L’inquiétude s’est installée chez les producteurs de carotte depuis quelques jours. Pour des raisons que l’on ignore, certaines personnes ont fait venir plusieurs conteneurs de carottes (un conteneur transporte 24 tonnes) depuis la mi-avril, cela alors que le pays est déjà autosuffisant en carottes. Les planteurs et producteurs locaux se retrouvent donc avec une bonne partie de leur production sur les bras et personne n’arrive à savoir si ces carottes ont été importées légalement ou pas…

Maurice est parvenue à atteindre l’autosuffisance en carottes grâce aux efforts conjugués des producteurs qui se trouvent sur les hauts plateaux, notamment à La Marie et Henrietta et aussi grâce à des entreprises comme Senneville, InnovAgri et Jardins de Medine. « Nous avons été étonnés que des carottes ont été importées ces derniers jours, alors qu’il y en a suffisamment sur le marché. Cela anéantit tous nos efforts des dernières semaines. Nous avions déjà communiqué l’ensemble des productions de carotte à la Chambre d’Agriculture et il y avait des programmes de plantation chiffrés, démontrant que le pays est clairement autosuffisant sur les carottes, mais là c’est l’incompréhension totale », se désole ce planteur. Même son de cloche chez d’autres producteurs : « Nous ne savons même pas si cette importation a été approuvée ou non par les autorités et si elle est légale », explique un autre planteur. Il nous revient cependant que l’Agricultural Marketing Board a joué le jeu correctement en n’important pas de carottes depuis décembre. L’AMB aurait déjà un important stock de carottes dans ses frigos.

Quoiqu’il en soit les carottes importées d’Afrique du Sud ont déjà inondé les rayons des supermarchés de certaines enseignes et sont proposées à des prix défiant toute concurrence…Achetée à Rs 30 le kilo, la carotte importée est vendue à Rs 40 le kilo chez les distributeurs. Alors que la carotte locale coûte plus cher. C’est lamentable, explique un planteur, « on parle de l’importance de l’autosuffisance afin de réduire nos importations et le déficit du commerce extérieur et après on accepte des importations de légumes qui sont déjà disponibles dans le pays. Pour nous, notre production ne pourra être vendue et nos carottes vont pourrir dans les champs. C’est du gâchis », déplore un gros producteur.

Les planteurs n’avaient pas besoin de ce nouveau problème qui leur tombe sur la tête, cela d’autant qu’ils ont dû gérer le confinement et une certaine accumulation d’eau dans les champs depuis plusieurs semaines. « Nous travaillons dur pour produire localement, mais certains arrivent pour venir profiter de la situation et anéantir nos efforts. Si les autorités vont encourager l’importation, cela va décourager la production locale », disent-ils. Pour certains planteurs, les commandes ont chuté de 80% ces derniers jours, depuis le débarquement des conteneurs de carotte.