(Consommation) Réouverture des frontières : Les restaurateurs restent sur leur faim et affichent grise mine

À Grand’Baie et des environs, baisse drastique des revenus d’au moins 85%

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La situation était déjà difficile pour les restaurants de Grand-Baie au mois de mars lorsque le coronavirus se faisait de plus en plus menaçant. Ils étaient alors quelques touristes dans cette station balnéaire qui profitaient de leur séjour à Maurice. Les restaurateurs, heureux de pouvoir les accueillir, entretenaient quand même des appréhensions.

Ils étaient inquiets que des cas de COVID-19 ne soient enregistrés à Maurice et qu’un confinement soit imposé. Ce que ces restaurateurs de Grand-Baie redoutaient s’est réalisé, et pendant près de deux mois, leurs établissements sont restés fermés. Depuis que les activités ont repris le 1er juin et l’ouverture partielle des frontières le 1er octobre, le “mood” des propriétaires de restaurant n’a pas changé. Leurs activités ont lourdement chuté. Les établissements sont vides.

« Nous n’avons jamais connu Grand-Baie aussi tranquille que ça. On voit très peu de gens qui circulent et les affaires ne marchent pas », soutient Wil, propriétaire d’un grand restaurant sur la route royale que l’on a rencontré la semaine dernière. En entrant dans son restaurant, ils n’étaient que deux Mauriciens qui prenaient un peu de bière, histoire d’aider Wil à rouler son business. « Les pertes sont conséquentes. Nous avons enregistré une baisse de 85% de nos revenus depuis ces huit derniers mois. Je viens de payer le salaire de mes employés. Je leur ai déjà annoncé qu’il serait peut-être difficile de payer leur salaire dans les mois à venir », dit-il dans un restaurant complètement vide. Selon Wil, il travaille à perte et que son “cash-flow” est « sérieusement impacté ». De ce fait, songer à une rénovation de son restaurant durant la période de confinement était impossible. Maintenant que les frontières sont ouvertes, ce qui permettra d’accueillir à nouveau les touristes, Wil se montre peu optimiste. « Kan travay la pou redemare ? Se sa la kestion. » Et d’ajouter que personne ne sait quand le travail reprendra réellement. Ses clients sont, dira-t-il, majoritairement des Français, des Réunionnais, des Sud-Africains, des Britanniques et quelques Italiens.

Depuis la reprise des activités le 1er juin dans le pays, Wil ne note pas vraiment d’enthousiasme chez les Mauriciens pour sortir. Croyant qu’il pourrait avoir plus de Mauriciens dans son restaurant, il retient une réelle prudence chez ces derniers s’agissant de leur consommation. « Auparavant, nous avions plusieurs plats qui étaient commandés lorsque les Mauriciens venaient manger chez nous. Or, depuis quelque temps, ils consomment moins », dit-il. Pour lui, il est certain que les Mauriciens appréhendent une deuxième vague de l »épidémie de COVID-19 et préfèrent garder leur argent pour des jours plus sombres. La situation dans son restaurant est tellement difficile qu’il ne peut procéder à des remises. « Nous n’avons même pas de clients. Il semblerait que les gens ne veulent pas sortir », confie-t-il. À cause de cette absence de clients, Wil ne passe plus de commande comme auparavant. « Nous vivons au jour le jour. Les commandes que nous avons passées avant le confinement ont été distribuées parmi nos proches », dévoile-t-il.

Maintenant que les touristes reviennent à Maurice, il se demande combien sont ceux qui accepteront de passer 14 jours enfermés dans un hôtel. Si la situation continue, il craint de passer l’état de propriétaire à chômeur. Ses plus grosses craintes sont qu’il n’y ait aucun client. Sa chance, toutefois, c’est qu’il n’y a pas de location à payer étant donné qu’il est le propriétaire du lieu. « Sinon j’aurais fermé ce restaurant », dit-il avec tristesse.

À quelques pas de son restaurant, il y a un autre espace qui a ouvert ses portes l’année dernière. Spécialiste des plats grecs, les affaires vont très mal pour le propriétaire qui est un étranger. Assis face à la mer, il n’a jamais vu Grand-Baie aussi tranquille. « C’est comme une ville fantôme à une certaine heure », souligne-t-il lorsque nous l’avons rencontré. Son restaurant à étage ne comptait qu’un couple d’étrangers qui prenaient le déjeuner. « Nous avons enregistré des pertes d’au moins 50%, voire plus », soutient ce propriétaire dont la clientèle est constituée de Mauriciens et de touristes. Les touristes ne sont pas présents et les Mauriciens, ajoute-t-il, sortent de moins de moins. De plus, ils dépensent moins. Une situation qui affecte ses affaires. Confinement oblige, son restaurant est resté fermé pendant un mois. Après cette période, il a dû reprendre le travail pour les livraisons à domicile car il recevait des commandes. Mais le travail, selon lui, durant cette période a été « très tranquille ». Mais depuis le déconfinement au mois de juin, la reprise des affaires n’a pas été à la hauteur de ses attentes. Selon ce restaurateur, il n’a pas de visibilité pour l’avenir et les deux semaines de quarantaine imposées aux touristes « n’amélioreront pas les choses immédiatement ». Il se demande également si les touristes voudront vraiment venir à Maurice s’ils ont uniquement deux semaines de vacances. S’agissant des commandes, il n’en prend plus comme c’était le cas auparavant. Certes, il doit répondre à ce qui est affiché sur sa carte de menus. Ce restaurateur reste prudent. Mais il est toutefois optimiste quant à une reprise réelle à partir de l’année prochaine.

