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Les annonces de vente de chiens sont multiples sur les réseaux sociaux. Tous les jours, des chiens, principalement de race, sont vendus comme des petits pains sur Facebook. Ce business conséquent du ‘backyard breeding’ dure depuis des années au vu et au su des autorités. Or, pour les organisations non-gouvernementales et les activistes, qui militent pour les droits des animaux, des gens sans scrupules font fortune en élevant des chiens de race sans aucun permis. Certains chiens naissent avec un handicap et d’autres meurent à cause d’autres complications. Pour les défenseurs d’animaux, si cette situation ne change pas, la population de chiens errants continuera d’augmenter et ces derniers seront les plus rejetés de la société.

Militante pour les droits des animaux, Rubina Jhuboo est indignée par la manière que ce business prospère à Maurice. « Un chien de race est devenu un Status Indicator. Un chiot est vendu entre Rs 5 000 et Rs 85 000, dépendant de la race », dit-elle. Elle déplore que les chiens de race aient été mis sur un piédestal par rapport aux chiens dits « ordinaires », communément appelés « maurichiens » et qui ne sont plus valorisés, étant donné qu’ils ne rapportent rien financièrement aux éleveurs. «

Toutefois, depuis quelque temps, Rubina Jhuboo déplore que certains propriétaires de griffons délaissent leurs chiens, car les dépenses associées à leurs besoins sont onéreuses. « Il ne faut pas oublier que l’entretien de chiens de race coûte cher. De ce fait, lorsqu’on n’a pas l’argent nécessaire, on abandonne ces chiens. C’est le cas des griffons », dit-elle. L’activiste se demande si l’argent que recueillent ces éleveurs illégaux est déclaré à l’autorité fiscale. « C’est un gros manque à gagner pour les caisses de l’État », fait-elle ressortir.

« À cause de ce problème de société, il n’y a plus de demande pour les chiens ordinaires. On court tous vers ceux de race. Cela favorise ainsi l’élevage illégal des chiens », dit-elle. Avec l’attrait financier de ce business, elle constate que le Backyard Breeding’prolifère dans le pays. « On ne fait qu’acheter un mâle et une femelle pour démarrer le business », dit-elle. L’activiste souligne que ce secteur est si ‘unregulated’ que plusieurs personnes s’y adonnent sans crainte.

En marge des dernières tendances sur les réseaux sociaux au sujet de la vente de chiens de race, elle note avec regret que des gens cherchent des Mating Partners’uniquement. « Cela se fait impunément », dit-elle. Parlant de la population canine des dix dernières années, elle note une augmentation, car « une bonne approche n’a pas été adoptée pour répondre au problème de surpopulation. La population canine a empiré. »

Ce problème, dit-elle, est le résultat des gens qui n’ont pas stérilisé leurs animaux et qui les ont laissés à leur propre destin. L’activité de l’élevage des chiens de race, ajoute-t-elle, a aussi aggravé la situation. De plus, pour elle, le programme de « catch and kill » du gouvernement ne donne pas les résultats attendus « car le problème n’est pas réglé à la source ».

Pour résoudre le problème de l’élevage illégal des chiens, elle recommande la stérilisation de masse et une réglementation plus stricte. D’ailleurs, deux vidéos ont été postées sur les réseaux sociaux par cette activiste pour conscientiser les gens sur le fait qu’il est nécessaire de posséder un permis d’élevage avant de pouvoir s’y investir. L’élevage d’un chien « ordinaire » ou de race doit, au préalable, obtenir auprès des autorités les permis appropriés du ministère de l’Agro-industrie.

Rubina Jhuboo espère un changement de mentalité de certains Mauriciens. Pour elle, au lieu d’aller dépenser gros en achetant un chien de race, il serait mieux d’adopter un chien « ordinaire ». « On sauve ainsi une vie et ce chien ne fait pas dépenser autant que les autres. Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’un chien, qui est vendu cher, a plus de valeurs que les autres chiens ordinaires », dit-elle. Une manière de penser qu’elle dit « ne pas comprendre ». Militante pour les droits des animaux depuis des années, elle avance n’avoir jamais vu de différence entre un chien de race et un chien ordinaire.

