Du marché au supermarché, la tendance est à la hausse

Vous l’avez sûrement noté en faisant vos courses. Si les fruits et légumes sont disponibles en quantité variée, depuis la semaine dernière, le panier, lui, coûte plus cher. Du marché au supermarché, en passant par les petits commerces de coin de rue, la tendance est à la hausse. À titre d’exemple, de Rs 55 à la mi-avril, durant la période de confinement, la pomme d’amour est passée à Rs 75 en cette fin du mois de mai. Plus de 50% de hausse, avance la Small Planters Association. Avec pour conséquences un panier moins garni pour les consommateurs, qui préfèrent se priver que de payer la cherté de ces fruits et légumes dont, dans certains cas, la fraîcheur n’est pas de premier jour.

Depuis la première vague de la Covid-19 à Maurice, les consommateurs se sont habitués à obtenir facilement des fruits et des légumes frais, dont les plus rares sur le marché. Pour cause, avec la fermeture des frontières, faute de touristes, les hôtels n’achetant plus les légumes et les restaurants étant pratiquement fermés, il y a un refoulement sur le marché local. En effet, en sus de l’abondance des fruits et légumes sur les étals que les marchands remplissent chaque jour, la qualité même des produits disponibles étaient de premier choix. Et pendant de long mois, l’excédent de légumes et de fruits locaux sur le marché a fait chuter le prix. Ce fut d’ailleurs la même situation durant le deuxième confinement.
Cependant, depuis quelques jours, la tente bazar pèse plus lourd. Non pas avec la quantité de légumes achetés, car les consommateurs peinent, mais avec le prix fort de certains légumes.

La majorité d’ailleurs, fait remarquer la Small Planters Association. « Aujourd’hui, c’est devenu cher ! » lâche Charles, un habitué du marché de Port-Louis. Il s’y rend tous les samedis et, depuis le déconfinement, il a constaté que les fruits et légumes coûtaient plus cher qu’avant. « Oui, c’est certain, tout a augmenté ces derniers temps. Depuis le déconfinement, je pense », réagit Mario, panier à la main, accompagné de son épouse. Pour autant, le Marché central, c’est pour eux un lieu “sacré”, pas question d’aller faire ses achats ailleurs. « Nous sommes habitués à nos marchands et avons nos habitudes, alors, on vient toujours ici faire nos courses. Mais depuis la semaine dernière, on achète moins, car les légumes sont trop chers », confie le couple.

Nazleen, une jeune maman, assure elle aussi, avoir constaté ces derniers temps une hausse des prix. Le marché, ce n’est donc qu’une fois par semaine, et pour seulement quelques fruits. « Pour le reste, j’achète surtout auprès des marchands de rue. Quoique… », confie-t-elle. Elle trouve également que les prix sont « plus stables au marché que dans les grandes surfaces. J’ai toujours acheté mes fruits et légumes ic: ça ne va pas changer. » Vikash, habitant de Pointe-aux-Sables, que nous avons rencontré aux abords du Marché central hier, fait ressortir qu’après une demi-heure passée au bazar, il repart chez lui avec seulement deux variétés de légumes : des bringelles et des pommes de terre, alors qu’il était venu avec une longue liste de légumes à acheter pour la semaine.
Deux brins de
cotomili à Rs 25

« Trop ser », dit-il. D’ailleurs, malgré son achat limité, il a déboursé les Rs 700 habituelles qu’il consacre chaque week-end à l’achat de légumes. Mais ce samedi, il n’a pu s’approvisionner qu’en laitue, persil, ail, pommes de terre, poivrons, pommes d’amour, et lalos. Total : Rs 668. Les fruits, il a préféré les zapper, car cela dépassait son budget. « Prix trop fort. Comparé à la semaine dernière, bazar inn vine ankor pli ser. Pa kapav pran seki bizin », dit Vikash.

