Si les rassemblements politiques ont toujours fait partie du folklore mauricien, notamment pendant les vacances parlementaires, force est de constater que l’ampleur des organisations exhale un parfum de campagne électorale depuis le mois dernier. Si les municipales sont attendues, d’aucuns se demandent si la tenue des ‘congrès’ n’est pas annonciatrice d’élections générales anticipées. Au-delà de cette question en suspens, ces ‘congrès’ comme on a fini par les appeler, font-ils bon ménage avec la crise économique actuelle ? Notamment quand on mesure les dépenses qu’ils engendrent et les discours tenus alors que la population attendrait davantage de savoir comment les partis entendent améliorer leur vie. Pour Lindsey Collen, de Lalit, « ces meetings sont une contre-offensive politique alors qu’ils auraient dû s’axer autour de leur programme : comment assurer la sécurité alimentaire, l’emploi, un système de santé publique non privatisé, comment faire face à d’autres épidémies ». Elle regrette que jusqu’ici, « dans ces ‘congrès, c’est surtout des attaques ‘bate rande’. Aujourd’hui, on dit que Jugnauth est vulgaire. Prenons le slogan ‘BLD’. On a menacé au moyen de ce slogan depuis deux ans et les gens ont normalisé ce slogan ! Il faut arrêter ».
Roukaya Kasenally, Senior Lecturer en Media and Political Systems à l’Université de Maurice, s’attriste des discours « très creux des leaders. On y trouve du backbiting, rien de constructif malheureusement. On peine à élaborer sur les projets de société ». Alors que l’enjeu majeur actuel, qui est l’économie, « précisément ce qu’on peut faire pour la redresser, ce qu’on peut faire comme projets de société, est absent. Beaucoup sont très déçus quand ils réalisent qu’on est dans une situation très grave. Il n’y a que du bla-bla en termes de substantive material ». Elle en appelle aux partis politiques à « se repositionner et commencer à parler d’un véritable projet de société axé sur les défis majeurs ».
L’historien et politologue, Jocelyn Chan Low, fait voir qu’ « on est toujours en campagne électorale à Maurice et encore davantage avec un gouvernement qui n’a eu qu’environ 37% des votants. Le gouvernement descend sur le terrain car il a peur d’un glissement vers l’opposition. ». Pour lui, si la tenue de tels rassemblements par le gouvernement n’est pas nécessairement annonciatrice d’élections générales anticipées, « de l’autre côté on ne peut être certain ». En effet, « beaucoup d’observateurs disent qu’on va vers une récession mondiale. La roupie continue de se dévaluer. Plus le gouvernement tarde, plus l’horizon va s’assombrir… L’opposition divisée saura-t-elle se réunir à temps ? ».
LINDSEY COLLEN (Lalit) : « Une contre-offensive politique au lieu de programmes »
Depuis la mi-août, il règne un parfum de campagne électorale dans le pays avec la série de rassemblements politiques dans diverses régions. Les législatives sont-elles imminentes ?
Je ne crois pas nécessairement que cela soit un signe d’élections imminentes. Il y a un peu plus d’un mois, nous avons eu l’assemblée des délégués du MMM ; la convention des jeunes du MMM ; le congrès annuel du PTR ; le rassemblement de Roshi Bhadain à Mahébourg, etc. Ce qui est plus ou moins normal. Il y avait donc déjà une petite offensive pour mobiliser leur troupe. Par coïncidence, Lalit, en juillet, avait publiquement annoncé que nous tiendrions le congrès du parti sur six jours tout en publiant le programme de chaque jour. Il est possible que notre annonce ait stimulé la tenue d’autres ‘congrès’. Un congrès est initialement une réunion interne au parti pour assurer que tous les membres comprennent le programme.
Le MSM a tenu plus d’une dizaine de meetings jusqu’ici dont sept en régions rurales et seulement quatre dans les villes. Les ‘congrès’ nocturnes sont la tendance pré-électorale depuis la dernière décennie. Mais, le MSM en fait un mélange de défense et contre-offensive et ce faisant, cela lui permet aussi de tâter le pouls en vue des élections générales. Il tente de montrer qu’il a remporté à l’issue de cette campagne abêtissante de l’opposition autour du slogan BLD. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il remporte car la campagne de l’opposition était absolument vide de contenu politique. La base sur laquelle l’opposition a mené sa campagne contre le MSM était si creuse.
