Voilà deux semaines depuis que nous sommes tous confinés. Un confinement, vécu un peu difficilement cette fois-ci, même si l’on se dit, parfois résignés, que l’on s’y est habitués… C’est un peu le sentiment de nos seniors, privés de sortie, eux qui ont l’habitude de sortir pour aller acheter leurs légumes, et autres. Nous avons discuté avec quelques “mamies et papis” pour voir ce qu’ils en pensent.

“Pour moi, ce confinement ne change pas grand-chose de ma routine”, nous dit Géneviève D. La sexagenaire qui vit avec son époux a de quoi faire, entre le ménage et le jardinage. “Je m’occupe comme je peux. Le seul hic est que je ne peux pas sortir faire mes courses et du coup je dois dépendre de mes enfants qui y vont à ma place, mais cela ne me dérange pas plus que cela”, dit-elle.

Cette ancienne enseignante s’est résignée à l’idée que la vie sera désormais ainsi. “C’est un mal nécessaire, que voulez-vous ? L’on doit s’y faire si l’on veut s’en sortir. Il faudra bien apprendre à vivre avec et d’ailleurs j’en parle souvent à mes enfants pour leur dire qu’il faudra que j’apprenne à sortir de temps à autre pour faire quelques courses, au cas où ils ne seraient pas là. Ecoutez, on a survécu une fois, on pourra le faire une deuxième fois, non ?”, dit-elle.

Son époux, lui, Philippe. D est un peu plus têtu. “Vous savez comment sont les hommes ?”, nous lance-t-elle sur un ton moqueur. “Il va sortir quand c’est son jour pour les courses. Il va acheter ses petites affaires et le pain chaud, mais il prend évidemment toutes les précautions nécessaires et quand il rentre à la maison, je veille à ce qu’il enlève ses chaussures, sa casquette, et qu’il se désinfecte les mains. Bref, tout un rituel.”

Dominos et séries brésiliennes
Gopal M. vit seul. Veuf depuis plusieurs années, il a appris à gérer sa maison. “Mes enfants sont grands et mariés. Deux sont à l’étranger et un est ici à Maurice. C’est lui qui passe me voir de temps à autre et surtout quand il peut”, dit-il. Gopal M., comme Géneviève a de quoi s’occuper. “J’ai mon jardin et mes légumes. J’ai ma routine.” Ainsi ce second confinement, il le vit comme d’habitude. “C’est un peu plus lourd. L’année dernière, on ne savait pas trop ce que c’était, car c’était quelque chose de nouveau mais cette fois-ci, c’est un peu plus pénible. Attendre son jour pour les courses, etc., ça nous rappelle de mauvais souvenirs, mais bon, faut faire avec”, dit-il. Par ailleurs, le septuagénaire attend son tour pour faire son vaccin. “J’ai beaucoup hésité avant de me décider mais je me dis qu’il faudra qu’on le fasse tous, un jour ou l’autre.”

C’est aussi ce même sentiment de lassitude qui se dégage du côté de quelques maisons de retraite. “J’ai peur personnellement quand je vois comment les gens agissent sur le chemin. Il y a comme un relâchement et les gens ne comprennent pas la gravité de la situation avec les cas qui augmentent”, nous dit Jane Dax, directrice de Nightingale Residential Care Home, sise à Curepipe, soit en plein zone rouge. Néanmoins, à l’intérieur de la maison de retraite, la vie continue, et ce en toute sécurité. “On s’était préparé au pire et dès l’annonce des premiers cas, le vendredi 5 mars, on a commencé à faire toutes les courses nécessaires. On a donc tout ce qu’il faut : nourritures, couches, médicaments”, dit-elle. Elle explique aussi que les visites des parents ont été restreintes, pour protéger au mieux la quinzaine de résidents. “On était définitivement mieux préparés cette fois-ci.”

Jane Dax explique aussi que le staff, a dû rester sur place avec les résidents. “Beaucoup habitent hors zone rouge et l’on a décidé que ce serait plus pratique qu’elles restent sur place”, dit-elle. “Moi qui habite à Port-Louis, je me déplace uniquement deux à trois fois par semaine, ce qui diffère de l’an dernier, mais je dois bien reconnaitre que les officiers de la SMF ont été formidables avec moi. Tout s’est bien passé et je n’ai eu aucun problème à faire mon travail. Bravo à tous ces officiers qui ont su faire preuve de bienveillance”, dit-elle.

Pour ce qui est des résidents, la majorité ayant plus de 70 ans, leurs journées restent inchangées, à la seule condition qu’ils ne peuvent pas sortir. “Ils regardent la télé et attendent tous les jours leurs séries brésiliennes favorites. Ils jouent au domino, et des fois ils sortent prendre l’air entre 10h30 et 11h pour profiter du soleil aussi”, dit-elle. Un élément important, dit-elle, pour le bien-être de nos seniors. “Ils doivent avoir des petites activités entre eux. C’est important.”