Maud abonde dans le même sens. À peine est-elle entrée au marché qu’elle en ressort. « Pomme d’amour tro ser. Pima tro ser, pâtisson pli ser ankor. Népli koné ki pou asté », dit la quinquagénaire. Plus loin, Marc regarde les pommes d’amour et constate : « Li paret inpé mol pou so prix. Rs 50 la livre. Vomié asté dan bwat. » Il fera le tour des marchands avant de se décider. Anil, lui, est satisfait par contre. « J’ai été chez mon marchand habituel et j’ai eu de bons légumes. Mo’nn depans Rs 500 parey. Marsan-la konn mwa. Mais fruits pli ser. Enn banane pe vann Rs 10. Kot pe ale ? » dit-il, faisant la moue.

La moue d’Anil, la plupart des consommateurs l’affichent. Et elle est pire dans les supermarchés. Passer à la caisse avec votre panier de fruits et légumes coûte presque deux fois plus cher. « Pa kapav aster legim dan sipermarse. Enn kou enn kou kan bien bizin pran enn ti bred. Mais prix dan sipermarse pli for ankor », dit Maud. Pour Vikash, même les marchands des coins de rue « pe kas lapo. » Il attribue cette hausse des prix au mauvais temps qui a prévalu ces dernières semaines. Ce n’est toutefois pas une raison pour augmenter les produits de 30-40%, dit-il.

Aux coins de rue, en effet, la tendance à la hausse des prix des fruits et légumes, pourtant très accessibles jusqu’à dernièrement durant le deuxième confinement, refroidit les consommateurs. « Enn ou de ti brans cotomili pe vann Rs 25. Dan bazar pe vann Rs 15 », déplorent Maud et Vikash. Et la fraîcheur des fruits et légumes disponibles laisse ces derniers temps à désirer. « Les légumes ne semblent pas frais. Il faut bien regarder. Au marché central, c’est mieux, même si certains marchands n’hésitent pas à vendre des produits qui ne sont pas si frais », dit Maud.

La normale dans deux semaines peut-être
Depuis le déconfinement, les produits accusent ainsi une forte augmentation. La faute aux fortes averses de ces derniers jours, disent les planteurs. « La situation est dramatique », soutiennent certains, expliquant que la production de légumes a chuté à cause des inondations, entraîne ainsi une hausse des prix. « Beaucoup de plantations ont été affectées par les pluies diluviennes, ce qui a provoqué une baisse de production qui équivaut actuellement à 30-40% et parmi les produits qui ont pu être sauvés, beaucoup ne sont pas de qualité et donc pas vendables », dit Kreepalloo Sunghoon, secrétaire de la Small Planters’ Association. Il y a actuellement plus de 50% de hausse qui concerne la majorité des légumes.

« Tout a augmenté, sauf pour les lalos qui se vendent moins cher », dit-il. Et d’ajouter qu’en l’absence de vente à l’encan en ces temps-ci, les planteurs se retrouvent avec leurs produits mis en vente sans transparence dans les prix. Ainsi, entre le mois dernier et ce mois-ci, le prix des fruits et légumes locaux a flambé. Des augmentations variant entre Rs 10 et Rs 60, soit dans certains cas comme pour la courgette de 150%. À titre d’exemple, de Rs 55 en avril, le pâtisson est passé à Rs 110 la livre cette semaine. La pomme d’amour qui coûtait Rs 60 la livre fin avril, coûte actuellement Rs 75. Les piments sont passés de Rs 40 à Rs 70 la livre. Une livre de chouchou coûte Rs 25 au lieu de Rs 15 en avril dernier. Une majoration qui est rigoureusement scrutée par les consommateurs. « Si pour la classe moyenne c’est difficile, imaginez ce que c’est pour quelqu’un qui touche le salaire minimum de s’approvisionner en légumes. Comment nourrit-on sa famille avec de telles hausses ? » se demande Vikash.

Si les prix ont déjà pris l’ascenseur, la tente bazar souffrira encore quelques semaines avant d’être allégée. Selon la Small Planters Association, les prochaines semaines seront déterminantes pour la filière. Notamment en raison de la saison hivernale propice à une meilleure culture. « Actuellement, nous sommes dans un creux, mais dans une quinzaine de jours, il y aura d’autres récoltes, plus particulièrement s’agissant des herbes fines, comme le cotomili et le persil, et les prix seront moindres », dit Kreepalloo Sunghoon.