Même sur l’affaire Kistnen Papers, on voit que Sawmynaden revient sur l’estrade alors qu’il était devenu politiquement invisible. Donc, ces ‘congrès’ sont une contre-offensive.
Il y a donc comme un retour en force en dépit de nombreuses casseroles …
Oui, pendant quelques semaines, l’opposition s’est rangée derrière Sherry Singh. Cela aussi a foiré. Il y a eu le BLD, la pétition électorale, l’offensive sur les Kistnen Papers et sur Sherry Singh et maintenant la réouverture de l’enquête sur le coffre-fort. Cette affaire a une portée assez grave vu la quantité d’argent liquide qui s’y trouvait. Ce qui devient un problème pour l’opposition car le MMM et le PMSD commençaient juste à accepter Navin Ramgoolam et voilà que resurgit l’affaire du coffre-fort.
L’opposition aurait pourtant pu constituer une vraie force…
Elle a constitué une opposition autodestructrice. Il y a toutefois un Silver Lining quand l’opposition a réalisé sa défaite à cause de sa politique abêtissante. Tous ces partis commencent par parler de leur programme. Du moins utilisent-ils ce terme ‘programme’, voire ‘projet de société’. Il n’y a pas de contenu encore mais au moins arrêtent-ils de sombrer dans l’imbécilité. Ce qui est grave, c’est que nous avons un gouvernement qui n’est pas bien mais de l’autre côté, l’opposition a eu un comportement encore moins bien durant ces deux ans.
Le gouvernement jouit-il à votre avis d’une bonne position sur l’échiquier politique s’il devait organiser des élections anticipées ?
Cela dépend. Tous parlent de changer de système sans dire de quel système il s’agit. L’opposition parle de programme, le MMM parle du droit de vote à 16 ans qui fait partie d’un programme. Le PTr parle de révoquer les changements dans l’Immigration Act ; Valayden propose une Freedom of Information Act. Ce sont autant de points dans l’optique de programmes. Il reste à faire l’argumentation. Il ne s’agit donc pas de qui va gagner mais qui présente quelles propositions pour un prochain gouvernement.
Ces congrès ont-ils leur pertinence pour vous ?
D’après les détails dans la presse, il paraît qu’ils prennent la forme d’une défense sur le terrain ‘stupide’ où s’est embourbée l’opposition. C’est une contre-offensive dans la boue créée durant ces deux dernières années. J’espère que ces congrès amènent le MSM à éclaircir son programme pour l’avenir et non continuer à mettre l’accent sur davantage de répression au niveau de l’ICTA, de l’Immigration Act, etc. Le MSM devrait être mis au pied du mur sur les points qui constitueront son programme.
Alors que beaucoup ont pour priorité ces jours-ci de remplir leur ventre, ces congrès qui ont un coût, pourront-ils déboucher sur une solution en ce sens ?
Nous ne voyons pas de programme du MSM pour la création d’emplois à travers la production alimentaire. Nous ne parlons pas là d’une petite entreprise avec une ou deux serres avec quelques légumes. Et, ce qui est grave, c’est que quand on parle de programme, il faut savoir ce que vous ferez pour créer de l’emploi pour tous ces chômeurs ; pour la sécurité alimentaire. Or, jusqu’ici, dans ces ‘congrès’, c’est surtout des attaques bate rande. Aujourd’hui, on dit que Jugnauth est vulgaire. Prenons le slogan BLD. Je pense que c’est Lalit seul qui a dit qu’on ne parle pas ainsi en public. On a menacé au moyen de ce slogan depuis deux ans et les gens ont normalisé ce slogan ! Il faut arrêter. C’est un des symptômes de l’échec de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire.
Quel est l’objectif des congrès de Lalit ?
