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Amrish Luchooa : « Il ne faut pas limiter ce secteur aux compagnies sucrières »

Le Cannabis Legalisation and Informative Movement (CLAIM) réagit à la décision du Conseil des ministres d’approuver les recherches et les essais sur le chanvre industriel. Tout en voyant là une bonne opportunité de relancer le secteur agricole, CLAIM plaide pour la participation citoyenne, notamment à travers des coopératives, au lieu de le réserver aux gros producteurs comme l’industrie sucrière. L’organisation invite également à ne pas négliger l’aspect thérapeutique du cannabis. Une réglementation en ce sens, selon CLAIM, apporterait un soulagement à de nombreux Mauriciens pour leurs traitements.

Selven Govinden, porte-parole de CLAIM, rappelle avant tout que ce mouvement lutte pour la légalisation du cannabis, que ce soit sur le plan industriel, médical ou récréatif, depuis 2005. Des propositions en ce sens ont été faites aux gouvernements successifs depuis, sans pour autant voir une évolution. La décision de la Commission des stupéfiants de l’Organisation des Nations Unies d’enlever le cannabis de la liste des drogues les plus dangereuses, ainsi que la position de l’Organisation mondiale de la Santé en faveur du cannabis médical, sont toutefois venus apporter une lueur d’espoir. Un comité avait même été mis sur pied par le gouvernement mauricien pour étudier la question. Récemment, le Conseil des ministres a avalisé la proposition d’initier des recherches et des essais sur le chanvre industriel. Ce qui conforte CLAIM dans sa position.

Selven Govinden rappelle que de nombreux pays sont déjà en avance dans ce domaine. Avec la crise économique découlant de la crise sanitaire, il y voit même une opportunité de relancer l’économie à travers le secteur agricole. « Les opportunités sont réelles. Il y a toute une panoplie de produits, notamment textiles, conçus à partir du chanvre industriel. D’ailleurs, on avait déjà une usine d’aloès à Maurice, qui a cessé ses opérations depuis. Avec toutes les avancées dans ce domaine, on n’aura pas à inventer la roue. Il existe déjà des “frameworks” qu’on peut adopter. »

Dans ce contexte, Amrish Luchooa lance, lui, un appel pour une table ronde, où les organisations et les citoyens pourraient partager leurs idées. Il plaide pour une participation citoyenne dans ce nouveau secteur, au lieu de le réserver aux gros opérateurs. « Au lieu de le limiter à l’industrie sucrière, par exemple, on peut permettre à des coopératives de se lancer également dans l’exploitation du chanvre industriel. »

CLAIM fait également ressortir que le chanvre industriel a une très faible teneur en THC et que ce n’est pas le type de cannabis utilisé par les fumeurs. « Il n’y a donc pas de risque qu’on vienne voler dans les champs pour fumer. Le  Cannabis Sativa ne comporte que 0,3% de THC, alors que le cannabis récréatif en comporte 10 à 12%. »

Cette organisation demande également à considérer le cannabis médical utilisé, notamment dans le traitement de l’épilepsie et du cancer. CLAIM rappelle que beaucoup de Mauriciens doivent se rendre en Afrique du Sud ou à La Réunion pour leur traitement. Une réglementation à Maurice apporterait un soulagement à ces malades, disent les porte-paroles.

Rappelons que Maurice compte importer cinq kilos de trois variétés de chanvre industriel et les cultiver sur une base pilote. C’est le ministère de l’Agro-industrie, à travers le Food and Agricultal Research and Extension Institute, qui dirigera ces recherches.