L’état de nos forêts inquiète. Dans le récent rapport State of the World’s trees de Botanic Gardens Conservation International, il est indiqué que Maurice figure en seconde place parmi les trois pays avec un plus fort taux d’espèces menacées, soit 57%, après Madagascar (59%), alors que le taux en moyenne tourne autour de 11% pour les autres pays du monde. Des chiffres glaçants qui montrent l’urgence d’agir. Adi Teelock, de Platform Moris Lanvironnman (PML), Carina Gounden, d’Art Kokin Nu Laplaz (AKNL), et Mariam Sandooyea, de Fridays For Future Mauritius (FFF), tirent la sonnette d’alarme.

Il est temps d’agir, et d’arrêter les effets d’annonce. C’est ce que clament les écoactivistes du pays. Pour Adi Teelock, « le rapport fait un constat alarmant. Malgré les sonnettes d’alarme, Maurice continue à déboiser, y compris sur les terres privées. Les mesures annoncées pour compenser les pertes sont timides au point d’être inefficaces. Planter quelques spécimens d’une espèce menacée ne suffit pas pour stopper la disparition de l’espèce ou restaurer/remplacer tout un écosystème. Les gros propriétaires terriens mènent plutôt des opérations cosmétiques, alors qu’ils auraient pu avoir un impact réellement significatif en reboisant des dizaines d’hectares de terrain. Quant aux stratégies et plans nationaux, leur mise en œuvre est partielle dans trop de cas. »
Même son de cloche du côté de Carina Gounden, qui déplore le manque d’ambition des autorités, qui semblent faire fi des recommandations des instances internationales, et de la situation actuelle. Elle rappelle que selon Statistics Mauritius, Maurice aurait perdu 220 hectares de forêt de plus, et que malgré tout les cas d’abattage d’arbres endémiques continuent, notamment à Chamarel. « Nous sacrifions encore et toujours des espaces que nous devrions réhabiliter avec des espèces endémiques, recréer des zones de biodiversité, qui en plus nous aideraient à développer notre résilience face au changement climatique. Nos plages érodées ont en effet grand besoin de leur végétation adaptée pour aider à leur stabilisation. Mais pour ce faire, il faut gagner la bataille pour une gestion plus responsable de nos terres. Il faut plus d’espace dédié à la régénération,à la réhabilitation des équilibres naturels. Il faut pouvoir reconstituer là où nous le pouvons encore nos forêts côtières », dit-elle.

Replanter dans une logique de restauration des écosystèmes
Elle ajoute ainsi qu’« en plus de regagner de l’espace, il faut aussi des lois qui protègent efficacement des zones écologiquement sensibles, sinon comment envisager une stratégie efficace pour une reconquête de la biodiversité… et faire respecter ces lois surtout. Aujourd’hui encore, je me demande ce que comprennent nos décideurs de la biodiversité. Mais rappelons quand même que Maurice fut parmi les premiers signataires de la Convention for Biological Diversity, ainsi qu’il est souvent rappelé dans les discours officiels. Mais voilà, il ne sert à rien d’être de toutes les Conventions si les stratégies nationales ne suivent pas. Aujourd’hui encore, nous avançons contre toute logique scientifique. En effet, la nature fonctionne selon des règles. De l’interconnexion entre les écosystèmes, de l’interaction subtile et fragile entre diverses espèces de la faune et de la flore… Il ne suffit pas de planter des arbres çà et là, au hasard, il faut replanter dans une logique de restauration des écosystèmes, recréer des habitats aussi, que la flore et la faune reprennent leur place. Des écosystèmes qui soutiennent la vie, y compris celle des humains. »

Par ailleurs, du côté des jeunes, l’on avance que l’heure est grave et qu’il est urgent de mettre en place un droit de la nature pour la protection de l’environnement. « Les forêts, elles, purifient notre eau, séquestrent le dioxyde de carbone, préviennent l’érosion et bien plus encore. Alors qu’elles sont la raison de notre existence, elles sont aujourd’hui victimes de la surexploitation. À ce jour, nous sommes confrontés à une perte colossale de biodiversité et l’écologie est au plus bas. Avec la crise climatique et la sixième extinction, il est urgent que la conservation de l’environnement soit au cœur des débats », explique Mariam Sandooyea.

Pour elle, « les dégâts sont déjà présents et il est important d’établir un plan pour remédier à la situation. Il nous faut vivre en harmonie avec la nature et non pas nous en éloigner. D’ailleurs, la société mauricienne devrait être formée pour protéger la nature. Cela générera des emplois et donnera aux Mauriciens l’opportunité de tisser des liens forts avec la nature. » Et ajoute que « le gouvernement a la responsabilité de faire un développement qui n’est pas au détriment de la nature. La situation est grave et il nous faut agir au plus vite. N’oublions pas que notre île est un point chaud de biodiversité et qu’il est de notre devoir de la protéger. »

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