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À l’approche des festivités de fin d’année, les marchands ambulants et saisonniers commencent à envahir les rues dans les villes. Une véritable partie de cache-cache avec les autorités. Ils sont plusieurs, voire des centaines, à enfreindre les règlements pour tenter de gagner leur vie en cette conjoncture d’affaires extrêmement difficile.

En cette période, la vigilance et le contrôle sont redoublés, selon les autorités qui ne font pas de cadeau à qui que ce soit. Des contraventions sont dressées et servies séance tenante et les produits sont saisis sans pitié.

D’ordinaire, les marchands saisonniers font leur apparition à la mi-décembre. Mais cette année, la situation de crise liée à la pandémie de COVID-19 les a poussés à envahir les rues plus tôt. Une occasion pour les marchands ambulants également. Ils sont des centaines dans les rues à jouer au chat et à la souris au quotidien avec les policiers en patrouille.

Des produits sont saisis, des contraventions sont servies mais cela n’empêche pas les marchands saisonniers et ambulants à venir « tenter une chance » dans les rues.
À Curepipe, la présence des marchands ambulants et saisonniers dans les parages de la gare du Sud fait gronder les commerçants de la foire et du bazar. « Ena marsan sorti Port-louis, Vallée-Pitot, Cassis pou vinn vann prodwi dan Curepipe. Mo rekonet zot parski mo konn zot », affirme un marchand de foire. Il y en a une vingtaine, selon lui. Ces marchands vendent divers produits, à savoir des chaussettes, des masques, des écouteurs, des sacs, chaussures et des légumes.

D’autres commerçants à la foire de Curepipe abondent dans le même sens. « Il n’y a pas seulement des marchands ambulants mais aussi des saisonniers qui viennent tenter une chance en cette période de fin d’année. Certains vendent leurs produits en marchant, d’autres se permettent même d’installer une petite table pour exposer leurs produits. Quelques-uns, surtout les plus âgés, viennent dans la matinée mais la majorité fait leur apparition dans l’après-midi. À partir de 15h, ces marchands ambulants et saisonniers envahissent la gare », disent les commerçants.

Ces derniers disent avoir rapporté le problème à la mairie à plusieurs reprises mais la situation continue à persister. « Le bureau des inspecteurs de la mairie se trouve à l’étage du bazar. Cela dit, ils voient bien ce qui se passe dans les parages. Parfois, ils viennent prendre des contraventions mais d’autres fois, ils adoptent une politique de laisser-aller. C’est injuste envers les commerçants de foire de Curepipe car nous payons une location de Rs 3 000 pour nos étals. Ces marchands ne craignent rien, même pas la police. Pourtant, il y a eu plusieurs saisies par le passé », rappellent-ils.

À Quatre-Bornes, la situation est encore plus inquiétante. Selon des marchands de légumes au bazar et des commerçants de foire, cette période de fin d’année accueillera une centaine de marchands ambulants et saisonniers dans la ville. « C’est le même problème tous les ans. Nous avons déposé plusieurs plaintes à la mairie de Quatre-Bornes, mais le problème reste le même », soutiennent des marchands au bazar. En effet, certains marchands ambulants sont aperçus à l’extérieur du bazar. Ils vendent des savates, des sous-vêtements, des ceintures, entre autres. Mais la majorité, selon les commerçants, se trouve dans les parages des magasins. Comme à Curepipe, ces marchands apparaissent dans l’après-midi.

À Rose-Hill, les marchands saisonniers se sont installés devant le bazar. Ils vendent principalement des fruits saisonniers. « Ces marchands sont ici depuis quelques jours. À première vue, il ne s’agit même pas des marchands mais des accros à la drogue qui cherchent à avoir un peu de sous. Ils vendent principalement des fruits saisonniers, comme la mangue en ce moment.

