Aider les travailleuses du sexe à changer de vie. Tel est l’objectif de l’Ong Shree Ji. Les responsables de cette association, Preetila Jumungall, Kathleen Bazerque Bacha et Priscilla Leopold, se sont ainsi rendues lundi à Cité Longère, Baie-du-Tombeau, afin d’animer une causerie dans le cadre de la Journée internationale contre la violence à l’égard des travailleuses du sexe.

Témoignages, conseils et préparation d’une bannière symbolique, invitant les hommes à cesser d’agresser physiquement les travailleuses du sexe ont marqué ce rendez-vous, qui s’est déroulé à l’ombre d’un arbre en plein centre de Cité Longère. D’anciennes prostituées sont ainsi venues témoigner de leurs difficultés, notamment à réintégrer la société. « Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’une femme se prostitue, mais elle est parfois obligée de le faire pour gagner sa vie », explique une habitante de la localité âgée d’une trentaine d’années.

« Par ailleurs il faut mettre un frein à la violence à l’égard des prostituées. Il faut aussi cesser cette stigmatisation qui empêche ces femmes à trouver un emploi. Le regard des gens à leur égard doit changer. Je connais un cas où un employeur a refusé d’embaucher une femme sous prétexte qu’elle se prostituait, alors qu’elle voulait justement changer de vie. Comment voulez-vous qu’elle se sorte de cette situation ? » poursuit-elle. « Il faut donner une chance à ces femmes de changer leur mode de vie. »

Une autre habitante estime  « difficile de nos jours de trouver un métier convenable lorsqu’on habite dans le quartier », et ce, dit-elle, en raison de la stigmatisation. « Dès qu’un employeur apprend qu’on habite Cité Longère ou dans un quartier avoisinant, on est tout de suite rayée de la liste pour obtenir un travail. On veut changer ce regard, car nous avons des enfants à nourrir. Tout ce qu’on demande, c’est de nous respecter, car nous pouvons être vos mères, vos filles et vos enfants », souligne-t-elle.

Le manque d’argent est-il le seul facteur expliquant que certaines femmes choisissent de se prostituer ? Pas toujours, dit une mère de famille, prenant exemple sur les jeunes filles se lançant dans ce milieu en raison de problèmes familiaux. « Leurs parents sont parfois divorcés, et c’est alors la mère qui doit s’occuper des enfants. Quant au père, il part chercher une autre femme pour refaire sa vie. Les enfants sont donc livrés a eux-mêmes et les jeunes filles deviennent la proie des proxénètes. Et elles finissent par tomber dans la prostitution pour gagner leur vie », souligne-t-elle.

Une autre habitante explique que lorsqu’une femme a obtenu le divorce, elle ne sait pas toujours où aller. « Il est très difficile pour une femme seule d’obtenir une maison à louer. Certaines acceptent alors de se prostituer pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Personnellement, j’ai pu quitter ce milieu en travaillant très dur. Je suis devenue maçon. Bizin trase e met serie, ki pou fer ? » dit-elle.

Pour Preetilla Jumungall, l’Ong qu’elle représente « fera tout pour aider ces femmes à sortir de ce cercle infernal grâce à l’aide du haut-commissariat canadien ». Et de faire ressortir que « beaucoup de femmes sont tombées dans la drogue avec la prostitution », tandis que d’autres ont carrément perdu la vie.

« L’association Shree Ji veut “empower” ces femmes. On veut redonner espoir à ces femmes, qui veulent améliorer leur vie. Jusqu’ici, environ 80 femmes se sont fait enregistrer auprès de l’Ong. Toutes disent “Stop à la violence” à l’égard de la gente féminine. Celles qui font ce métier font l’objet de toutes sortes de sévices. Elles sont droguées, brutalisées et connaissent parfois une fin atroce sans que personne ne s’en soucie », souligne-t-elle. À noter aussi que l’Ong est également très impliquée dans l’accompagnement scolaire des enfants défavorisés.