« La situation est extrêmement sérieuse. » C’est ce qu’estime le Dr Vasant Bunwaree, médecin cardiologue, suivant de près l’évolution du COVID-19 depuis le début de la pandémie. Il ne s’étonne pas pour autant. « J’avais dit qu’il fallait multiplier la vigilance et qu’il ne fallait pas laisser les passagers dans les bus sans distanciation. Autant avais-je dit que la première vague avait été relativement bien gérée, autant avais-je dit qu’il y avait des failles dans la deuxième. Et, on est en train de voir les résultats », dit-il.

Le fait qu’il y ait eu plusieurs cas de contamination dans un même lieu de travail, explique le Dr Vasant Bunwaree, démontre qu’il y a « un manque de précautions ». Il poursuit : « Il est clair que ces personnes ne se protégeaient pas comme il le fallait. On avait bien souligné l’importance de la distanciation sociale, de bien porter le masque, et que même bien porté, il y a un petit pourcentage de risque. Il faut bien couvrir le nez et la bouche. »
Autre problème que relève le médecin : « Certaines personnes portent un masque pendant plusieurs jours alors qu’il y en a qui doivent être jetés après quatre heures. Si les gens n’ont pas suffisamment de moyens pour se procurer des masques à cette fréquence, le gouvernement doit en donner. » Faut-il s’inquiéter de cette flambée ? « Il ne faut certes pas céder à la panique. Il est important de garder le moral », dit-il.

Le Dr Vasant Bunwaree ajoute : « N’empêche, on voit que les cas se multiplient. Il faut se poser la question : est-ce que le travail qu’on fait est suffisamment bon ? Il faut tester à travers l’île. Il faut voir quelles sont les personnes qui ont voyagé dans le même bus que celles testées positives. Il ne faut pas croire que la bataille est gagnée. » Et de poursuivre que, même si on peut avoir l’impression que les variants ne sont pas encore courants à Maurice, « il est certain qu’il y a des cas isolés ». Les vaccins vont-ils nous protéger contre les variants ? « Pas nécessairement. Il faut être très vigilant. La grande question, c’est la vaccination », répond-il.

Il tient toutefois à attirer l’attention des autorités sur ce sujet. « C’est bon de vacciner. Mais on a eu le Sinopharm. Regardez bien où ce vaccin a été utilisé, il y a eu des échappées comme aux Seychelles et en Arabie Saoudite. Est-ce que c’est le vaccin ? C’est peut-être plusieurs facteurs : on vaccine, ensuite on ouvre les frontières et on déconfine partout comme si tout était normal. Ce n’est pas possible ! Il faut faire très attention. J’avais dit qu’il y aurait eu une flambée et c’est le cas. »

Il réitère : « Faites attention, car même si le virus paraît peu virulent pour l’instant, cela ne veut pas dire qu’il va nous laisser tranquilles. Il est plus intelligent que nous. À la moindre erreur, on verra les retombées. » Peut-on envisager un déconfinement total initialement prévu pour début juin dans un tel contexte ? « Personnellement, je pense qu’il faut rester extrêmement vigilants. Sur la plage, il n’y a pas de danger, sauf si les gens sont agglutinés. Par contre, les lieux de culte et de sport d’intérieur, je dirais non, car ce sont des endroits fermés. Avant de rouvrir, voyons ce qui se passe. Il ne faut pas lâcher la pédale trop vite », prévient-il.