Cinéma : « L’Odyssée d’un peuple », de Selven Naidu

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Un documentaire à ne pas rater

 

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La majorité des Mauriciens n’a découvert le combat des Chagossiens pour leurs droits que quand la revendication du retour des Chagos sous la souveraineté mauricienne a été portée devant les instances internationales. Avant, les Chagossiens ont fait partie du paysage mauricien sans qu’on ne s’en préoccupe vraiment. Ils ont été pendant longtemps des cousins très, très éloignés qu’on ne fréquentait pas, dont on ne voulait pas parler. Et que l’on désignait, souvent avec mépris, de « zilois ». En ignorant leur combat, commencé et alimentée par les Chagossiennes, au départ, pour dénoncer les conditions de leur déportation de leur archipel natal par la Grande-Bretagne et les États Unis. Deux empires, qui prétendent être les gardiens de la démocratie dans le monde et qui ont dépouillé les Chagossiens de leurs îles pour transformer une d’entre elles en une base militaire pour attaquer leurs ennemis au nom du maintien de la paix dans le monde.

Les Mauriciens ne se sont pas vraiment intéressés au combat des Chagossiens, même au moment des manifestations de rue – durement réprimées par la police mauricienne – jusqu’à ce que le combat prenne une tournure légale. Avec l’aide d’hommes de loi – militants, ils ont contesté les décisions de la Couronne et obtenu, après de longues procédures, des jugements en leur faveur. L’intérêt des Mauriciens a augmenté quand le combat a quitté les Cours de justice britanniques pour aller à l’international, à l’assemblée générale des Nations-Unies, devant la Cour internationale de la Haye. Cet intérêt s’est décuplé quand il s’est agi de souveraineté retrouvée, mais plus encore quand il a été question de location de Diego Garcia pour 99 ans et 40 ans renouvelable, et de son montant, immédiatement inclus, comme une rentrée d’argent, dans le budget national. Avant que les conservateurs britanniques et le Président américain se mettent de la partie et stoppent le processus de ratification de l’accord.

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Ce rappel des faits était nécessaire pour situer l’importance de L’Odyssée d’un peuple de Selven Naidu, projet en avant-première cette semaine à Maurice. Ce sont ces cinquante ans d’un pan tragique et méconnu de l’histoire de Maurice que le réalisateur retrace dans son documentaire, en mettant l’accent sur ses principaux personnages et victimes : les Chagossiens. Avec, au premier plan, Olivier Bancoult, le leader charismatique de cette odyssée. Utilisant, d’une part, des documents d’époque, des témoignages des Chagossiens et des reconstitutions, Selven Naidu fait, d’autre part, appel à des témoins, des hommes de loi et des commentateurs pour établir la chronologie des basses manœuvres de deux empires pour faire main basse sur un archipel de l’océan Indien en déportant ses habitants.

Ce qui ressort surtout du documentaire c’est la résilience des « zilois » qui – livrés à eux-mêmes dans un milieu hostile quand ils ont été déportés à Maurice – ont su, petit à petit, s’organiser pour relever la tête, avant de la tenir légalement à l’empire britannique et finir, après 50 ans de lutte, de défaites et de victoires, par faire reconnaître leurs droits devant les instances internationales.

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On peut faire deux reproches au film de Selven Naidu : tout d’abord, une surdramatisation, un peu mélodramatique parfois, dans certaines séquences de reconstitution, et la longueur de son documentaire, qui risque de lasser le téléspectateur étranger. Il faut, surtout, regretter que la MBC n’ait pas acquis les droits du film – ne parlons pas de coproduction – pour le diffuser sur une de ses nombreuses chaînes, en permettant au plus grand nombre de Mauriciens de découvrir une des pages sombres de l’histoire de leur pays. Un pays dont une version complète et non partisane de son histoire récente n’a pas encore été écrite et enseignée dans ses écoles.

L’Odyssée d’un peuple, de Selven Naidu, vient combler une partie de cette histoire pas encore racontée. Les Mauriciens ne devraient pas rater sa prochaine programmation sur TV5, un de ses producteurs, pour la découvrir.

JCA

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