« Notre chien local est résistant et surveille bien notre maison. Ce chien ne nécessite pas une grande quantité de nourriture et d’entretien. Ce chien est très affectueux », fait-elle ressortir. Mais ces chiens semblent ne pas être parmi les mieux lotis. L’activiste constate que ces chiens sont « jetés » de toutes parts. Ceux qui ne sont pas sauvés par les ‘rescuers’ meurent sous les roues des véhicules, d’autres sont abandonnés dans des boîtes dans des champs de cannes. « Nous sommes un peuple éduqué, mais c’est aberrant de voir des actes pareils », regrette l’activiste.

Durant la période de confinement, Rubina Jhuboo a créé la page « Animal Welfare Chronicles », où elle conscientise la population sur les chiens ordinaires de Maurice. Lançant un appel aux autorités pour cesser l’élevage illégal des chiens, elle estime que la situation est devenue alarmante à cause des éleveurs et certains ‘rescuers’ qui utilisent un système « mal ficelé » pour se faire de l’argent. En vue de régler ce problème, elle souhaite une stérilisation de masse et un durcissement de la loi pour corriger les abus de la société.

Mais le manque de vétérinaires à Maurice pose aussi problème dans la stérilisation en masse des chiens. Elle aurait aimé que l’aide du Worldwide Veterinary Service soit acceptée à Maurice afin de stériliser un maximum de chiens. Mais elle comprend aussi la situation de l’Animal Welfare Unit, qui ne parvient pas à régler le problème, étant donné que plusieurs autres existent avec la population canine. Depuis quelques jours, le Siberian Husky et le Saint Bernard ont été importés à Maurice. Rubina Jhuboo dit ne pas comprendre la raison d’importer des chiens qui vivent dans le froid, et ce au détriment des chiens ordinaires, qui vont continuer d’être maltraités.

 

ONG Wellbeing of Strays

Chiens de race: juste un Show-Off qui rapporte gros

Entièrement contre l’élevage illégal des chiens, Ashish Ajodhea, vice-président de l’ONG Well-being of Strays, soutient que ce problème existe depuis plusieurs années et n’a fait qu’empirer. « C’est un business qui fait rapporter gros », dit-il. Et d’estimer que certains éleveurs illégaux peuvent obtenir un minimum de Rs 150 000 mensuellement. Les lois, dit-il, existent mais doivent être appliquées dans toute leur rigueur, car l’élevage illégal des chiens de race a une conséquence directe sur les chiens ordinaires.

Sauvant des chiens de rues et de races tous les jours, cet activiste dit ne pas croiser les bras lorsque des actes illégaux sont commis pour obtenir de l’argent. Ainsi, pour dénoncer les éleveurs illégaux aux autorités, il dit se faire passer pour un client. Une fois que le lien est fait entre les éleveurs illégaux et lui, il dit poser une dernière question sur le permis d’éleveur. À son étonnement, plusieurs éleveurs n’ont pas de permis. Les noms de ces derniers sont envoyés aux autorités pour des actions. « Ces gens font ce travail juste pour de l’argent », dit-il, et soutient que certaines personnes, bénéficiant d’une pension du gouvernement, font cette activité.

Ashish Ajodhea dit que ces activités sont aussi faites loin de la résidence de l’éleveur illégal. S’agissant du prix des chiots, il constate que les éleveurs illégaux lancent un prix élevé au départ et, une fois le client intéressé par l’animal, il ajuste le prix. Selon lui, si un chien se vend à Rs 30 000 chez un éleveur détenant un permis en bonne et due forme, ce même chien se vend à Rs 15 000 chez un éleveur illégal. Il avance que le chiot vendu a été formé par le croisement d’un frère et d’une sœur d’une race spécifique ou de deux races différentes. Ashish Ajodhea soutient que plusieurs personnes ont perdu leurs chiens à cause des éleveurs illégaux.

