Des fumées noires et âcres rendent l’air irrespirable autour des habitations
C’est une bombe écologique à retardement qui menace d’exploser et de mettre en péril la santé et la vie de dizaines de familles vivant autour de la zone abritant le réservoir La Ferme, à Bambous où l’anarchie règne en maître. Au détour d’un tas d’ordures, il y des déchets toxiques. Des individus sans scrupules sont de plus en plus nombreux à faire fi des lois en brûlant des gaines entourant des kilos de câbles électriques et téléphoniques afin d’en extraire le cuivre avec des conséquences néfastes en termes de combustion. Les riverains accusent un groupe de toxicomanes d’être à l’origine de ces basses besognes… quand bien même un mur de clôture a été érigé autour du site ! Des fumées noires et âcres rendent l’air irrespirable autour des habitations où l’odeur de brûlé prend à la gorge du matin au soir.
Le vol de cuivre prend des proportions aggravantes en raison de sa valeur sur le marché de la ferraille. Le cuivre se retrouve notamment dans des fils de téléphonie, des lampadaires, des feux de circulation, des systèmes d’alarme ainsi que des infrastructures de transport et de production d’électricité. Les infrastructures de Mauritius Telecom (MT) et de la Central Electricity Board (CEB) sont particulièrement visées. L’énième fâcheux épisode survenu dans la zone industrielle de Jin Fei, il y a 10 jours, est révélateur de la dérive qui s’opère actuellement. En plus d’entraîner d’importantes pertes financières, ces infractions ont d’autres conséquences néfastes lorsque des kilos de câbles sont brûlés en pleine nature et autour de zones résidentielles. L’œuvre de toxicomanes, bien souvent, qui n’en ont cure des risques qui font peser sur la santé des riverains, sans occulter le péril des incendies.
Un an s’est écoulé depuis que les autorités ont procédé à la démolition des habitations illégales, vétustes et délabrées des faubourgs de grande précarité du village de Bambous, dont celles construites par les squatters sur les rives du réservoir La Ferme. Ces derniers ont tour à tour été relogés à La Valette, dans les logements sociaux de la NHDC. Le relogement de ces familles s’est faite suite à la décision du gouvernement de mettre en place des travaux d’extension et de réhabilitation du réservoir La Ferme qui existe depuis plus de 150 ans. « Mo pa anvi zet blam lor zot tou. Me a lepok deza ti ena boukou squatters ti pe bril Kuiv ek trafik la drog ti pe prospéré. Quand ils ont été délogés, la CID a fait en sorte de les mettre hors d’état de nuire, ainsi que les trafiquants et les toxicomanes. Un mur a été érigé autour de la zone, mais cela ne semble pas avoir refroidi les ardeurs de fauteurs de troubles », confie un habitant.
Des vapeurs hautement toxiques
C’est la même rengaine tous les jours. Sur les rives du réservoir La Ferme, le ballet des « Marsan Kuiv » débute très tôt. Après avoir escaladé le mur de clôture, ils se regroupent sous l’ombre d’un arbre pour démembrer leurs déchets électriques, à l’instar des câbles pour en extraire le cuivre, le cobalt, les platines et autres métaux précieux qu’ils vont vendre au marché noir à prix bradés. En recourant à de telles techniques, ils produisent des vapeurs hautement toxiques et libèrent des métaux lourds dangereux ou de la dioxine (qui est cancérigène). « Ayant flairé le bon filon, ils sont prêts à tout, quitte à mettre en péril leur propre santé et celle de leurs compatriotes. Oui, ces gens sont tous des gens du quartier, qu’on a côtoyés à un moment donné », souligne une habitante.
Pour saisir l’ampleur de cette terrible anarchie, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur la montagne de déchets jonchant le site. Ces polluants empoisonnent l’air mais aussi le sol et l’eau. Les maisons nichées autour du site pâtissent le plus de cette combustion toxique, bien que la qualité de l’air s’est aussi nettement dégradée dans les quartiers avoisinants. Les risques d’incendie sont importants et le voisinage est vigilant lorsque des émanations de fumée sont visibles. Une source de grande inquiétude pour ceux qui souffrent de manière récurrente de maux de tête ou de problèmes respiratoires.
Une lumière crue sur la gestion du site
Dans d’étroites et sombres allées, composées de petites maisons, les trois enfants de Marine (nom fictif) restent chez eux, plutôt que de jouer dehors. Depuis sa fenêtre, elle assiste souvent au révoltant spectacle des colonnes de fumée toxiques, couplées d’une odeur de soufre, qui émanent de la zone en proie au chaos, entretenue par une dizaine de dealers et toxicomanes. « Des pompiers ont dû intervenir, il y a quelques mois, pour circonscrire un incendie. L’inhalation de l’air suffocant n’est pas la seule difficulté qui rend la vie dure aux habitants. Des couches de poussière couvrent les murs et les rideaux des maisons. Combien de temps est-ce que ça va durer ? Il faut qu’il y ait des gens qui meurent ou qui choppent le cancer pour que les autorités interviennent ? C’est révoltant », confie notre interlocutrice.
L’impunité dont bénéficient sans entrave ces sans scrupules jette une lumière crue sur la gestion du site. Ceux qui ont toléré ces écarts pendant un certain temps, par peur de représailles, ont décidé qu’ils allaient déposer plainte à la police. En attendant, le business continue comme si de rien n’était. Week-End s’est rendu sur place pour en avoir le cœur net. La présence de seringues usagées jonchant le sol, étaye la thèse que l’usage d’héroïne s’y déroule de manière récurrente. Pour couronner le tout, un toxicomane, à en croire certains témoignages, a érigé une tente de fortune aux abords du réservoir ! Contacté, la police de l’Environnement souligne n’avoir enregistré aucune plainte à ce sujet, mais entend bien dépêcher des officiers sur place dans les jours à venir.