« Nous avons l’impression d’avoir été enfermés dans une boîte pendant un an »

Pas moins de 103 Mauriciens, sur trois bateaux de croisière, à savoir le MSC Musica, le MSC Seaview et le MSC Poesia, sont bloqués depuis six mois au port de Santos, au Brésil. Ils font désespérément appel aux autorités locales pour qu’ils soient rapatriés au plus vite, en vain jusqu’ici. Las de la situation, ils disent avoir un sentiment d’avoir été enfermés dans une boîte et d’être livrés à eux-mêmes.

Le MSC Cruise compte trois bateaux de croisière, à savoir le MSC Musica, le MSC Seaview et le MSC Poesia, qui sont bloqués au port de Santos Brésil depuis ces six derniers mois. 103 Mauriciens sont à bord de ces bateaux de croisière, dont 25 sur le MSC Musica, 49 sur le MSC Seaview et 29 sur le MSC Poesia. Ashchaye Mohitram, un jeune habitant de Quatre Bornes, est bloqué sur le MSC Musica depuis un an. Il devait rentrer au pays en mai dernier. « Je suis bloqué sur ce paquebot depuis le début de la pandémie de COVID-19. Je n’ai plus contact avec la terre depuis. La croisière devait compléter un itinéraire d’Argentine à Brésil. Depuis mars, nous sommes arrivés au port de Santos, Brésil, et nous y sommes toujours six mois après. Nous sommes coincés sur le bateau », déplore Ashchaye.

« Ce sont seulement les membres d’équipage qui sont restés sur les trois paquebots. Depuis ces six derniers mois, nous avons été soumis à plusieurs tests médicaux dont le PCR et le SWAB mais aucun cas positif de COVID-19 n’a été recensé sur les trois paquebots jusqu’ici. Dans un premier temps, nous avions été placés en isolement, chacun dans sa cabine, par mesure de précaution », confie Ashchaye. Ce dernier explique que les Mauriciens bloqués sur les trois paquebots ont entamé plusieurs démarches auprès des autorités locales depuis mars dernier pour qu’ils soient rapatriés par un vol affrété. » Mais à ce jour, nous n’avons eu aucune réponse positive », dira Ashchaye.

Parmi les membres d’équipage bloqués au Brésil, il y a des Malgaches, ainsi que des officiers, commandant et ingénieurs originaires d’Italie, d’Afrique du Sud, de Croatie, du Brésil et d’El Salvador. « Il est difficile de croire ce que nous vivons sur ces paquebots. Nous avons l’impression d’avoir été retenus en otage en mer. Nous n’avons rien à faire, pas d’activité ni de loisir. Nous sommes enfermés dans nos cabines la plupart du temps. Nous faisons passer le temps en regardant la télé. Nous ne sortons que pour prendre nos repas quotidiens ou pour aller à la gym. Puis le soir, après le dîner, nous nous rassemblons à un endroit sur le paquebot pour dialoguer. Nous en avons vraiment marre de cette situation. Nous avons l’impression d’être enfermés dans une boîte », fait part Ashchaye.

Selon le jeune Mauricien, les familles des 103 Mauriciens bloqués sur les paquebots ressentent profondément ce manque. « Il y a des mères et pères de famille sur les paquebots. Certains d’entre eux ont des enfants en bas âge. Ils veulent tellement retrouver leurs enfants pour les serrer dans leurs bras. Mais ils sont impuissants face à la situation. Ce qui nous manque aussi, ce sont les repas typiquement mauriciens. Pour moi personnellement, je veux surtout regagner la terre. Le 28 août prochain marquera une année depuis que je suis coincé sur ce bateau », fait-il ressortir.

Ashchaye souligne que les Mauriciens sur les trois paquebots ont envoyé plusieurs mails aux autorités locales. Le dernier mail remonte au 24 juillet dernier. « Nous sommes en contact avec notre agence de recrutement tous les jours. Nos familles à Maurice sont aussi constamment en contact avec l’agence pour s’enquérir de nos nouvelles et du progrès des démarches. Mais nos familles et nous ne recevons qu’une seule réponse : les démarches sont en cours mais nous avons déjà beaucoup de réservations. Il y a aussi des jours où les employés de l’agence ne répondent pas à notre appel », déplore Ashchaye. Dans un premier temps, selon ce dernier, les 103 Mauriciens devaient être transférés en Italie mais par la suite, la nouvelle est tombée que leur transfert a été annulé. « Nous savons que le gouvernement d’Italie ne laisse pas entrer les étrangers qui transitent du Brésil sur son territoire, sauf s’il s’agit des citoyens brésiliens. Donc, nous ne comprenons pas pourquoi avoir tenté de nous envoyer en Italie. Ce que nous déplorons le plus, c’est l’indifférence des autorités locales. Malgré les nombreux mails, nous n’avons aucune réponse concrète à ce jour. Vivre sur un paquebot dans des conditions limitées devient de plus en plus pénible. Parfois, il m’arrive d’oublier qu’il y a des gens autour de moi, que j’ai une famille qui m’attend à Maurice. Je suis renfermé sur moi-même », soutient Ashchaye.

Au nom des 103 Mauriciens bloqués au port de Santos au Brésil, Ashchaye demande pour la énième fois au gouvernement de Maurice, surtout au ministère des Affaires étrangères et autres autorités concernées, d’entamer au plus vite les démarches afin qu’ils puissent rentrer au pays au plus vite.