Un peu plus loin, le restaurant Dalon, situé à l’angle d’une rue fermait ses portes alors qu’il n’était pas encore 15h. « Nous n’avons pas travaillé depuis le matin », dira Kevin O’Keeffee, chef exécutif du restaurant. Selon lui, les pertes sont estimées à 70% depuis le confinement. Ce restaurant, selon lui, reçoit des étrangers, notamment des Réunionnais, des Français, des Sud-africains durant cette période de l’année. Depuis que les touristes ne viennent plus à Maurice, il dit devoir dépendre du marché local. Les visites des amis qui viennent manger de temps en temps lui permettent de garder la tête hors de l’eau. À la période correspondante l’année dernière, son restaurant était rempli de touristes. Vivant une période particulièrement difficile, surtout au cours du premier mois du confinement, il fait part qu’il a dû travailler le mois suivant pour assurer que des sous rentrent dans ses caisses.

Depuis la reprise, il note un regain de confiance car les commandes qu’il reçoit sont plus conséquentes. Toutefois, ces prix ne resteront pas les mêmes pour longtemps. À cause d’une augmentation continuelle des prix de divers produits, Kevin O’Keeffee se verra dans l’obligation de procéder à une hausse. « Nous n’avons pas le choix mais nous gardons la qualité de nos produits », assure-t-il. En ce moment, il ne passe plus de grosses commandes. « Nou pe travay zis zis », renchérit-il, pour éviter de jeter les produits achetés. Avec l’ouverture des frontières, il craint que nous n’ayons pas de touristes qui viennent pour de courts séjours. Selon son expérience, il se pourrait que nous accueillions des touristes très fortunés qui vivront un minimum de trois mois à Maurice. « Je ne crois pas que ces touristes mangeront dehors », dit-il. La situation est quand même inquiétante pour ce chef exécutif étant donné le manque de visibilité.

Un peu plus loin, au restaurant La Vieille Rouge, il y a quelques clients, étrangers et Mauriciens. Depuis le mois de mars, les affaires allaient mal dans ce restaurant spécialisé en fruits de mer. « Mes recettes ont chuté jusqu’à 90% car mes clients sont majoritairement des étrangers », se désole le propriétaire du restaurant. Ce manque de touristes qui fait baisser les recettes lui donne du fil à retordre car il doit payer le salaire de ses employés et le loyer. Et de faire ressortir avoir fait des dépenses de Rs 1,2 million le mois dernier. « Notre restaurant reste ouvert juste pour ne pas donner mauvaise impression », confie-t-il en montrant un restaurant vis-à-vis du sien qui est resté fermé depuis le confinement. Pendant le confinement, il lui a fallu payer ses employés. « Je ne me sens plus capable de payer. Si cette situation perdure, je ne sais pas ce que je ferai. Obtenir un prêt à la banque n’est pas chose facile », fait-il valoir. Ses clients sont plutôt des Français et des Allemands. Il dira avoir parlé à ses clients étrangers, mais aucun d’entre eux ne veut venir pour rester enfermé pendant 14 jours. Depuis la reprise, il ne peut pas dépendre des Mauriciens étant donné que ceux qui habitent près du restaurant mangent chez eux. Maintenant que les touristes viendront à Maurice, il craint que les hôtels offrent un package « all inclusive », ce qui pourra « tuer » les restaurants. Concernant ses commandes, il se voit obliger de les passer. Mais si les produits qu’il commande ne sont pas vendus, il doit les partager avec ses employés.

La situation de ces restaurants de Grand-Baie n’est guère différente de ceux de Port-Louis. La seule différence pourrait être le type de clientèle. Au restaurant Red Phoenix, situé rue Barthélemy, les clients sont de moins en moins présents. De ce fait, les revenus ont connu une chute drastique. « Nous avons enregistré une baisse de 30% de nos revenus depuis notre réouverture », relève Hedley Hong Lin, propriétaire du restaurant. Pour lui, les Mauriciens sont peut-être dans une situation financière difficile. « Si le restaurant affiche complet, nous voyons que le volume de plats commandés n’est plus le même. Les gens dépensent moins », fait-il ressortir. Depuis la réouverture des frontières, des menus n’ont pas été ajoutés ou retirés ni les prix n’ont augmenté. Mais si les prix des matières premières continuent à augmenter, il n’aura d’autre choix que de revoir ses prix à la hausse. Ce qu’il s’est abstenu de faire au cours de ces derniers mois. Malgré la situation difficile, il pense que les jours à venir seront meilleurs.

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