L’épidémie ne semble ne pas refroidir les ardeurs de certains fêtards

Si au début du confinement on a pu croire à une convergence en matière de règles sanitaires, plus le temps passe, plus l’illusion se dissipe. Malgré la multiplication des cas de contaminations à la Covid-19, l’on assiste dans les quatre coins de l’île aux violations des mesures édictées comme le non-port du masque et l’absence de mesures de distanciation sociale dans de nombreux espaces clos et publics. Une deuxième vague de l’épidémie qui semble ne pas refroidir les ardeurs de certains fêtards qui n’hésitent pas à se rassembler en masse pour des moments de réjouissances pendant que l’ensemble des professionnels de la santé cumulent les heures de travail au péril de leur vie.

Des amendements ont été apportés au Temporary Restrictions of Movement Order dans le cadre de la réouverture partielle de certaines activités économiques. Le non-port port du masque peut vous valoir jusqu’à Rs 500 000 d’amende contre Rs 50 000 avant le 1er avril. Cette hausse conséquente aura-t-elle l’effet escompté sur les récalcitrants? Rien n’est moins sûr, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à faire la sourde oreille aux consignes sanitaires. Assis à même le sol tout près d’une boutique située dans un faubourg de Rose-Hill, les masques aux mentons, cinq hommes sirotent de la bière. Ils sont bientôt rejoints par un de leur compère qu’ils n’ont manifestement pas vu depuis un bon bout de temps. «Pena drwa mayé ek donn la main», lance ce dernier. Il n’a pas fini sa phrase qu’il se retrouve entre les bras d’un de ses amis. Le gérant de la boutique, sous peine d’être verbalisé, tente alors de leur convaincre de ne pas boire «enba laboutik». En vain.

Ces infractions laissent penser que l’appréhension face à la Covid-19 s’est estompée en dépit du nombre de cas de contaminations qui ne cesse d’augmenter. Selon le témoignage de certains habitants de ce quartier, les plus jeunes ont fini par reproduire les mauvais comportements de leurs aînés. On peut ainsi voir de nombreux jeunes se rassembler pour faire la fête dans des espaces clos, au mépris des gestes barrières et sans masque.

L’inquiétude grandit dans les autobus

Certains font des selfies joue contre joue. «Il ne se passe pas un jour sans qu’on les entende chanter à tue-tête et danser durant des heures. Ce tapage nous empêche de fermer l’œil la nuit, mais le plus grave c’est qu’on est amené à côtoyer ces gens dans la rue ou dans les commerces. Ils vont même jusqu’à publier les photos de leurs soirées sur Facebook. Le comble!», confie une résidente du quartier qui lance un appel aux policiers de la ville pour mettre fin à ces réjouissances…

La réouverture des établissements secondaires dans le cadre des examens du SC/HSC doit forcément s’accompagner de la mise en place d’un certain nombre d’aménagements et de mesures sanitaires qu’il incombe aux responsables de ces établissements de faire respecter. Or, justement, ces règles ne sont pas toujours respectées. Dans des photos relayées par des internautes sur Facebook, on voit qu’une poignée d’élevés issus de deux collèges situés à Bel-Air et Forest Side agglutinés aux abords des salles de classe. «Les directeurs d’établissement n’ont pas reçu de directive particulière sur le sujet, mais nous nous évertuons parler de l’importance des gestes barrières avec les élèves avant qu’ils n’entrent en classe», soutient le directeur d’un collège privé.

Avec la reprise graduelle des activités économiques, l’usage des services de transport en commun ira en augmentant. Les employés du secteur appréhendent cette rentrée d’autant plus que sept de leurs collègues de la compagnie d’autobus de l’United Bus Services (UBS) sont actuellement en auto-isolement après qu’un receveur habitant à Forest-Side a été testé positif à la Covid-19. Les images d’un autobus bondé font le tour des réseaux sociaux et font naître l’inquiétude face aux risques de contamination dans les transports publics. L’on apprend que cette infraction aux règles s’est déroulée dans un autobus individuel qui se dirigeait vers Port-Louis en provenance de Camp-de-Masque. «Les passagers ont une part de responsabilité dans cette entorse aux gestes barrières, mais le propriétaire de l’autobus, le chauffeur ainsi que le receveur étaient dans l’obligation de respecter le quota de passagers autorisé en cette période de crise sanitaire. Qu’ils rectifient le tir sous peine de fortes amendes», souligne une source à la NLTA.

Les raisons de cette désobéissance aux restrictions ?

Julien Quenette : « Les personnes réfractaires aux gestes

barrières n’ont pas compris les dangers de l’épidémie »

Le docteur en psychologie et membre de la Société des professionnels en psychologie, Julien Quenette, analyse le comportement des réfractaires aux mesures sanitaires. Il estime que ces infractions découleraient de l’absence d’une prise de conscience de la part de ces derniers sur la gravité de la situation « Ce n’est pas un phénomène qu’on observe uniquement à Maurice. Nous pouvons observer cela dans beaucoup d’autres pays également. Les personnes moins engagées à respecter les consignes auraient tendance à percevoir le risque de contamination comme étant plus faible pour eux-mêmes, contrairement aux personnes qui ont la propension à respecter au mieux les règles édictées. De plus, les personnes réfractaires aux gestes barrières ont tendance à ne pas trop s’impliquer, parce qu’ils ne font pas assez d’efforts pour s’informer des dangers de l’épidémie, dont ils sous-estiment la gravité. Ce constat est étayé par des chercheurs américains se fondant sur une enquête qu’ils ont effectuée en ligne au cours des premières étapes de la pandémie en mars 2020.

Cela ne veut pas dire que les gens ne sont pas conscients du risque causé par la pandémie, mais qu’ils sous-estiment généralement le risque personnel par rapport à celui des autres. »