Nina, mère de trois enfants, mise au chômage après le premier confinement, reconvertie, se retrouve à nouveau sans emploi

À 35 ans, Nina s’est lancée dans un projet de reconversion professionnelle il y a six mois. Elle venait d’accoucher et se plaisait de pouvoir être à la maison, de s’occuper en même temps de son fils, et s’adonner à sa passion, la cuisine, dont elle avait fait son métier. Mais la seconde vague de la pandémie à Maurice l’oblige à repenser la suite. D’ailleurs, même avant le décret du second confinement, le business qu’elle avait ouvert avec son mari Cédric devenait difficilement viable. Mais la jeune femme ne pensait pas que, du jour au lendemain, elle se retrouverait, encore une fois comme l’année dernière, sans revenu.

Depuis le 10 mars, Nina vit un véritable stress, à en perdre le sommeil. Le même qu’en juin dernier. Non, pire, dit-elle, car en juin dernier, lorsqu’elle a été mise à la porte de la compagnie de restauration pour laquelle elle travaillait et qui mettait la clé sous le paillasson, elle a tout de même reçu une compensation, «très minime. Loin de la somme de compensation que la compagnie aurait dû me verser pour mes longues années de service. Mais j’avais cet argent».

En pleine pandémie en 2020, la décision s’est ainsi imposée à Nina comme une nécessité. À l’époque, quand l’entreprise pour laquelle elle a travaillé pendant dix ans ferme ses portes, la jeune maman est désespérée. «Perdre son travail en période de crise, c’est encore plus angoissant», dit-elle. Amertume, désarroi, idées noires, colère parfois, autant de sentiments qui l’ont animée à l’époque.

Car en même temps, son époux, qui travaille dans l’hôtellerie, voit son salaire réduit presque de moitié. Avec un nouveau-né sur les bras, le couple traverse une passe difficile et s’inquiète de l’avenir de leurs enfants, de leur deux filles également.

Tout quitter. Et tout recommencer

Avec les prêts bancaires et autres crédits magasins contractés, difficile de joindre les deux bouts. Si  le couple réussit à obtenir un moratoire pour honorer le prêt qu’il avait contracté à la banque, les démarches de Nina pour obtenir une aide similaire auprès des autres compagnies auprès desquelles elle avait des dettes ont été vaines. «Mo’nn oblizé prend kas par ici met par laba pou paye ici, paye laba», dit-elle en faisant ressortir que, depuis, les dettes s’accumulent.

Mais Nina ne veut pas capituler. Depuis son plus jeune âge, elle a toujours été débrouillarde. Avec son mari, elle décide de rebondir, tout quitter et tout recommencer. «Oui, la Covid n’allait pas être une fatalité. J’avais perdu mon emploi. J’avais un nouveau-né. Il était évident qu’avec un seul salaire à la maison, qui plus est, réduit de moitié, nous allions passer des moments très difficiles. Mais je ne voulais pas baisser les bras», se souvient-elle. C’est ainsi que, une semaine à peine après son accouchement, elle se met à confectionner des «ti gato» qu’elle met en vente devant la porte chez elle. Et très vite, elle commence à avoir des commandes des habitants de la région. Faut dire que la cuisine, c’est la passion de Nina. Celle de son mari aussi. Sentant qu’il s’agissait là d’un filon exploitable, le couple décide d’investir dans ce domaine.

La reconversion est parfaite. «Avec le peu d’argent que j’avais, j’ai installé mon snack-shop devant ma porte, non sans avoir obtenu les permis nécessaires», dit la jeune femme. Mais son business, c’est du take-away. «Les gens viennent et prennent leurs commandes, et ils partent. C’était plutôt bien. Il fallait, entre deux biberons, savoir m’organiser. Car si mon mari est cuisinier, au vu de notre situation critique, il a pris un deuxième emploi. Du coup, il n’était jamais là. C’est moi qui faisais tout», raconte Nina.

