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Budget – Alain Muneean : « Des mesures louables mais… »

« … il faut résoudre des problèmes institutionnels »

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« Si le budget contient des mesures louables, les institutions, elles, présentent tellement de dysfonctions que les aides ne nous parviennent pas dans le délai imparti. Il y a donc des mécanismes qui doivent être revus pour régler ce problème institutionnel. » Tel est l’avis d’Alain Muneean, directeur de Terre de Paix, sur les mesures budgétaires en faveur des plus vulnérables. Il aurait souhaité, dit-il, voir « davantage de projets d’envergure pour la sécurité alimentaire et la création d’emplois durables  pour aider les pauvres sur le long terme. »

« Il y a certainement des mesures pour alléger la souffrance des gens à travers l’Income Support notamment. On ne peut dire qu’il n’y a pas de mesure pour venir en aide, pour apporter un certain réconfort. Mais, est-ce suffisant face à une telle précarité prévalant dans la société ? » se demande Alain Muneean. Il rappelle que ceux qui sont en situation de précarité n’ont pas d’emploi stable. « Ils font des petits boulots là où ils en trouvent. La plupart n’ont pas un compte bancaire. Comment les Rs 1 000 de soutien leur seront donc versées ? »

Au chapitre de l’éducation spécialisée à l’intention des enfants à besoins spéciaux, si l’allocation aux SEN Schools augmente à Rs 155 millions, Alain Muneean s’appuie sur le dernier budget pour montrer que « ce n’est qu’au mois de juin de cette année qu’on a décaissé une partie de cette subvention ». Et il se demande : « Donc, devra-t-on attendre juin de l’année prochaine pour avoir un décaissement ? Pendant ce temps-là, comment font ces écoles ? Il y a donc un problème institutionnel. Si le budget contient des mesures louables, les institutions, elles, présentent tellement de dysfonctions que les aides ne nous parviennent pas dans le délai imparti. Il y a donc des mécanismes qui doivent être revus pour régler ce problème institutionnel. » Il ajoute qu’il doit y avoir un partenariat mais le dialogue n’existe pas. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas de détails sur la mise en œuvre de ces mesures.

S’exprimant sur l’appauvrissement de la population, Alain Muneean dira qu’il est un fait que dans ce contexte économique très grave, même les personnes aisées en souffrent. « Imaginez maintenant la situation des personnes se trouvant en précarité. Si on ne prend pas les mesures durables par rapport à notre économie et par rapport à la crise alimentaire, la situation continuera d’empirer avec la flambée des prix inévitable découlant de la guerre en Ukraine. » C’est ainsi qu’il estime que le budget aurait dû mettre davantage l’accent sur des projets d’envergure pour la sécurité alimentaire et pour la création d’emplois. « Quand on parle d’emplois, on ne veut pas dire des emplois précaires mais des emplois durables. »

S’agissant de l’absence de ciblage d’aide pour les plus vulnérables, le directeur de Terre de Paix a dit ne pas être en faveur d’une telle méthode, sachant « à quel point c’est déshumanisant ». Il est davantage pour la compensation de la cherté de la vie par une hausse salariale en vue d’alléger le fardeau des gens. « Aider les gens à travers un système qui ne “dévêtit” pas la personne pour savoir si elle mérite ou pas. Il faut pouvoir augmenter le seuil d’éligibilité au SRM (Social Register of Mauritius). De plus, il est important d’alléger la lourdeur bureaucratique pour moins de perte de temps. Il ne faut pas compliquer la vie de ceux qui vont s’enregistrer pour de telles requêtes. »

Pour l’heure, même s’il y a des mesures qui peuvent, aux yeux d’Alain Muneean, soulager les familles vulnérables, celles-ci n’étant pas entrées en vigueur, la situation est encore compliquée, selon lui. « Il faut attendre la mise en œuvre de ces mesures. Il faut aussi pouvoir accéder à ces aides dans un délai raisonnable ! L’État a pris l’engagement de ces aides. Il faut maintenant un gros effort institutionnel pour les réaliser. »

Pour le directeur de Terre de Paix, un budget ne consiste pas à simplement donner à gauche et à droite. « Nous aurions souhaité davantage de politiques pour un meilleur système éducatif où l’on donne suffisamment de ressources pour la formation des enseignants et où dans la pédagogie, on utilise la langue maternelle comme médium d’enseignement. Ce n’est pas que par l’argent qu’on fera la différence, mais aussi par l’investissement dans la Santé et l’Éducation de sorte qu’on cesse de voir tous ces échecs aux examens. Il y a aussi l’apport de la culture pour le développement des citoyens. Ce budget n’a pas suffisamment reflété cet aspect. Il n’y a pas assez de détails à ce niveau. J’espère que le ministère viendra avec un plan pour montrer comment vraiment utiliser des fonds pour le développement holistique des enfants. »

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