Nos congrès de six jours étaient destinés à nos membres seulement pour voir d’où on sort pour arriver vers une société socialiste. On se penche sur les problèmes environnementaux, la sécurité alimentaire, quels sont les changements qu’implique le défi d’une société capitaliste…
Pour conclure…
Ces meetings sont une contre-offensive politique alors que cela aurait dû s’axer autour de leur programme : comment assurer la sécurité alimentaire, l’emploi, un système de santé publique non privatisé, comment faire face à d’autres épidémies. Il y a aussi la question de vente de terre aux étrangers qui conduit vers la ruine d’un pays sur laquelle l’Opposition peut se focaliser, invitant le gouvernement à se défendre dessus. La force de nos terres vient de l’esclavage, on ne peut les vendre à des pays étrangers.
ROUKAYA KASENALLY (Senior Lecturer) : « ‘Backbiting’ et discours très creux »
Depuis la mi-août, il règne un parfum de campagne électorale dans le pays avec la tenue de congrès dans diverses régions. Les législatives sont-elles imminentes ?
Nous sommes toujours en campagne électorale à Maurice. Quand une campagne prend fin, une autre redémarre. Dans le cas présent, il faut tenir compte qu’il y a eu le Covid-19 pendant presque deux ans et pas de contact humain en raison du confinement et des restrictions sanitaires. Il n’y a donc pas eu de grandes réunions si ce n’est des rassemblements de moins de 50 personnes. Il n’y avait pas cette démarche d’aller vers les gens. Il est de tradition à Maurice de faire de l’Outreach…
Après le Covid-19, il y a maintenant une reprise de contact avec les sympathisants.
Mais, ce que j’observe, c’est que les discours des leaders restent très creux. On y trouve du Backbiting, rien de constructif malheureusement. On peine à élaborer sur les projets de société.
À un moment où la priorité de beaucoup est de savoir comment nourrir leur famille, ces discours creux lors des ‘congrès’ intéressent-ils toujours ?
Nous devons voir quel est le profil de ceux qui assistent à ces réunions politiques. Je pense que ce sont des sympathisants du parti qui sont déjà convaincus. Par ailleurs, il y a cette tendance qui s’est répandue qui est que pour attirer la foule, on sort l’artillerie lourde, c’est-à-dire, les bus, le partage de sandwichs, du biryani etc.
Malheureusement, l’enjeu majeur actuel, qui est l’économie, précisément ce que nous pouvons faire pour la redresser, ce que nous pouvons élaborer comme projets de société, n’est pas au centre de cette mobilisation politique. Il y a de grandes annonces mais rien dans le concret. On ne dit rien sur ce qu’on va faire pour résoudre le problème du chômage, pour lutter contre la corruption, pour redresser la dette publique.
Toutes ces questions sont absentes. Beaucoup sont très déçus quand ils réalisent qu’on est dans une situation très grave. Nous avons vu ce qui s’est passé avec le Sri-Lanka, avec le Bangladesh et d’autres pays face à des crises économiques majeures.
L’organisation de tels ‘congrès’ coûte…
Certainement, on sort l’artillerie lourde au niveau de la mise en place du podium, de la sono etc. N’oubliez pas que le gouvernement a toute la logistique de l’État de leur côté dont la MBC. Mais, pour l’opposition aussi, cela coûte d’organiser de telles réunions. C’est comme une surenchère entre les partis. Mais, on ne pipe mot sur les projets économiques, sur le surendettement, le népotisme, etc. On voit des plus petits partis se dissocier de cette façon de faire même s’ils organisent des réunions aussi. Linion Pep Morisien de Dev Sunassy a fait des propositions intéressantes dont la Freedom of Information Act. Quant aux autres, ce n’est que du bla-bla en termes de Substantive Material.
Si le pays est toujours en campagne, il y a quand même une effervescence de plus en ce moment. Quelle en est votre interprétation ?
C’est purement et simplement du Political Marketing. Le gouvernement a eu pas mal de scandales qui se sont accumulés et là il y a un besoin de redorer son blason. On y met tout, on occupe l’espace public et visuel à travers les oriflammes etc. C’est vraiment dans le livret du Political Advertising.
Comment évaluez-vous les forces sur l’échiquier politique avec d’un côté les casseroles dans le camp du gouvernement et de l’autre côté, une opposition désunie sans compter l’affaire du coffre-fort qui resurgit ?