La loi sur le plastique: le début de la descente

Au mois de décembre, les affaires marchent plutôt bien, en dépit du fait que dans la localité où elle habite, d’autres personnes commencent elles aussi à s’adonner à ce type de business de nourriture. La concurrence commence alors à s’installer. Mais Nina a un secret pour attirer la clientèle. Sa bonne humeur! Et c’est avec espoir qu’elle voit fleurir son business quotidiennement. La jeune femme investit même dans du matériel pour améliorer son business. Elle achète entre autres les conteneurs en plastique qui sont, selon elle, plus pratique pour le take-away.

Mais à peine les investissements effectués que la nouvelle loi sur le plastique est proclamée. «Dès lors, le business a commencé à fléchir. Les boîtes en papier ou carton ne sont pas pratiques du tout. La clientèle elle est peu encline à venir avec ses bols. Et les gens préféraient annuler les commandes. Moi, je ne pouvais m’exposer à des contraventions», dit Nina. Pour elle, c’était alors soit les sacs biodégradables, soit investir dans d’autres types de récipients écofriendly. «Mais pour cela je n’ai pas les moyens», explique-t-elle.

Après réflexion, Nina avait trouvé une solution pour la bonne marche de son business. Avec le soutien d’une amie, elle envisageait de prendre une roulette et d’opérer dans la capitale, pour que ses clients puissent manger sur place. Auprès de la Banque de Développement, on lui a fait comprendre que ni elle ni son mari n’étaient éligibles à un prêt. La jeune femme pensait pouvoir aller frapper à d’autres portes. Mais le deuxième confinement est venu jouer aux troubles-fêtes. Qui plus est, depuis janvier, la situation professionnelle de son mari est aussi devenue préoccupante.

«Le fait qu’il n’y ait pas de touristes à l’hôtel où Cedric travaille, il existe une menace constante de fermeture. Ou alors de mise au chômage. Comme c’est depuis très récemment que mon mari y travaille, il sera sans doute parmi les premiers à être mis à la porte. Or, nos dettes s’accumulent et la situation entre lui et moi devient tendue», raconte Nina.

Les dettes s’accumulent

Elle a bien essayé de prendre un autre emploi, mais avec un bébé de sept mois sur les bras, «ce n’est pas facile». D’autant qu’à toutes les portes où elle frappe, elle s’entend dire que «situation difficile. Kot nou même pe met dehors». Nina ne veut pas abandonner sa passion pour la cuisine. Elle avait trouvé ses marques, mais malheureusement, les circonstances font qu’elle doit abandonner pour l’heure ce métier. Surtout que les institutions auprès desquelles elle a été cherchée secours pour obtenir un prêt n’y ont pas accédé.

Depuis le décret du deuxième lockdown, Nina est angoissée. Pour être passée par des moments difficiles l’année dernière, elle sait à quoi s’attendre cette année encore. «Mais mo croire sa l’année la li pou pli difficile», dit-elle. Surtout qu’il n’y a aucune visibilité quant à une relance réelle de l’économie avec la reprise du tourisme. En attendant, «mo fami pé pez néné boire de l’huile. Sa pov ti baba-la couche péna. Mo pé hate confinement fini pou mo prend enn ti travay dans la cour madame pou au moins mo rési asté so couche», dit Nina.

Pour l’heure, dit-elle, sachant que c’est une situation qui pourrait se retourner n’importe quand, elle se console qu’heureusement son mari n’a pas encore perdu son emploi. «Mais nou pé viv au jour le jour», dit-elle. Si elle est de nature optimiste, les doutes rongent Nina quant à l’avenir de sa famille. «J’avais des projets. Je voulais ce qu’il y a de meilleur pour mes enfants, mais la pandémie de Covid-19 remet en question à nouveau notre situation. Je dois attendre encore longtemps pour pouvoir recommencer à zéro. En attendant, ce deuxième confinement perturbe le quotidien de ma famille», confie-t-elle.