Pour lui, acheter un chien de race offre aussi une valeur à la personne. « C’est juste un show-off pour montrer qu’on possède un chien de race. Certaines personnes se vantent d’avoir une telle ou telle race », dit-il. Mais il constate que, lorsque ces chiens de race tombent malades, ils sont souvent abandonnés par leur maître. « Nous avons recueilli des chiens de race abandonnés chez des propriétaires », dit-il, et croit que les propriétaires ne veulent pas dépenser un sou pour traiter leurs chiens.

Depuis les dix dernières années, Ashish Ajodhea constate une hausse dans le nombre d’organisations non gouvernementales qui sauvent des chiens abandonnés. « Très peu de gens offrent un peu de nourriture aux chiens et stérilisent leurs chiens. Lorsqu’une chienne donne naissance, on partage les chiots et certains les abandonnent. C’est en 2014 que nous avons vu une hausse des ONG militant pour les droits des animaux », dit-il. Et de déplorer que l’importance de stériliser son animal n’est pas prise en compte comme il le faut. Ce ‘rescuer’ dit avoir côtoyé des gens qui ne veulent pas stériliser leurs animaux par manque d’éducation.

Pour Linley Moothien, président de l’ONG Quatre Tilapat, les chiens ordinaires n’ont plus de valeur à Maurice. Les éleveurs illégaux de chiens de race ont augmenté dans le pays et les autorités n’agissent pas pour arrêter cette activité. « Je me demande si ce problème n’est pas plus grave que la maltraitance des chiens à Maurice. On soigne des chiens pour la reproduction. C’est un business qui rapporte beaucoup d’argent car ce sont les membres du public », dit-il. Même si les lois existent, il déplore qu’elles ne sont pas appliquées. Il préfère se tourner vers l’aide internationale pour défendre les animaux.

Contacté pour parler du problème à Maurice, une des sources auprès de l’Animal Welfare Unit de la Livestock and Veterinary Division, l’élevage illégal des chiens prend de l’ampleur au pays. La source avance que les réseaux sociaux sont devenus la plateforme idéale pour vendre des chiots. Selon elle, les chiens de race sont les plus prisés, car ils apportent de l’argent aux éleveurs. « C’est un problème qui prolifère. C’est une activité qui n’est pas propre car on croise tous types de chiens. On ne préserve pas la lignée. Au fur et à mesure, ce sont des chiens avec des malformations qui naissent », dit-il. Dans l’exercice de ses fonctions, cette source dit avoir noté que des éleveurs illégaux peuvent réaliser de fortes sommes d’argent tous les mois.

Un permis est nécessaire avant de pouvoir élever des chiens. Les conditions sont aussi claires sur l’élevage des chiens. Un éleveur de 1 à 5 chiennes reproductrices doit payer une somme de Rs 10 000 chaque année. Le permis pour un éleveur moyen de 6 à 10 chiennes reproductrices paye Rs 25 000 par an et ceux détenant plus de 10 chiennes reproductrices payent le montant de Rs 100 000 annuellement. Ces éleveurs doivent s’assurer que les chiennes doivent, entre autres, avoir un bon environnement, c’est-à-dire un sol solide, un système de drainage, les murs et le sol doivent être lavés facilement et dépourvus de carreaux pour éviter que les animaux ne glissent. Les niches doivent être bien aérées et doivent être désinfectées. Selon les lois établies, les races qui ne sont pas importées à Maurice sont l’American Pit Bull Terrier, l’American Staffordshire Terrier, Blue Nose Pit Bull, Boerboel, Dogo Argentino, Fila Brasileiro, Japanese Tosa, Red Nose Pit Bull et Staffordshire Terrier.