photo archive

– Le permis EIA pour un nouveau projet hôtelier en zone marécageuse accordé alors même que le Climate Change Bill est présenté à l’Assemblée, déplore l’ONG

Le Climate Change Bill, projet de loi tant attendu par les défenseurs de l’environnement, est inscrit à l’agenda de la présente session parlementaire. Toutefois, la volonté affichée par le gouvernement de combattre les effets du changement climatique est en contraste avec certaines décisions prises récemment. C’est ce que dénonce le collectif Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL), après que le ministère de l’Environnement a décidé d’accorder le permis EIA au groupe français Atalian, pour la construction d’un hôtel, aux Salines, Rivière-Noire, « autour d’un barachois, en zone marécageuse ».

« The main object of this Bill is to implement, with a view to adressing the adverse effects of climate change and developing Mauritius into a greener economy… » C’est ainsi que se décline l’objectif du projet de loi, qui sera présenté par le ministre de l’Environnement, Kavy Ramano, à l’Assemblée nationale. Or, pour AKNL, tout ceci n’est qu’un « eye wash » ou « fer sablan », dénonce Carina Gounden, porte-parole du collectif. Elle en tient pour preuve le permis EIA, accordé le 8 octobre dernier, pour la construction d’un nouvel hôtel aux Salines, Rivière Noire. « Le ministre Ramano a accordé un permis EIA pour la construction d’un projet d’hôtel autour d’un barachois, en zone marécageuse, bordée qui plus est de mangroves et d’une dune de sable, le tout sur une portion de State Land », regrette-t-elle.
Et d’ajouter que, même s’ils ne sont pas dans un état exceptionnel, le marécage, ses mangroves et sa dune de sable seront radicalement transformés, voire grandement affectés.

AKNL rappelle que, hormis le groupe français Atalian qui vient de recevoir son permis EIA, le groupe mauricien New Mauritius Hotels (NMH) a également un projet hôtelier dans la même région. « Ce sera le 8e projet d’hôtel dans cette péninsule. » Le collectif rappelle que, pour ce projet, le promoteur « a eu un permis EIA pour combler la Wetland 76, créer une Wetland artificielle à côté, et aussi créer un lagon entièrement artificiel ». Autant de raisons qui poussent AKNL à remettre en doute la volonté affichée dans le projet de loi.
Le collectif cite encore le cas d’une construction de villas et appartements de luxe à Melville, Grand-Gaube. Selon AKNL, cette construction a été faite « sans permis EIA, en bordure d’un marécage côtier, qui figure pourtant dans le Top 12 des Coastal Wetlands à protéger ». Ce marécage, la “wetland 107”, ainsi que la plage sur laquelle le complexe est en construction, sont répertoriés dans une étude sur les zones environnementalement sensibles, menée par le ministère de l’Environnement, en 2009. Une question à ce sujet avait d’ailleurs été adressée au ministre Kavy Ramano, par le député de l’opposition, Mahen Gungaparsad, en mars dernier. Le ministre avait alors répondu que la police de l’environnement menait une enquête à ce sujet. Or, AKNL affirme que ses membres ont effectué une visite sur ce site, le 17 octobre dernier, et ont constaté que les travaux avaient bien progressé.

Le cas de la construction d’un projet hôtelier également sur des “wetlands” à Bel-Ombre est aussi cité. Le collectif rappelle qu’il a déjà alerté les instances internationales sur les deux cas et qu’il continuera à le faire. Surtout que, valeur du jour, « il est très difficile pour les activistes écologiques de pouvoir agir et se faire entendre ». AKNL déplore ainsi que le Climate Change Bill ignore le fait qu’il est aujourd’hui « quasiment impossible pour les citoyens et les ONG de venir contester les décisions incohérentes, voire néfastes à notre environnement ».

Rappelons que, selon les amendements à l’Environment and Land Use Appeal Tribunal Act, sous la Finance Act, seules les parties se sentant lésées par l’octroi d’un permis de construction, peuvent contester cette décision. Les citoyens n’ont plus “locus standi” pour cela, comme c’était le cas par le passé.