Caroline Alijean : « Ce qui ne fonctionne pas, c’est cette normalisation silencieuse »

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée ce dimanche 8 mars,  pour Caroline Alijean, ex-journaliste/PR & Content Executive, les femmes n’ont plus besoin d’inspiration, mais d’un système qui fonctionne. Entre lenteurs institutionnelles, protections insuffisantes et fatigue d’avoir toujours à prouver sa légitimité, le constat est sans détour. 

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Qu’est-ce qui doit réellement changer à Maurice pour améliorer concrètement la condition des femmes ?

Pendant des années, j’ai rencontré des femmes qui dirigent, qui entreprennent, qui créent de la valeur et de l’emploi. Des femmes solides, stratèges et ambitieuse. Le problème n’a jamais été leur capacité.

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Ce qui doit changer, ce ne sont les structures qui contribuent à leur demander d’être exceptionnelles pour obtenir ce qui devrait être normal. Ce sont les systèmes qui doivent changer. Ces mêmes systèmes qui continuent à fonctionner comme si l’égalité était acquise alors qu’elle reste fragile.

Il faut que la protection ne soit plus théorique. Que la justice ne soit pas lente au point de décourager. Que les institutions réagissent avec clarté et fermeté, surtout lorsqu’il s’agit de violences ou d’abus impliquant des mineures, comme l’actualité récente nous l’a brutalement rappelé.

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Améliorer concrètement la condition des femmes, c’est garantir que lorsqu’une fille parle, elle soit immédiatement protégée. C’est s’assurer que les lois ne soient pas seulement écrites, mais appliquées. C’est créer un environnement où la sécurité et la dignité ne dépendent ni du courage individuel ni du statut social.

Les discours, c’est bien. Mais dans la vraie vie, qu’est-ce qui ne fonctionne toujours pas pour les femmes à Maurice ?

Dans la vraie vie, ce qui ne fonctionne pas pour les femmes à Maurice, ce n’est pas le manque d’ambition. C’est la fatigue d’avoir à toujours prouver, expliquer, justifier. C’est la banalisation de certains comportements. C’est la peur de parler parce qu’on sait que le processus sera long, éprouvant, parfois humiliant. Beaucoup de femmes naviguent dans un environnement où les protections ne sont pas toujours à la hauteur des discours.

On célèbre les femmes, mais on parle moins de la charge mentale permanente, des compromis invisibles, des commentaires banalisés, des situations « tolérées ». Ce qui ne fonctionne pas, c’est cette normalisation silencieuse. Cette idée qu’il faut s’adapter, patienter, encaisser. Or l’égalité ne devrait pas être une endurance.

Quel est votre message ? 

Je ne dirai pas « osez ». Je dirai : dites, faites, soyez. Parce que les femmes n’ont plus à demander la permission d’exister pleinement. Leur courage n’est plus à prouver. Ce qui doit maintenant être prouvé, c’est la volonté collective de garantir leurs droits.

La Journée internationale des femmes 2026 parle de Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. Alors, soyons cohérents. Les femmes n’ont plus besoin d’être inspirées. Elles ont besoin que les règles fonctionnent. Pas symboliquement comme un slogan. Mais concrètement !

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