Ces marchands ne craignent pas la présence des policiers dans les parages. Dès qu’ils aperçoivent un policier, ils prennent leurs marchandises et s’en vont. Sauf qu’ils ne vont pas loin car quelques minutes plus tard, ils reviennent au même endroit », expliquent des marchands au bazar. En revanche, les marchands ambulants opèrent, eux, sur la rue La Reine à Rose-Hill. Selon les commerçants de cette rue, c’est leur « baz ». Il y en a une vingtaine dans cette rue. « Les marchands ambulants ont choisi d’opérer dans cette rue car il est plus facile de se camoufler à une descente policière. Ils portent leurs produits en main et quand la police apparaît, ils les ramassent dans leurs sacs. Certains bénéficient du soutien de quelques commerçants qui les aident à cacher leurs produits quand la police arrive », affirment des commerçants.

Les marchands aux foires Da Patten et New Arab Town sont remontés et déplorent l’indifférence des autorités. « Nous devons débourser Rs 2 400 par mois pour la location de nos étals alors qu’il y a des marchands à l’extérieur qui opèrent gratuitement. Si les autorités avaient pris les sanctions nécessaires, ces marchands ne seraient pas là », disent-ils.

Dans la capitale, les marchands ambulants et saisonniers se cachent rue Farquhar et rue La Corderie. Deux voies très fréquentées et stratégiques pour les marchands. « À Port-Louis, le contrôle est très sévère. Mais cela n’empêche que les marchands saisonniers et ambulants viennent tenter leur chance. Il y a quelques marchands de fruits saisonniers à la gare du Sud, à rue Deschartes. La plupart d’entre eux sont des accros à la drogue qui vendent des fruits pour avoir un peu de sous. Sinon, les marchands ont choisi comme « baz » les rues Farquhar et La Corderie où ils peuvent facilement se dissimuler parmi les commerçants et les membres du public. Toutefois, je dois dire que contrairement à quelques années de cela, le nombre de marchands saisonniers et ambulants a beaucoup diminué », indique Hydar Ryman, porte-parole des marchands de foire.

« Nou vinn rod ene ti lavi »
Les marchands ambulants et saisonniers sont conscients qu’ils opèrent contre les règlements, mais soutiennent qu’ils n’ont d’autre choix que de prendre ce risque pour avoir un peu d’argent. « Nou kone nou pa gagn drwa opere. Mai nou vinn rod enn ti lavi », confient certains.

Ces marchands ambulants ou saisonniers sont issus de familles très modestes. Selon eux, ils ont économisé un peu d’argent qu’ils ont investi dans l’achat de ces produits. « Parmi nou, ena ban zenn ki pena travay e bann vye ki pa kapav travay. Me nou tou bizin enn ti kass pou viv. Akoz sa nou fer marsan anbilan », disent-ils. N’ont-ils pas peur ? Ces marchands avouent qu’ils opèrent dans la frayeur. « Nous devons nous méfier de toute personne dans le public. Il se pourrait qu’un inspecteur de la mairie ou un policier nous observe. Nous devons rester sur nos gardes car si la police ou les inspecteurs arrivent, nous devons nous sauver. Avoir une contravention est inquiétant mais saisir nos produits est encore pire. C’est ce que nous craignons le plus », disent-ils.

Mahfooz Cadersaïb, lord-maire
« Nous saisirons les produits sans pitié »

Selon le lord-maire, Mahfooz Cadersaïb, la mairie de Port-Louis a déjà mis sur pied un système de contrôle pour empêcher les marchands saisonniers et ambulants en cette période de fin d’année. « Le contrôle se fait déjà mais nous avons redoublé de vigilance. Nous sommes conscients que certains marchands ne respectent pas les règlements et continuent à opérer dans les rues. Il y aura des sanctions. Les produits seront saisis sans pitié et des contraventions seront servies. D’ailleurs, nous avons déjà saisi une grande quantité de marchandises des personnes qui ne respectent pas les règlements », a déclaré le lord-maire. Et d’ajouter que la police et les inspecteurs de la mairie sillonnent les rues au quotidien.

À Rose-Hill, selon une source de la mairie, plusieurs contraventions ont été servies aux marchands saisonniers et ambulants. « Il devient de plus en plus difficile de combattre ce problème de marchands saisonniers et ambulants. Il faut trouver une solution. Pourquoi pas les regrouper dans un seul endroit ? Ainsi, ils débourseront pour une location comme tous les marchands de foire », a indiqué la même source.