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La pandémie de COVID-19 touche toutes les tranches d’âge, et les seniors sont plus exposés au risque de contamination avec une gravité potentielle sur le plan clinique. Après deux confinements successifs, la gériatre et présidente de l’ONG FIAPA Maurice (Fédération internationale des associations de personnes âgées), Dr Pascale Dinan, dresse un tableau sans fard de la situation : « Nos seniors vivent différemment ces deux épisodes de confinement, d’une année à l’autre. Cela leur demande une certaine capacité de s’adapter à tout ce qui vient bouleverser leurs routines habituelles et la population a été mieux préparée à vivre ce 2e épisode. Mais rien ne peut remplacer le contact humain ! D’ailleurs, l’homme est un animal grégaire… à tout âge !»

Pour certains, explique-t-elle, « l’isolement et le changement de leurs modes de vie usuels peuvent entraîner des troubles du comportement, notés par la famille qui se tournera alors vers un professionnel de santé. Il s’agira de faire la part sur les différents types de troubles du comportement et diagnostiquer un état confusionnel aigu pour voir ce qui peut être fait pour améliorer la condition médicale de nos seniors. »

Chacun vit le confinement différemment avec ses propres capacités de résilience et se retrouve à faire face à une situation nouvelle ; adultes, adolescents, enfants et personnes âgées. « Il y a ceux qui sont encore mobiles et autonomes, les sujets grabataires et alités, ceux qui ont des troubles cognitifs et d’autres qui sont affectés par diverses pathologies, indique la Dr Dinan. Le contexte environnemental est déterminant aussi : vivre à domicile, entouré de ses proches ou en maisons de retraite, au sein d’institutions charitables. Chacune de ces personnes âgées vit une expérience différente et réagira à sa manière aux événements.

La présidente de la FIAPA remonte un peu dans le temps : « Depuis novembre 2019, le monde a découvert le virus de la COVID-19, et depuis, nous apprenons à vivre avec. Nous avons découvert un nouveau vocabulaire et de nouvelles pratiques : il y a tous ces nouveaux mots qu’on entend à saturation : confinement, couvre-feu, pandémie, communiqués de presse… Ensuite, il y a toute la série de mesures, comme les gestes barrières, tels le port adapté du masque, la distanciation sociale, se laver les mains régulièrement…» Elle souligne qu’il s’agit « de faire face à une nouvelle inconnue qui fait chercher l’information car la méconnaissance de tout ce qui touche à cette pandémie peut être source d’inquiétudes. »

La professionnelle de la gériatrie fait remarquer que « les médias et l’entourage des seniors ont peut-être aussi participé à majorer des attitudes d’isolement et d’enfermement chez soi ou dans les maisons de retraite par crainte d’attraper ou de transmettre le virus ».  « Ce sont des réflexes de protection mais nous sommes des êtres de relation et le contact avec autrui est vital pour une bonne santé physique et mentale », rappelle-t-elle.

Pascale Dinan souligne que « tout ne doit pas tourner autour du coronavirus responsable de la pandémie actuelle. Il ne faut pas faire l’impasse sur tout le reste ! La vie continue : les personnes frappées par certaines maladies chroniques cardiovasculaires, de complications causées par le diabète, l’hypertension, ceux qui sont cancéreux, les patients vivant avec la maladie d’Alzheimer ou autres troubles cognitifs apparents doivent poursuivre leur suivi médical. »

La Dr Dinan plaide ainsi pour « une approche plus souple et équilibrée, qui ne soit pas uniquement basée sur la peur-psychose que cause la COVID-19 : il faut impérativement une approche humaine et relative à la situation. » Elle insiste : « Il faut poursuivre la prise en charge médicale et paramédicale avec tous les professionnels gravitant autour des seniors. » La Dr Dinan fait ressortir, à cet effet que « certains professionnels n’ont pas eu accès au WAP facilement pour poursuivre les prises en charge à domicile. »

En conclusion, déclare la professionnelle de gériatrie, les effets du confinement sont « à la fois psychologiques et somatiques et l’encadrement familial et solidaire autour de nos seniors est essentiel. Heureusement avec l’avènement de la vaccination, une nouvelle avenue positive est offerte comme moyen de prévention complémentaire aux gestes barrières. De plus, la campagne de vaccination contre la COVID-19 va se dérouler en parallèle de celle pour contrer la grippe en ce début de saison hivernale.»