Ils sont coincés à Maurice depuis début mars. Venus pour des raisons personnelles, médicales et professionnelles, environ 300 Rodriguais veulent retourner, au plus vite, dans leur pays pour reprendre leurs activités. À Maurice, leurs conditions de vie, disent-ils, se détériorent jour après jour, sans compter le stress mental qu’ils vivent au quotidien.

À Maurice depuis le 5 mars pour des tests médicaux, M.J Meunier aurait dû retourner à Rodrigues le 14 mars. Or, cette fonctionnaire se retrouve maintenant « coincée » à Maurice en compagnie de sa sœur. « Je suis arrivée à Maurice pour des raisons médicales. Je devais retourner à Rodrigues et reprendre mon travail le 15 mars. C’est le 6 mars qu’on m’a indiqué que tous les vols vers Rodrigues ont été annulés », raconte cette mère de famille, qui vit avec sa sœur dans une maison qu’elle loue à Rs 8 000, à Saint Patrick. Avant d’emménager à cet endroit, M.J Meunier et sa sœur louaient une chambre dans une pension de famille à Rs 250 par jour. « Cela devenait très cher sur la durée. Ma sœur et moi sommes obligées de chercher une autre maison », dit-elle.

Les tests médicaux qu’elle aurait dû effectuer à Maurice n’ont pu être réalisés, compliquant ainsi son état de santé. Attendue à son travail le 15 mars, M.J Meunier soutient avoir écrit à ceux concernés pour expliquer la situation difficile dans laquelle elle se trouve. « Si on savait qu’on allait imposer un Lockdown à Maurice, on aurait pu émettre un communiqué pour informer ceux qui n’ont rien d’urgent à Maurice de ne pas venir », fait-elle ressortir. Si un communiqué avait été émis, M.J Meunier soutient qu’elle aurait pu prendre ses précautions. Laissant son mari et ses enfants à Rodrigues, elle souligne que son fils participera bientôt aux examens du School Certificate, et que ce dernier a besoin d’elle. « Je participe aussi à d’autres activités chez moi. Je ne peux pas tout laisser sur mon mari », dit-elle.

M.J Meunier dit se sentir « rejetée » par le gouvernement et les autorités rodriguaises. « Comment a-t-on pu rapatrier les Mauriciens de Rodrigues et on ne peut pas rapatrier les Rodriguais ? », se demande-t-elle. Depuis qu’elle est à Maurice, ses problèmes financiers commencent à se faire sentir. N’ayant pas apporté la quantité de vêtements nécessaires à Maurice, c’est grâce aux dons des organisations non gouvernementales qu’elle a pu avoir des vêtements et de la nourriture.

Venu à Maurice pour des soins dentaires le 2 mars, Jean Claude Bissessur se trouve lui aussi bloqué à Maurice. Il aurait dû retourner à Rodrigues le 23 mars à la fin de tous ses soins, mais ses traitements n’ont pu être complétés. Vivant chez son frère, à Saint-Pierre, il veut vivement retourner à Rodrigues pour prendre soin de sa famille composée de sa femme, de sa fille et d’un enfant autrement capable. « Jusqu’à quand je vais rester chez mon frère ? Il ne travaille pas. Je ne pourrais rester continuellement à Maurice », lance ce père de famille de 66 ans. Aujourd’hui, il se trouve dans une délicate situation financière.

« Comment se fait-il que des avions ont rapatrié des Mauriciens de Rodrigues ? Pourquoi le Premier ministre et l’Assemblée régionale de Rodrigues ne pensent pas aux Rodriguais à Maurice alors que les cas de COVID-19 continuent d’augmenter à Maurice ? », se demande le sexagénaire, qui se dit passer un « martyre » à Maurice. « Nou santi nou rezete », ajoute-t-il. Le retour à Rodrigues est plus que jamais crucial pour cet habitant de Fond La Digue, car il doit s’occuper de ses animaux. Jean Claude Bissessur craint aussi pour la sécurité de sa famille car, derrière sa maison, de grosses pierres ont endommagé son étable. Il dit craindre qu’une nouvelle chute de pierres endommage sa maison.

Enseignante dans un collège à Rodrigues, Diorila est venue à Maurice pour participer à un atelier de travail organisé par le Mauritius Examinations Syndicate. « Je suis venue à Maurice le 4 mars et je devais repartir le 7. J’ai laissé mon époux et mes trois enfants. Il doit s’occuper des enfants et ma dernière a célébré son anniversaire dimanche. C’est très dur. J’ai mon fils qui prendra part aux examens. On accepte le fait d’être bloqué à Maurice, mais je ne comprends pas la sourde oreille des autorités par rapport à notre situation. Nos cris de cœur ne sont pas entendus », dit-elle.

Diorila vit en ce moment chez sa soeur. « N’empêche que cela n’est pas pareil que lorsqu’on est chez soi. Nous sentons que nous devons apporter notre contribution. Je sens que je suis redevable envers cette personne, même si elle m’héberge et même si c’est notre proche. On pourra devenir un fardeau pour la personne bien qu’elle ne le dise pas », soutient cette enseignante. Depuis qu’elle est à Maurice, elle dit vivre un stress quotidien. « Le plus dur, c’est que notre destin est entre les mains des autres. Sur le groupe WhatsApp que nous avons, on se comprend. Mais les autres ne nous comprennent pas », dit-elle. Venue pour cet atelier de travail destiné à l’examen oral d’anglais, elle précise que cette épreuve a été annulée. Diorila attend fermement qu’un vol entre Rodrigues et Maurice soit établi pour qu’elle puisse retourner chez elle.

La situation de Samantha est quelque peu différente des autres Rodriguais. Cette Mauricienne et mère de famille, qui a décidé de quitter Maurice pour aller vivre à Rodrigues, prend son mal en patience. « Je partais à Rodrigues avec mon mari, mes deux enfants et mes trois chiens. Nous avons vendu notre maison, notre voiture mais, aujourd’hui, je me trouve chez ma mère », dit-elle. La date du vol était prévue pour le 14 mars mais le Lockdown a tout annulé. « Nous n’avons plus rien. On pensait qu’on allait partir le 14 mars. Ma mère se voit obliger de vivre avec nous », fait-elle ressortir.

Mais le quotidien de Samantha est stressant. Ce stress, elle le tient depuis un an. En effet, cette mère de famille devait quitter Maurice depuis mars de l’année dernière. Attendant que le gouvernement vienne avec une date définitive pour que les Rodriguais puissent aller chez eux, et qu’elle puisse aussi aller à Rodrigues, elle prend son mal en patience. En ce moment, une partie de ses affaires est déjà à Rodrigues.