Virginie Parisot : « Ce traumatisme est toujours pénible à vivre »

David Sauvage : « Les valeurs partagées dans ce moment sont sans précédent pour notre histoire »

Triste anniversaire ce vendredi 6 août. Cela faisait un an exactement depuis que le Wakashio a déversé son hydrocarbure dans le lagon du Sud-Est proviquant une marée noire sans précédent. En dehors des images de la catastrophe écologique, l’épisode du Wakashio rappelle également et surtout ce bel élan de solidarité pour la confection de bouées artisanales sur le front de mer de Mahébourg et à divers endroits à travers l’île. Un an après, ceux qui étaient là s’en souviennent. Les plaisanciers et autres opérateurs de la région ontchoisi de marquer l’événement à travers une Candle Light hier soir, sur le front de mer

L’esplanade du Mahébourg Waterfront restera à jamais le symbole de la solidarité mauricienne. Rezistans ek Alternativ dévoilera une plaque commémorative du drame sur les lieux aujourd’hui. Une manière de se rappeler comment les Mauriciens ont fait preuve d’ingéniosité et de sesns d’abnégation pour sauver le lagon. A la base de ce mouvement de foule, David Sauvage, membre de Rezistans ek Alternativ, qui avait mis au point le premier prototype de “boue sarlon”, des boudins artisanaux composés de feuilles de canne séchées.

Des citoyens venus de quatre coins de l’île s’étaient instinctivement joints à ce mouvement pour tenter d’empêcher l’huile de se répandre davantage dans le lagon du Sud-Est. À ce moment-là, il n’y avait pas suffisamment de Booms, que les professionnels étrangers appelés à la rescousse ont par la suite déployés en mer.

Un an après, David Sauvage maintient que ce « crime contre l’environnement » préfigure les crises issues du dérèglement de l’équilibre de la planète. Raison pour laquelle il parle de la marée noire du Wakashio comme d’un « écocide ». Parallèlement à ce drame, c’est l’espoir qui a jailli de la solidarité manifestée sur le front de mer de Mahébourg. « Le 6 août marque aussi la mise en mouvement du peuple de Maurice pour contrer cet écocide. Cette mise en mouvement préfigure l’île Maurice de demain en de nombreux aspects. Elle représente l’alternative face à 50 ans d’un pouvoir infantilisant », dit-il.

Il met en exergue les valeurs partagées à cet instant sans précédent de l’histoire du pays. « Ce sont celles d’une écologie humaniste, de rupture avec le capitalisme, participative, démocratique et populaire, symbolisant l’espoir pour l’humanité de réussir à transcender la crise écologique dans laquelle nous sommes plongés », ajoute-t-il.  Même si cette grande mobilisation peut être catégorisée de moment éphémère, David Sauvage est d’avis qu’il faut surtout retenir la prise de pouvoir du peuple, soit « cela ouvre une voie remplie d’espoir pour l’émancipation du peuple mauricien et préfigure la façon dont nous pouvons réagir face à la crise écologique. »

Il ajoute qu’à cette période, sur le front de mer, l’équipe avait développé sa propre capacité d’organisation, de décision, d’action et de production. « Nous avons résisté aux tentatives autoritaires d’interdire l’accès de la population à cette usine populaire et de nous déloger du Waterfront. Nous avons collaboré en bonne intelligence avec les travailleurs du service public qui n’étaient pas soumis au diktat des affairistes au pouvoir », se rappelle-t-il.

Cet élan de solidarité a été initié avec les habitants de Mahébourg et des environs, qui ont été les premiers à se jeter à l’eau, au propre comme au figuré. Pêcheurs et plaisanciers, entre autres, ont ainsi mis leurs pirogues à disposition pour transporter les bouées en mer et n’ont pas hésité à se jeter eux-mêmes dans cette eau noire et visqueuse pour les déployer. Cet élan a été coupé court quand les autorités avaient décidé d’interdire l’accès aux différentes zones touchées. Du coup, ce sont les professionnels de Polyeco et de Le Floch Dépollution qui ont pris les opérations de nettoyage en main.

Virginie Parisot, Mahébourgeoise, était, comme beaucoup, très active sur le front de mer. Pour elle, ce 6 août 2021 ne marque malheureusement pas un événement joyeux. « Ce que je retiens de positif dans cette affaire, c’est le mauricianisme qui a émergé pour faire front contre la marée noire. Malheureusement pour nous, Mahébourgeois, ce traumatisme est toujours pénible à vivre. On a toujours peur qu’un jour ou l’autre un événement similaire se reproduise. »

Elle regrette également qu’il n’y ait pas eu plus d’initiatives pour protéger notre espace maritime. « On a vu récemment comment des bateaux sont entrés près de nos côtes pour on ne sait quelle raison. Ce qui veut dire qu’on n’est pas à l’abri. On ne se sent pas en sécurité non plus. » S’il n’y avait pas eu la solidarité mauricienne, ajoute-t-elle, la côte sud-est aurait été deux fois plus affectée. Elle se dit ainsi très reconnaissante envers David Sauvage et l’équipe de Rezistans ek Alternativ pour avoir pris cette initiative et pour avoir accompagné les riverains affectés.

Un an après, les plaisanciers et les pêcheurs se remémorent aussi ces moments, mais témoignent surtout de la manière dont leur vie a basculé depuis ce triste 6 août 2020, découlant du naufrage dans la soirée du 25 juillet 2020.  Raison pour laquelle ils ont organisé un “candlelight memorial” hier soir au restaurant Le Copain, en face du front de mer, à Mahébourg. Tony Apollon, le porte-parole des plaisanciers, indique : « Cela fait un an déjà que les habitants du sud-est ont vécu la pire catastrophe qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. Ce jour-là, notre vie a basculé. »

Un an après, ajoute Tony Apollon, les habitants du Sud-Est attendent toujours que se concrétisent les promesses du gouvernement à leur égard. Raison pour laquelle l’association des plaisanciers a organisé ce Candlelight Memorial. Non seulement pour marquer ce triste événement, mais aussi pour rappeler que les plaies au sein de cette communauté sont loin d’être cicatrisées à ce jour…