est aussi réputé pour ces tilaboutik sinwa, les calèches, les bœufs faisant aussi partie du cortège pour acheminer le sucre. Le Trevessa Memorial, situé tout près du Batelage, est un monument commémoratif évoquant le débarquement des naufragés du cargo Trevessa le 29 juin 1923 après avoir survécu 23 ans en mer. Rakesh parle de William Alchin, un cuisinier anglais dont le pied a doublé de volume lors du naufrage et dont la tombe se trouve à l’arrière du cimetière Saint-Martin. De ces marins morts en eau déshydratés et qui, pour survivre, avaient consommé de l’eau de mer, ce qui a entraîné leur décès. Il parle aussi d’Ovide Labonne, un esclave dont la tombe date de 1860 et qui est la plus vieille tombe du coin. La huitième escale mène sur les routes des villages de Saint-Martin et Baie-du-Cap dirigé par le gouverneur Saint-Martin. Le navigateur qui aura laissé une empreinte demeure Matthew Flinders. À Macondé où est érigé un monument à sa mémoire, on apprend que lors de son escale à Macondé en 1803 pour réparer son navire, Flinders a été retenu pendant sept ans prisonnier de guerre. Ce célèbre cartographe avait été désigné espion par Decaen.

Auteur prolifique, Flinders mourut quelques mois avant la parution de son œuvre. L’officier de la Royal Navy, Matthew Flinders (1774-1814), a été commémoré en Australie pour avoir été le premier Européen à avoir fait, entre 1801 et 1803, la circumnavigation complète de la grande île-continent aux commandes de l’Investigator. Son expédition devança de quelques semaines les Français de l’expédition de Nicolas Baudin (1800-1804) dans la découverte de la côte sud-ouest de l’Etat actuel de South-Australia, demeurée jusqu’alors inconnue des Européens.

Notre guide nous parlera aussi du naufrage de Clam Campbell, un bateau anglais qui transportait de la ferraille et de ce bateau, deux cloches furent restituées. L’une offerte à l’église Saint-François d’Assises et l’autre au Château. La dernière escale est à la baie de la Prairie qui offre une vue imprenable sur la montagne du Morne sur 555 m de haut. Le Morne Brabant est une montagne du sud-ouest de l’île, classée patrimoine mondial par l’Unesco depuis le 6 juillet 2008 sous le nom de Paysage culturel du Morne.
On apprend aussi que la route sud-ouest a été décrétée la plus jolie route dans le monde par Le Petit Fûté. Un vrai régal que de se plonger dans un passé rempli de souvenirs et recomposé par le talent conteur du guide Rakesh Rujnah qui parvient à éveiller la conscience et à sensibiliser tout un chacun face à ce plongeon en apnée au cœur de l’histoire de la découverte du Sud.