Ils attendent toujours d’être vaccinés

Avec 33 patients dialysés testés positifs à la COVID-19 en une semaine, dont trois sont décédés, l’angoisse gagne de plus en plus les autres patients de l’hôpital de Souillac mis en quarantaine depuis plus d’une semaine. « Nous nous sentons à risques ! » explique un de ces patients, en quarantaine à l’hôtel Tamassa. Une inquiétude encore plus palpable que trois autres sont décédés, « de près ou de loin », de la COVID. Tous redoutent une contamination et la détérioration de leur état de santé, déjà fragilisé.

Dans une communication audio à la rédaction du Mauricien, Y. (nom fictif, l’homme préférant garder l’anonymat), au nom de ses collègues, tire la sonnette d’alarme, notamment sur les conditions de transport pour se rendre chaque jour au centre de dialyse. Faisant appel « aux hauts gradés qui prennent des décisions », il fait ressortir que depuis le 26 mars, les patients devaient se faire vacciner contre la COVID, et qu’à ce jour, ils ne savent toujours pas quand ils le seront.

Y. explique d’emblée ne pas être surpris par la hausse du nombre de cas de contaminés parmi les patients dialysés et en quarantaine à l’hôtel Tamassa. « Certes, chaque patient respecte les règles et nous restons dans nos chambres, sans aucun contact les uns avec les autres. Il n’y a aucune proximité. Mais le problème se pose lorsqu’on se rend chaque matin à Souillac pour les séances de dialyse », dit cet habitant du Sud. Une inquiétude qui commence, dit-il, lorsqu’un van de 12 places vient récupérer sept patients à l’hôtel pour les conduire au centre de dialyse, car, selon lui, la distanciation sociale « n’est pas véritablement respectée » dans le véhicule. « Non pas parce que les patients en font fi, mais parce que chaque patient à une pathologie différente et est dans un état différent » rappelle-t-il, faisant ressortir que le risque de contamination est omniprésent.
D’ailleurs, confie-t-il, vendredi dernier, alors qu’ils étaient six patients à se rendre le matin au centre de dialyse, il a appris par la suite, sur le chemin du retour vers l’hôtel, que trois de ceux avec qui il avait lui-même voyagé avaient été testés positifs à la COVID-19. « On comprend, car les tests ont été faits le matin et ils ne pouvaient pas savoir. Mais nous mettons tout de même nos vies en péril ! » dit Y. Et de confier que dans un autre véhicule, qui transportait trois patients seulement, « deux ont été testés positifs ».

Inquiétude grandissante

Ce qui explique l’inquiétude grandissante des patients, dit-il, car avant que les résultats ne tombent, nul ne sait qui est porteur ou pas du virus. « Nou pa kone ki dimounn ki porter. Mem mwa mo kapav porter e etr enn menas pou bann lezot pasian, ek visversa », dit-il.
Dans cette optique, et au nom des autres patients dialysés, il lance un appel aux autorités pour revoir leur système de transport pour le centre de dialyse. « Le trajet entre Bel-Ombre et Souillac n’est pas long, soit 20 minutes maximum. L’attente n’est pas longue. Nous préférons attendre dix minutes que de prendre des risques et jouer avec notre vie. Nou pa le prese apre al kontamine », lance Y.

Nécessité d’un suivi médical

S’agissant des séances de dialyse, les patients se disent satisfaits, d’autant que le personnel attaché à cette unité, à Souillac, est très dévoué, estiment-ils. « Nous leur sommes reconnaissants ! » disent-ils. Toutefois, c’est leur suivi médical qui pose problème, car depuis qu’ils sont en quarantaine, s’ils sont bien traités à l’hôtel et reçoivent leur transfusion comme il se doit, ils n’ont reçu à ce jour aucune visite médicale. « Chaque patient souffre d’une pathologie particulière et certains sont dans des états nécessitant un suivi médical. Or, si on nous prend la température à l’hôtel et on nous donne à manger, nous sommes un peu livrés à nous-mêmes. Pour certains, cela devient une source d’angoisse. Surtout vu l’évolution de la situation, avec de plus en plus de patients dialysés testés positifs », expliquent-ils.

« Notre calvaire, notre angoisse »

Pour les sept jours restants de leur quarantaine, les patients dialysés, qui se disent « très inquiets », sollicitent l’attention des autorités. Surtout qu’à ce jour, ils n’ont toujours pas été vaccinés. « Nous étions supposés faire le vaccin le jour où des cas positifs ont été détectés à l’hôpital de Souillac. Aujourd’hui, malheureusement, tout le personnel de l’hôpital est positif, et nous ne savons pas qui pourra nous renseigner et nous diriger vers les vaccins. Il n’y a aucun préposé du ministère sur place pour nous guider », ajoute Y. Selon lui, dans la conjoncture, il aurait été plus judicieux que « ces hauts gradés, ces gens qui prennent les décisions, viennent constater de visu ce qui se passe » à l’hôtel. « Ne serait-ce que nous rassurer face à notre calvaire, face à notre angoisse. »
Ces patients dialysés disent comprendre la situation dans laquelle travaillent les officiers de la Santé, sans doute en manque d’effectifs. « Nous ne demandons pas une attention prioritaire, mais une attention particulière, car notre état de santé est fragile. Plus les jours passent, plus la tension est palpable. Il nous reste une semaine encore à passer en quarantaine. Pour éviter d’autres contaminations, espérons que notre requête sera prise en compte au plus vite », disent-ils.