– Patrice Robert : « On ne peut plus supporter des augmentations de coûts »

À quelques jours du lancement des négociations tripartites, la Mauritius Export Association (MEXA), regroupant les entreprises exportatrices, monte au créneau prônant la prudence. « Nous sommes inquiets », déclare le président, Patrice Robert. « Inquiets car il faut maintenir la compétitivité des usines mauriciennes. On ne peut les mettre en péril. Il est primordial de garder Maurice compétitive pour passer les mauvais moments actuels et garder notre secteur résilient. » Il ajoute que « nos membres ont fait beaucoup d’efforts jusqu’à maintenant et on n’arrive à un point où on ne peut plus supporter des augmentations des coûts de production. »

Les responsables de la MEXA, Patrice Robert, Arif Currimjee (vice-président) et Lilowtee Rajmun (CEO), ont mis le doigt sur le défi du « cost of doing business », arguant que « c’est très difficile d’absorber les coûts ‘one after the other’ » et que les changements liés à la Workers’ Rights Act ont « réduit la flexibilité de l’emploi dans le secteur », ajoutant que « nous voulons que le secteur reste résilient et compétitif et si nous dépassons un ‘threshold’ cela devient très compliqué pour nous ».

Dans la conjoncture, la MEXA est venue confirmer que le secteur se porte mieux que prévu, avec une performance en hausse pour le troisième trimestre 2020 comparé à la même période en 2019. Toutefois, des ‘challenges’ demeurent dont la connectivité, le ‘cost of doing business’ et des travailleurs étrangers qui désertent les entreprises.
Arif Currimjee explique que les chiffres compilés par la MEXA montrent que durant le confinement il y a eu effectivement une baisse « assez significative » des exportations, mais au troisième trimestre 2020, « on a vu un rebond significatif, en général, soit 107% de la performance réalisée au troisième trimestre 2019 ». Durant ce trimestre, les exportations étaient supérieures, ayant atteint Rs 12,8 milliards, comparé à Rs 12 milliards pour la même période l’année dernière. A ce stade la performance du secteur des exportations serait de -15% pour l’année 2020 par rapport à 2019, selon la MEXA. Toutefois, ces chiffres sont en roupies, mais il « faut tenir compte de la dépréciation de la roupie ».

Le vice-président de la MEXA poursuit qu’« au début, on pensait qu’on allait être plus mal, mais vu la tendance actuelle et le niveau de commandes, nous prévoyons que le quatrième trimestre 2020 sera plus ou moins similaire au troisième, donc nous n’aurons pas de baisse significative en fin d’année ». Évoquant ses estimations pour l’année dans son ensemble, la MEXA dit s’attendre à des exportations de Rs 42,3 milliards (comparé à Rs 48 milliards en 2019), ce qui représenterait une baisse de 12%.
« Une bonne performance par rapport à ce que l’on avait prévu initialement, tenant compte de la conjoncture. Nous avons déjà connu une baisse de 10% dans une année normale, donc c’est très encourageant. Il faut dire que nous avons développé l’e-commerce depuis quelques années et cela porte également ses fruits », commente Lilowtee Rajmun, la CEO de la MEXA.

Commentant les derniers chiffres, Patrice Robert explique que la MEXA a sondé ses membres sur l’impact du second lockdown sur leurs ventes. « Les acheteurs ont préféré acheter en avance et stocker. Le lockdown a forcé nos clients à acheter plus et cela a bénéficié à nos entreprises locales. À ce stade, nous espérons que le second lockdown n’ait pas d’effet négatif. Nous devons rester extrêmement vigilants même si, à ce stade, la machine a l’air de toujours fonctionner relativement normalement malgré le second lockdown, » dit-il.

La prudence est effectivement de mise, d’autant que le secteur de l’exportation fait face à trois grands principaux défis : la connectivité, le ‘missing expatriate worker’ et ‘cost of doing business’. Concernant la connectivité, Arif Currimjee se félicite que Air Mauritius ait pu ajouter un 4e vol cargo, grâce auquel « la demande existante et potentielle pourra être satisfaite ».