Andrew Sin (Intermart Ebène) : « Les Mauriciens sont mieux préparés et plus disciplinés »

Jumbo: « Il n’y a pas le rush qu’on a connu l’année dernière », dit-on chez Jumbo
Assad Peerbux (Intermart Beau-Bassin) : « L’année dernière,
il y avait quatre fois plus de personnes »

Non, cela n’a rien à voir avec la douloureuse expérience vécue par tous les Mauriciens lors du précédent confinement l’année dernière. Fini les files d’attente interminables au soleil pour accéder aux hypermarchés et supermarchés. Les données ont changé cette année. Les Mauriciens sont plus responsables, plus disciplinés, et ne se sont pas précipités vers les grandes enseignes pour en ressortir avec des caddies qui débordent. Plusieurs facteurs ont contribué à cette sérénité retrouvée.

D’abord, il faut rappeler que le contexte de 2021 est différent de celui de 2020 quand les supermarchés étaient restés fermés pendant le ‘total lockdown’, c’est-à-dire huit jours de fermeture. « C’était compréhensible que les Mauriciens s’y soient rués pour acheter des provisions » ; mais cette année, les commerces ne sont restés fermés qu’un seul jour, donc les consommateurs avaient déjà des produits à la maison. En outre, ils ont réalisé qu’il était « inutile de se précipiter dans les grandes surfaces pour faire le plein » cette fois, cela d’autant qu’il n’y a aucune pénurie à l’horizon, fait-on comprendre dans les milieux des hypermarchés.

Le Mauricien/Week-End a pu constater que le stock de papiers de toilette, par exemple, (produit phare du dernier confinement) est présent en grande quantité dans les rayons des supermarchés. Et l’attitude plus sereine des consommateurs contribue à alléger considérablement la pression sur les opérateurs, les agents de sécurité et les forces de l’ordre présents sur les différents sites. Bref, tout le monde affiche la retenue depuis jeudi, jour de la réouverture des supermarchés.

Et ça ne devrait pas changer dans les prochains jours si tout va bien. Chez Jumbo Mauritius, on donne l’assurance aussi qu’il n’y a « pas de pénurie de produits essentiels » et on explique qu’«  il n’y a pas le rush qu’on a connu l’année dernière ». Et d’ajouter : « Les clients ont été habitués aux procédures déjà en place l’année dernière. Ils sont calmes et sereins, et ils peuvent l’être car nos magasins sont bien approvisionnés et les promotions sont toujours en place. Employés et clients respectent les gestes barrières, le Safe shopping est de mise. »

Même constat chez Tangs Way de Beau-Bassin. Cet hypermarché avait pourtant été tristement célèbre durant le précédent lockdown, pour des photos montrant une foule de clients regroupés à l’extérieur sans distanciation physique. Cette fois, l’ordre semble être de retour.

Tel est aussi le cas à City Way, rue Brabant, à Port-Louis. « Laboutik ti ferme lane dernier sa mem ki tou klian ti refoule isi », lâche l’agent de sécurité, surpris face à une petite file d’attente d’une quinzaine de personnes. Ce supermarché de la capitale a pris les mesures nécessaires pour assurer la protection de tout un chacun. Les rayons ont été séparés et la circulation se fait dans un seul sens. A la caisse, un film en plastique a été installé sur trois côtés pour assurer la protection des caissières et celles-ci désinfectent leur caisse après le passage de chaque client. City Way ne laisse entrer que 15 clients à la fois.

Mieux préparés et plus disciplinés

Dans les hypermarchés et supermarchés Jumbo, les opérations se déroulent également dans le calme et selon le protocole établi : accès par ordre alphabétique, port du masque obligatoire, respect des gestes barrières, prise de température à l’entrée et gel hydroalcoolique disponible. L’enseigne procède également à la désinfection des caddies/paniers, tapis de caisse et autres équipements de paiement électroniques après chaque transaction. « Tous nos collaborateurs doivent porter le masque avec prise de température au contrôle d’accès et utilisation des solutions hydroalcooliques dans tous les services », fait ressortir un membre de la direction.

Petit détour à Intermart Ebène, où là encore, la grosse foule a disparu, laissant place à un nombre de clients raisonnable dans la conjoncture. Andrew Sin, directeur général, est satisfait de noter que « c’est sûr que cette fois, les Mauriciens sont mieux préparés et plus disciplinés ». Lui aussi attribue l’affluence inférieure au fait que les grandes surfaces n’ont fermé leurs portes que pendant un seul jour.
Quelques kilomètres plus loin, soit chez Intermart de Beau-Bassin, là encore, une petite file d’attente devant l’arrêt d’autobus et un calme plat dans la cour de l’établissement. Pas de mouvements de foule, tout est bien organisé, à l’intérieur comme à l’extérieur. Le magasin diffuse des messages audio régulièrement pour rappeler l’importance des gestes barrières et les caisses sont nettoyées après chaque client.