C’est très difficile d’évaluer et d’être dans la spéculation. Les gens ne disent pas ce qu’ils pensent. Ils se taisent. Ce que je peux dire, c’est que très souvent, les alliances se font très vite, à la veille des élections. Nous sommes à presque deux ans des élections générales. C’est long mais c’est aussi court. Donc, chacun dit qu’il est fort, c’est difficile d’évaluer. En ce qu’il s’agit du visuel, le gouvernement dispose de l’appareil de l’État. Ils ont donc la possibilité de se projeter davantage comme une force. Est-ce que cela traduit leur force véritable sur le terrain ? Je ne pense pas. De l’autre côté, on dit que l’opposition est divisée. C’est vrai.
Je ne suis pas spécialiste en la matière mais j’entends dire qu’il y a un but commun au sein de l’opposition, soit de faire partir ce gouvernement. Est-ce qu’on veut s’associer, quitte à se séparer à un moment, je ne sais si cela va se faire… Je pense que tout va se jouer à la dernière minute.
Pour l’heure, c’est très flou. On ne sait ce que cela donnera si demain il y a des élections générales anticipées. S’il y a des élections, je pense que les forces de l’opposition se rallieront. Les alliances se font et se défont tout aussi vite. C’est cela aussi la particularité de la politique à Maurice. Personne ne peut prétendre qu’il a l’électorat dans sa poche. Ce que le gouvernement peut dire, c’est qu’il a l’appareil de l’Etat entre les mains et peut s’en servir à outrance. Et, je suis sûre qu’il n’hésitera pas à s’en servir pour tout maximiser politiquement. Mais, les gens ne sont pas dupes. N’oubliez pas qu’aux dernières échéances électorales, il y avait 30 % d’indécis qui ne sont pas allés voter. Ces 30%, c’est peut-être 40 % aujourd’hui, on ne sait pas. S’il n’y a pas de projet réel, les indécis resteront indécis.
Chacun doit se repositionner et commencer à parler d’un véritable projet de société axé sur les défis majeurs.
JOCELYN CHAN LOW (historien et politologue) : « Le GM sur le terrain pour se défendre »
Depuis la mi-août, il règne un parfum de campagne électorale dans le pays avec la tenue de congrès dans diverses régions. Les législatives sont-elles imminentes ?
Nous sommes toujours en campagne électorale à Maurice et encore davantage avec un gouvernement qui n’a eu qu’environ 37% des votants. C’est normal que ce dernier essaye de ratisser large. Nous l’avons vu avec la présentation du budget : il y a eu des mesures populistes comme l’allocation de Rs 1 000 pour les salariés; l’abolition de la taxe municipale, etc. Mais, tout de suite après, il y a eu des augmentations des prix de l’huile comestible, de l’essence, etc. Le gouvernement devait descendre sur le terrain pour se défendre.
Autre chose : chaque fois qu’il y a les vacances parlementaires, les partis politiques se mobilisent même si ce n’est pas toujours de cette ampleur. Mais, cette fois, il y a la possibilité d’élections municipales. Ces meetings ne signifient pas nécessairement que nous nous dirigeons vers les élections générales. Le gouvernement est aussi sur la défensive. Il y a un principe des vases communicants entre le PTr et le MSM. Si les partisans du MSM sentent que le terrain glisse, il y a une possibilité de retour de l’électorat vers le PTr. C’est pour cela que le gouvernement s’active sur le terrain car il a peur d’un glissement vers l’opposition. Il a besoin de montrer sa force.
Le gouvernement jouit-il à votre avis d’une bonne position sur l’échiquier politique s’il devait organiser des élections anticipées ?
Lorsqu’il est question de ‘congrès’, c’est une question d’organisation. Définitivement, le MSM a su faire montre de sa capacité d’organisation et sa capacité de faire bouger des foules. L’opposition ne peut sous-estimer cela. Quant à la force du gouvernement, il est un fait qu’il y a des divisions dans l’opposition. Il ne faut pas oublier que même si le gouvernement dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale, cela est dû au système First Past the Post. L’opposition a réuni beaucoup plus d’électeurs mais c’est le gouvernement, qui, avec 37%, se retrouve avec cette majorité confortable.
Et, l’opposition sur l’échiquier politique avec le retour de la réapparition de l’affaire du coffre-fort ?
