« Le moral n’est plus là au sein des familles avec le deuxième confinement ». C’est ainsi que la directrice du Cercle des Dames mourides (CDM), Allia Sayed Hossen-Gooljar, décrit l’état d’esprit des familles auxquelles l’association vient en aide durant ce deuxième confinement. Manque d’argent pour s’acheter des médicaments ou des produits de première nécessité, perte d’emploi, solitude et détresse psychologique résument le quotidien de ces personnes, lesquelles pourtant, « n’ont pas pour habitude de demander de l’aide ». Elle s’appesantit sur le tourment psychologique qui touche nombre de personnes, même si cela ne saute pas eux yeux.

Si en temps normal, le CDM travaille surtout avec des femmes, avec le confinement et les besoins des proches de celles-ci, c’est toute leur famille qui est concernée. Allia Sayed Hossen-Gooljar nous parle ainsi de cette famille dont les deux enfants, âgés d’environ 25 ans, ont perdu leur emploi dans l’hôtellerie. « Ils représentaient un peu les ‘bread winners’ de la famille. La maman est souffrante alors que le père est à la retraite. » Il y a aussi ces personnes souffrant de maladies chroniques et qui, ne pouvant avoir tous les médicaments à l’hôpital, doivent se procurer le reste en pharmacie. « Mais, faute d’argent, elles ne peuvent acheter leurs médicaments. »

Allia Sayed Hossen-Gooljar nous cite aussi le cas de cette veuve dont le fils travaille à la foire, mais qui n’y parvient plus depuis le confinement. « Il a un enfant de deux ans. La mère vient me voir pour avoir du lait pour le bébé. Il y a des cas comme cela où les familles n’arrivent pas à se procurer des produits de première nécessité », dit-elle. La directrice du CDM confie par ailleurs avoir « vu une dame fondre en larmes après qu’elle a reçu quelques boîtes de conserve. Pour elle, cela valait tellement beaucoup… » Elle ajoute : « D’autres par contre, n’osent pas demander même si elles sont dans le besoin. Elles préfèrent souffrir en silence, car ce sont des personnes qui n’ont pas cette culture de demander. Jusqu’ici, elles se débrouillaient. »

Alors qu’on parle plus souvent des difficultés économiques et de santé, Allia Sayed Hossen-Gooljar souligne le tourment psychologique pour beaucoup. « Le problème, c’est le manque d’écoute et de soutien psychologique. Parfois, ce n’est qu’en contactant ces personnes que l’on se rend compte de leur souffrance. Certaines me confient ne pas pouvoir tenir le coup. Beaucoup sont stressés et vivent dans la frayeur. »

Notre interlocutrice se dit en revanche reconnaissante envers les proches et amis qui ont fait des dons jusqu’ici pour aider ces familles. « Le CDM n’a pas de fonds pour cela. Ce sont des amis que j’appelle qui m’envoient de l’argent. Je demande alors au boutiquier de préparer des ‘packs’ par rapport aux demandes des familles et par rapport aux moyens que l’on a. » Jusqu’ici, la directrice du CDM n’a pas obtenu son WAP, même si elle indique qu’au début du confinement, le NSIF l’avait contactée pour lui faire avoir ce permis. Elle attend donc ses jours de sortie pour pouvoir aider les familles.

Elle fait part des obstacles qu’a constitué le fait que sa région – Mesnil – se trouvait dans la zone rouge. « Quand on ferme une région, on ne réfléchit pas comment les gens vont faire dans l’immédiat avec les démarches qu’ils ont à entamer. Une dame, par exemple, devait aller déposer des produits pour son fils qui a un bébé à Highlands. Elle n’a pu l’aider. »
Allia Sayed Hossen-Gooljar en appelle à la population pour qu’elle ait plus de compassion pour les personnes en difficulté. « Moi, quand j’écoute la détresse de ces personnes isolées, cela m’interpelle. Il faut faire attention quand on parle des personnes contaminées, car parfois on parle de ‘suspect’. Ce ne sont pas des criminels autant qu’on sache. Il faut que nous changions notre langage. »