Assad Peerbux, Head of Admin, déclare : « L’année dernière, il y avait quatre fois plus de personnes et une longue file d’attente qui descendait jusqu’à Mare Graviers. Je pense que les gens sont plus conscientisés par ce qui se passe aujourd’hui. Ils réalisent que la situation est grave, donc ils ne vont pas faire des déplacements inutiles. Et cette année, ils sont plus coopératifs aussi et plus disciplinés. L’année dernière, il y avait des gens qui venaient faire leurs courses alors que ce n’était pas leur tour et nous avions dû même faire appel à une équipe de la Special Mobile Force pour faire ces gens-là rentrer chez eux. Mais cette année, c’est beaucoup plus discipliné au niveau du respect de l’ordre alphabétique. Les gens ont dû réaliser que cela ne servait à rien de se précipiter en premier au supermarché. »

Chez Intermart de Beau-Bassin, les rayons sont pleins et les livraisons se font normalement, après certains problèmes intervenus la veille de la réouverture alors que la police empêchait les camions de livraison d’opérer. Un système de ‘ticketing’ a été introduit afin de permettre à la direction de contrôler en permanence le nombre de clients dans le magasin et ne pas dépasser le seuil de 30 à 40 clients en même temps.

Attention, « Cocovids » en liberté…

Les « Cocovids » sont ceux qui n’arrivent pas à comprendre l’importance des gestes barrières, surtout lorsqu’ils sont en public. Certains membres de cette communauté sévissent malheureusement encore dans l’enceinte des supermarchés en période de lockdown. Si la majorité des Mauriciens jouent le jeu correctement, il y a toujours des « Cocovids » qui ne savent pas comment se comporter en public en temps de pandémie. Ils refusent de pratiquer la distanciation physique, portent un masque sale, voire troué. Mais la grosse majorité des « Cocovids » portent le masque sur le menton, parfois même sur la gorge quand les élastiques sont suffisamment extensibles… Généralement, ils parlent fort dans la file d’attente des supermarchés, ne réalisant pas qu’ils peuvent contaminer des gens à côté d’eux.

Ces mêmes « Cocovids » négligent également les recommandations de médecins largement adoptés l’année dernière par de nombreuses personnes, soit le nettoyage systématique des produits achetés une fois rentrés à la maison après les courses. « Mo pa fer tou sa la mwa. De tout fason, si ou pou gagn Kovid, ou pou gagn li, ou pa pou kapav fer nanien. Mo pa pou netwa mo bann prodwi », lâche un « Cocovid » rencontré dans un supermarché. Un autre à qui nous faisons discrètement la remarque que son masque n’est pas mis correctement, nous répond plein d’assurance : « Pa fer nanien sa, sel prekosion ou bizin pran se pa tous ou figir, dokter inn dir pa tous figir… » Donc, à en croire les « Cocovids », le masque ne servirait pas à grand-chose.Les boutiques à l’heure technologique

« Ou kapav pey mwa par Juice »

Elles ont été à la hauteur des attentes et ont joué leur rôle pleinement depuis le début du confinement. Contrairement à l’année dernière, les boutiques ont pu ouvrir leurs portes seulement après un jour de fermeture, tout comme les supermarchés et grandes surfaces et il n’y a pas à dire, cela a grandement aidé à fluidifier la situation et diminuer les files d’attente dans les grands commerces, cela d’autant qu’en l’absence de transport public ces jours-ci, de nombreuses personnes n’ayant pas de voitures n’ont pu se rendre dans les grandes surfaces et ont eu recours aux boutiques de quartier.

Dans cette boutique, très connue des habitants d’un village côtier, le gérant, Laval, se met vraiment à l’heure du confinement. Pour faciliter la vie de ses clients et réduire les contacts, il leur permet de lui téléphoner pour dire la liste de produits dont ils ont besoin, il prépare leurs commandes et les livre à leur arrivée. Cela permet d’éviter la file d’attente devant son commerce et empêche aussi le flot de personnes à l’intérieur. Quid du paiement ? Laval a pensé à tout : « Ou kapav pey mwa par Juice ! » lance-t-il joyeusement en donnant son numéro de compte, un moyen d’effectuer un paiement sans aucun contact. Ce boutiquier utilise également du sanitizer régulièrement, notamment sur son comptoir et les zones de contact.