Espérer encore aujourd’hui », la lettre pastorale du Carême 2021 du cardinal Maurice Piat, s’inscrit dans un contexte de crise causée par la pandémie de COVID-19. Il invite ainsi à vivre l’espérance comme une démarche commune et solidaire. Au-delà des crises sanitaires et économiques, a-t-il ajouté, il y a la crise des personnes. Appelant au réveil des citoyens, il s’est dit d’accord avec les marches organisées, mais contre le fait de demander au gouvernement de partir, car nous sommes dans une démocratie. Selon lui, le pays a besoin de « prophètes de justice et de paix ».

« On ne peut sortir de la crise en étant comme avant. Soit on est meilleur, soit on est pire. » C’est en se basant sur cette phrase du pape François que le cardinal Piat invite les chrétiens à la réflexion en ce temps de carême. « Notre pays passe par des moments difficiles. Au-delà de la crise de la COVID et de la crise économique, il y a la crise des personnes. Je pense notamment à tous ces gens de la côte Sud-Est, vivant de la mer, qui se retrouvent sans travail. Il y a la crise sociale, avec la drogue synthétique, qui fait des ravages. Il y a des allégations de corruption, avec des enquêtes qui n’en finissent pas… » Dans tout cela, il est d’avis qu’il faut donner l’espace, « pas pour se plaindre, mais pour réfléchir à ce qui nous arrive ».

Répondant aux journalistes, à l’effet de savoir s’il considérait les marches citoyennes comme étant des initiatives dans ce sens, le cardinal a répondu que celles-ci témoignent bien d’un réveil du citoyen, tout en disant son désaccord avec le slogan invitant le gouvernement à partir. « Nous sommes dans un pays démocratique et il n’y a que par les élections qu’un gouvernement puisse se retirer. » Il a invité tout de même au dialogue, précisant qu’il faut pouvoir regarder au-delà des intérêts politiques et économiques. « En ce temps de crise, à mon avis, le gouvernement doit s’ouvrir. On doit pouvoir réunir autour d’une table des professionnels de différents secteurs qui pourraient aider le pays à s’en sortir. »

Il est d’avis qu’il faut reconnaître notre vulnérabilité dans tout ce qui nous arrive. «On a envie que cela finisse pour que nous retrouvions notre vie d’avant, avec notre confort. C’est une illusion. Dans cette fragilité, il faut reconnaître que la vie humaine a une grande valeur, au-delà des flaflas dont on l’habille. » Il a dressé un parallèle entre la crise actuelle et celle des Hébreux exilés à Babylone. « Les Juifs étaient fiers de leur liberté, de leurs réalisations, mais tout cela a été détruit. Ils croyaient que Dieu les avait punis, mais ont par la suite compris, avec l’accompagnement des prophètes, qu’Il était avec eux dans la longue marche du désert pour les conduire vers une liberté plus profonde. »

La crise, a ajouté le cardinal Piat, peut nous ouvrir les yeux et réfléchir à l’effet de savoir si nous construisons notre maison sur le roc ou sur le sable. « Va-t-on tout miser sur la course à l’argent ? Sommes-nous suffisamment attentifs à ceux dans le besoin ? » s’est-il demandé. Selon lui, notre pays a besoin aujourd’hui de prophètes de justice et de paix. « Jésus a été le plus grand prophète de justice et de paix. Il a pardonné aux Juifs. Il y a eu Martin Luther King, le Mahatma Gandhi et Nelson Mandela, qui ont aussi œuvré non seulement pour la justice, mais aussi pour la paix et la réconciliation. »

Il a conclu en disant que nous vivons actuellement notre « moment de Noé » qui, grâce à son arche, a pu sauver la vie après le déluge. « Aujourd’hui encore, il y a encore beaucoup de personnes qui construisent des arches. C’est cela l’espérance. Ceux qui se mettent en route et qui donnent envie aux autres de leur emboîter le pas. »