Les botanistes Laurence Dorr et Kenneth Wurdack, du Museum d’histoire naturelle de Washington, ont publié le 17 novembre dernier une nouvelle classification phylogénétique des espèces botaniques figurant dans une sous-famille des Malvacées, les Dombeyoideae de cette région de l’océan indien… En se basant sur des analyses moléculaires et donc l’ADN des plantes, ces chercheurs ont notamment estimé que les espèces regroupées sous le genre Trochetia n’avaient plus de raison d’être dénommées ainsi, car leurs différences génétiques avec celles du genre Ruizia n’étaient pas assez probantes pour justifier des appellations distinctives.

Lorsque le faible niveau de différenciation génétique entre deux genres ne permet pas de les distinguer, on choisit généralement la plus ancienne des deux dénominations, et donc les Ruizia en ce qui concerne les espèces nommées jusqu’alors Trochetia… Rappelons que le fameux Trochetia boutoniana a été décrit en 1823 par Augustin Pyrame de Candolle, à une époque où la génétique ne faisait guère partie des préoccupations. Il a été nommé ainsi en 1981 par Francis Friedman, en hommage au botaniste mauricien Louis Bouton.
Si le terme Trochetia continuera de faire partie du langage commun à Maurice, en raison de la popularité de cette plante à fleur endémique, il ne devrait désormais être mentionné dans les publications scientifiques que comme synonyme de Ruizia, pour permettre aux lecteurs de s’y retrouver, laissant place aux Ruizia boutoniana ou boucle d’oreille et toutes les autres espèces endémiques de Maurice Ruizia parviflora, R. blackburniana, R. uniflora, R. triflora, ou encore à La Réunion le Ruizia granulata… Dans le même esprit, le Dombeya mauritiana devient Ruizia mauritiana.

N’existant à l’état sauvage que sur la montagne du Morne, le Trochetia boutoniana a été choisi comme fleur nationale le 12 mars 1992, comme symbole du statut de République auquel notre pays accédait alors. Reste à savoir si les autorités vont garder cette dénomination ou adopter la nouvelle, désormais reconnue par les biologistes. Le Ruizia boutoniana fleurit généralement de juin à octobre de ses jolies fleurs rouge orangé en forme de boucles d’oreille et forme un arbuste buissonnant qui peut atteindre deux à quatre mètres de haut. Il fait aussi partie des rares plantes au monde à délivrer un nectar coloré, rouge en l’occurrence, pour attirer ses principaux pollinisateurs, les geckos Phelsuma…

Il faut comprendre qu’aux critères de distinction descriptifs, liés à la morphologie, à l’anatomie et/ou à la palynologie (étude des pollens et des spores) de la plante, s’ajoutent depuis les années 1960 des analyses moléculaires permettant de déterminer l’ADN de ces espèces et donc, leur identité biologique de manière beaucoup plus précise qu’à l’époque des premières explorations. Avec ces nouveaux outils que les chercheurs développent, les révisions taxonomiques prennent également en compte l’évolution des espèces dans la nature, la façon dont elles ont pu par exemple se modifier sur le plan génétique, pour mieux s’adapter à un milieu donné, voire même se conformer aux évolutions de ce milieu (changement climatique, géologique, pollutions…), pour s’y adapter, ou migrer vers d’autres lieux plus favorables.

Tendance au déclin

Publiée dans la revue internationale de taxonomie, Taxon, cette étude concerne au total 98 espèces qui sont désormais classifiées sous 14 genres différents. Le genre Ruizia, qui ne concernait jusqu’en 2020 qu’une seule espèce (Ruizia cordata), regroupe désormais 13 espèces : six anciens Trochetia, une Astyria rosea, une Ruizia et cinq Dombeya… Cette révision générale de la nomenclature a aussi apporté l’émergence d’un nouveau genre malgache, les Hafotra…

Les différentes espèces de Ruizia (Trochetia pour synonyme) vivent dans des milieux différents et se développent assez rarement en « sympatrie » entre elles, auquel cas des hybridations pourraient avoir lieu. Certaines sont très rares dans la nature comme l’unique individu répertorié de R. mauritiana, les quatre derniers R. sevathiani, qui vivent dans les forêts relativement basses dans le parc national des gorges de Rivière-Noire, à l’extrémité nord.

Les autres espèces de Ruizia/Trochetia fleurissent sur des flancs et crêtes de montagne, sauf le T. blackburniana, qui préfère les fourrés bas et denses comme à Pétrin, Florin, etc. La tendance générale est malheureusement au déclin comme quasiment pour toutes les autres espèces indigènes d’ailleurs, celui-ci étant d’ailleurs parfois rapide (en 12 ans, la moitié des individus de l’ex D. sevathiani ont disparu).