Le problème reste que l’opposition est divisée. D’autre part, le problème est de savoir quel Premier ministre alternatif est proposé. On ne voit pas un Premier ministre sortir du MMM ou du PMSD. C’est là le problème : quel Premier ministre crédible peut émaner de l’Entente de l’Espoir ? Navin Ramgoolam est un ex-Premier ministre, leader du PTr.
Avec le jugement qui vient de tomber, ce n’est pas un jugement de culpabilité. Loin de là. La Cour suprême a décidé de rouvrir le procès mais ce n’est pas un jugement. Il ne faut pas oublier que c’était la même chose pour Pravind Jugnauth en 2014. Il était poursuivi et condamné. Ensuite, le Privy Council a renversé cette condamnation. Mais, il n’y a rien de tout cela dans le cas de Navin Ramgoolam. Il n’a pas été condamné. C’est maintenant qu’il va faire face à un procès, là aussi, seulement si le Privy Council confirme qu’il y aura un jugement. Ce n’est même pas certain qu’il y aura un procès. Il est très loin d’une condamnation.
Le problème est que cette campagne menée contre sa personne à travers l’affaire du coffre-fort a déjà eu un effet. Le gros problème, si jamais il se pose comme Premier ministre et que si le procès est ouvert, qui le remplacera ? Est-ce que la personne est déjà désignée ? C’est ce qu’il faut savoir. C’est important d’un point de vue institutionnel.
Quelle pertinence donner à ces ‘congrès’ aujourd’hui quand on sait que la priorité actuelle pour beaucoup consiste davantage à savoir comment nourrir leur famille…
Les ‘congrès’ engendrent énormément de dépenses. Mais, la presse joue aussi un rôle en répercutant ces événements. Ce qui crée le buzz. Il n’y a donc pas que ceux qui assistent à ces ‘congrès’. Il y a les réseaux sociaux, la presse… Il y a définitivement donc un certain impact.
Ces ‘congrès’ ne sont pas forcément constructifs, se nourrissant d’attaques, de critiques de l’adversaire…
La campagne électorale à Maurice, c’est comme cela… Pendant longtemps, on parle de projets. Mais, quand est-ce que les partis politiques présentent leurs projets, leur programme ? Trois jours avant les élections. Que voyons-nous au cours de la campagne électorale ? Des attaques personnelles et des promesses ! Cela se résume à cela : les promesses et mesures populistes.
Les Mauriciens ne sont-ils pas suffisamment intelligents aujourd’hui pour tirer leur conclusion ?
Cela dépend. L’électorat n’est pas homogène. Une partie ne pense qu’à des mesures populistes, à leur intérêt personnel ou de manière communaliste ; d’autres réfléchissent et regardent le programme. Il y a plusieurs types d’électorat. On ne peut prendre l’électorat comme un bloc monolithique.
Est-il décent d’injecter autant d’argent dans de tels ‘congrès’ alors que la pauvreté est criante dans un nombre grandissant de familles ?
C’est au parti politique qui a les moyens de le faire qui en décide… Les gens peuvent se poser des questions concernant les moyens, ça c’est autre chose.
Pour conclure ?
Il faut bien comprendre : la force de Pravind Jugnauth, c’est la division de l’opposition. S’il y a des élections municipales ou générales, l’opposition doit quand même se rassembler en une force. Le PTr fait son ‘congrès’, l’Entente de l’Espoir fait le sien. Tout cela fait partie du jeu politique. En cette période où le Parlement ne siège pas, c’est encore plus facile d’organiser de tels événements. J’ai dit que ce n’est pas nécessairement qu’il y aura des élections générales.
De l’autre côté, on ne peut être certain. Le gouvernement actuel joue surtout sur le Feel Good Factor. Même en crise économique, le gouvernement dépense pour créer un Feel Good Factor artificiel. Mais combien de temps cela va durer ? Tout dépendra de facteurs qui échappent à son contrôle. Beaucoup d’observateurs disent qu’on va vers une récession mondiale ; la roupie continue de se dévaluer. Plus le gouvernement tarde, plus l’horizon va s’assombrir.
L’opposition divisée saura-t-elle se réunir vite ? Le gouvernement se dit peut-être que c’est le moment d’aller vers des législatives. Ce qu’il faut surveiller, c’est d’autres signes : le travail dans les circonscriptions, appels à des agences internationales pour des sondages, etc.

