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La valorisation de la bagasse, la protection du sucre produit localement et l’abandon des terres sous cannes figurent parmi les sujets évoqués hier lors des consultations pré-budgétaires organisées par le ministre des Finances, Renganaden Padayachy en vue de la présentation prochaine du budget 2021-22. Le Grand Argentier a reçu dans un premier temps une douzaine de petits planteurs de canne et de légumes avant d’accueillir les représentants de la Chambre d’agriculture et ceux du Syndicat des sucres.

« Nous demandons la valorisation de la bagasse pour tous les producteurs »,  a expliqué la secrétaire générale de la Chambre d’Agriculture, Jacqueline Sauzier. Elle a rappelé que l’industrie sucrière se trouve dans une situation critique et souligne avoir demandé une rémunération égale à tous les producteurs, planteurs et usiniers de manière. La secrétaire générale a fait part de sa satisfaction d’avoir eu l’opportunité d’aborder la situation non seulement dans l’industrie sucrière mais également dans le secteur non-sucre.  « Nous avons également évoqué la sécurité alimentaire et la nécessité de produire localement pour la consommation locale, la transformation locale et pour le développement d’un secteur agroindustriel solide. » Et de souligner la nécessité de regrouper les planteurs et autres producteurs afin de consolider l’industrie.

Le représentant du Syndicat des Sucres s’est longuement appesanti sur la compétition déloyale à laquelle sont confrontés les producteurs sucriers locaux en raison de la commercialisation du sucre importée à bas prix et a réclamé une protection du marché intérieur des sucres. Le Syndicat des sucres souligne que malgré l’augmentation des tarifs d’importation à 100% dans le dernier budget national, les importations en franchise de droits ont persisté en provenance du COMESA et de la SADC ainsi que par les utilisateurs industriels qui sont exemptés du paiement de ces tarifs. « Ces importations débarquent à Port-Louis aux prix mondiaux faussés qui sont actuellement inférieurs d’environ 35% du coût de production moyen mondial »,  souligne le Syndicat.

« C’est la raison pour laquelle la plupart des pays producteurs de sucre, même au sein du COMESA et de la SADC, appliquent des barrières non tarifaires  pour protéger leurs producteurs locaux des importations. Ironiquement, l’Égypte, qui a un déficit en sucre mais qui profite toujours du COMESA pour inonder le marché mauricien, a récemment annoncé une interdiction de toutes les importations de sucre », souligne le Syndicat. Il réclame la suspension immédiate de l’importation du sucre.

Pour sa part, Kreepalloo Sunghoon, secrétaire général du Small Planters Association, a demandé au ministre de l’Agro-industrie de poursuivre le paiement de Rs 25 000 par tonne de sucre comme tel a été le cas pour 2019 et 2020 mais que cette année-ci le taux d’inflation sur douze mois soit également pris en considération. « Nous avons fait comprendre au ministre que nous attendons toujours le rapport de la Banque mondiale. Un comité ministériel a été institué en novembre dernier et quatre mois ont passé sans que les planteurs n’obtiennent des informations nécessaires à ce sujet », a-t-il fait ressortir.

Pour lui, l’idéal pour les planteurs est l’obtention de Rs 2500 la tonne de canne afin d’assurer l’avenir du secteur. Et de souhaiter le maintien de l’aide financière accordée pour la replantation de la canne, les fertilisants, la préparation de la terre. « Plus de 22 000 planteurs ont abandonné la culture de la canne à sucre. Et seulement 10000 planteurs étaient encore actifs en 2019. Plus de 12 000 hectares de terres, qui étaient auparavant sous culture de canne, ont été abandonnés. Malgré les vagues successives de réforme, les planteurs de canne à sucre ne reçoivent toujours pas une part équitable des revenus générés par la canne. Le revenu de bagasse qu’un planteur reçoit n’a pas évolué depuis des années », a souligné Kreepalloo Sunghoon. Qui plus est, il réclame une solution aux problèmes auxquels sont confrontés des métayers depuis des années.

Parmi les autres demandes des petits planteurs : la création d’un Land Bank Fund avec un capital initial de Rs 50 millions afin de s’occuper des terres sous canne abandonnées et l’octroi d’une ligne de crédit préférentielle spéciale de Rs 500 millions en vue de la création d’une usine sucrière.