Kevin, un jeune de 19 ans habitant Chemin-Grenier, demande aux élus de la circonscription No. 14 (Savanne/Rivière-Noire) de ne pas rester insensibles à son appel, de réagir pour mettre fin à la prolifération de la drogue dure dans la localite. « Mo bizin gagn mo doz eroinn toulezour. Mo gagn sa avek bokou fasilite. Ena bokou kouma mwa. Pran kont ekout mo lapel, mo siplie zot », implore ce jeune homme qui vit avec sa sœur de 25 ans et son frère de 25 ans.

Il témoigne au Mauricien qu’il a commencé à consommer du gandia à l’âge de 15 ans. Et au fil des jours, le gandia n’avait plus l’effet qu’il souhaitait. Il se tournait alors vers de nouveaux amis qui, dit-il, connaissaient les lieux où la drogue de synthèse se vend comme de petits pains. « J’ai commencé petit à petit à développer une addiction à l’héroïne. Je ne peux plus m’en passer aujourd’hui malgré plusieurs tentatives. Ça ne marche pas, malgré les conseils de mes parents qui ont fini par découvrir que je suis devenu un accro. Je préfère planer, trouver mon bonheur à ma manière pour oublier mes souffrances, mes peines, même si la drogue me détruit et, indirectement, mon entourage, Mo finn esaye sorti plizier fwa, pa fasil. C’est de plus en plus difficile pour moi-même si j’ai vu la mort en face à plusieurs reprises. »

Comment fait-il pour se procurer quotidiennement sa dose ? « Mo bizin trase, mo fer bann ti travay kot mo gagne. Monn ariv kot pa kone », a confié le jeune homme en présence d’un conseiller du village de Chemin-Grenier avec qui il évoque quotidiennement son désespoir face à sa descente dans l’univers de la drogue. Kevin prie instamment les jeunes pour qu’ils n’entrent pas dans l’enfer de la drogue. Les drogues dures circulent dans tout le pays et affectent des gens sans distinction, dit-il.

« Je souffre beaucoup car je fais honte à ma famille », confie Kevin en larmes au téléphone en présence du conseiller qui, tous les jours, assiste à la descente aux enfers de plusieurs jeunes de la localité. « J’ai essayé plusieurs fois de convaincre Kevin de quitter l’enfer de la drogue. Je le vois chaque matin déambuler très tôt sur le trottoir pour chercher sa dose. Je lui ai fait comprendre qu’il n’a que 19 ans, il a toute sa vie devant lui. Il peut toujours se ressaisir, ne pas laisser les marchands de la mort voler sa jeunesse », fait part ce conseiller. Selon ce dernier, Kevin ne reste pas insensible à son appel. Il réagit positivement et affiche la volonté de s’en sortir. « Il est conscient du danger, des ravages de la drogue parmi les jeunes. Il me semble très motivé et je me réjouis de cela. » Mais le conseiller reste prudent. Car dans le passé, beaucoup des proches de Kevin ont cru à la promesse des jours meilleurs mais ont été déçus car il existe toujours un risque que cela ne se passe pas comme prévu. Et les mauvaises fréquentations n’aident pas non plus. Il n’avait pas tort. Quelques jours plus tard, Kevin retombe dans le piège. « Li mem li avoue mwa ki li pa finn kapav reziste, linn retonb dan la drog. »

Selon le conseiller, le fléau de la drogue s’étend dans le village de Chemin-Grenier. Il ne peut s’empêcher de se rappeler ce qui s’était passé en juillet 2019. L’ADSU avait arrêté un jeune de 17 ans habitant le village et dont le train de vie avait fini par éveiller les soupçons. Lors d’une perquisition chez ce jeune, 48 sachets contenant de la drogue de synthèse et une grosse somme d’argent soupçonnée de provenir de la vente de cette drogue avaient été découverts. « Sa prouve ki bann zen osi inplike dan trafik la drog depi ase lontan, enn mwayen pou gagn larzan fasil. »

R., un autre conseiller qui souhaite lui aussi garder l’anonymat, a rappelé que l’ADSU avait mis la main sur un suspect aux initiales V. M. en 2018 après que plusieurs habitants avaient porté plainte contre lui auprès de l’ADSU du Sud. Les éléments de la brigade antidrogue avaient procédé à la saisie de 31 doses de drogue synthétique et d’une somme d’environ Rs 7 900, soupçonnée de provenir de la drogue. S. P., un travailleur social, ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer les marchands de drogue qui opèrent en toute impunité à Riambel. « Kan ena penuri dan Chemin-Grenier, ou gagn tou kalite ki ou anvi laba : eroinn, simik, gandia », témoigne-t-il.