L’ancien député de Rodrigues Christian Léopold ne mâche pas ses mots. L’homme est en colère face à l’indifférence envers des Rodriguais bloqués à Maurice. Il se demande s’il faut que le Rodriguais attrape la COVID pour faire entendre sa voix. Pour lui, si cette situation perdure, une bataille légale sera enclenchée, suivie après le confinement d’une marche pacifique et d’une grève de la faim des Rodriguais diffusée en live 24h sur 24.

Christian Léopold est un homme dévasté, se disant avoir été « piégé » à Maurice. Arrivé le 4 mars pour une consultation médicale avec son départ prévu pour le 8 mars, il s’est retrouvé « emmuré », dit-il. Son grand regret est de n’avoir pu soutenir son unique fille qui devait prendre part à des examens. Lui-même, enseignant de profession au Rodrigues College, n’a pu faire la correction des questionnaires de biologie de ses élèves, ni n’a-t-il pu les suivre dans leurs examens du HSC.

L’ex-député de Rodrigues se dit heureux de pouvoir être accueilli chez sa sœur à Roche-Bois, tout en regrettant que d’autres Rodriguais bloqués à Maurice n’ont pas cette même chance. « Nous, les Rodriguais, nous pouvons dormir à même le s. Nous sommes, des personnes simples. Mais financièrement, il y a beaucoup qui ne pourront pas tenir autant de jours à Maurice. J’ai aidé une cinquantaine d’entre eux en approchant le Rotary Club, mais la situation reste toujours dans le rouge,» poursuit-il.

Entrepreneur, Christian Léopold gère aussi une Guest House, Le Pandanus, à Rodrigues, qui fait vivre 35 familles. Il achète aussi les produits des artisans, tout en étant très engagé au sein de l’église. « Nous sommes en pleine Semaine Sainte et je suis déboussolé. Il y a en moi un mélange de sentiments, notamment la colère, la déception contre le gouvernement mauricien mais aussi davantage à l’encontre de l’Assemblée régionale de Rodrigues. Je suis Rodriguais avant tout, un professionnel qui contribue à l’économie et mon impression est que la République de Maurice et l’Assemblée régionale de Rodrigues m’ont laissé tomber. Mes droits constitutionnels et humains ont été bafoués. »

« Arrêtons cette mascarade »

Christian Léopold revient sur les événements. Il rappelle que le 6 mars, il y a eu une interdiction de vols à minuit. Or le dernier vol sur Rodrigues était prévu à 14h25. Pour Christian Léopold, il aurait fallu à ce moment précis « laisser aux Rodriguais leurs droits constitutionnels et humains ».  Car, martèle-t-il, ses droits et ceux de tous les Rodriguais ont été bafoués. « Avant le Lockdown, nous aurons pu facilement rentrer chez nous et nous mettre en quarantaine à Rodrigues. » Christian Léopold a fait appel à ses avocats, en l’occurrence Mes Veer Beeltah, Raajkamal Greedharry et Neelkanth Dulloo, le vendredi 26 mars et il a déposé une plainte au poste de police de Roche-Bois pour faire ressortir que « ses droits constitutionnels ont été bafoués ». Pour sa part, l’avocat Neelkanth Dulloo a demandé à Serge Clair de ne pas camper sur sa position et de venir en aide aux Rodriguais bloqués à Maurice.

Dans un autre ordre d’idées, Christian Léopold évoque la lettre adressée au Premier ministre , Pravind Jugnuath, pour les rapatrier sur le vol du 19 mars, alors que les papiers d’examens étaient acheminés à Rodrigues et que les Mauriciens qui étaient à Rodrigues ont pu rentrer. Pour lui, sa demande est restée lettre morte.

Selon Christian Léopold, les Rodriguais ont même lancé une pétition en ligne. Or, indique-t-il selon certaines sources, il semblerait qu’à Maurice, il n’y ait aucun problème pour leur rapatriement mais que le problème viendrait plutôt de Rodrigues. « Il semblerait qu’ils n’ont pas encore réglé la note des hôtels lors du premier confinement et que les négociations avec les hôtels pour ce second confinement n’aient pas abouti. On dit qu’on veut garder Rodrigues COVID-free, moi je dis que c’est de la foutaise alors qu’ils n’ont fait aucun test. Moi qui détiens un master en biologie, je peux dire que la plupart des cas détectés sont asymptomatiques. S’il y avait un hôpital à Rodrigues avec des équipements et des traitements adéquats, je n’aurais pas eu à faire le déplacement à Maurice. »

Il est aussi catégorique : « Il faut arrêter cette mascarade. Doit-on attraper la COVID pour faire entendre nos voix ? C’est inhumain. Sans le Rotary Club ou le diocèse anglican, les Rodriguais auraient eu du mal à tenir le coup. » Christian Léopold raconte une anecdote émouvante, celle concernant une Rodriguaise qui ne peut accoucher à Rodrigues étant bloquée à Maurice. « J’accuse l’Assemblée régionale de Rodrigues. Pour moi, il est clair qu’avec les élections qui arrivent, l’Assemblée régionale de Rodrigues ne va pas faire pression et préférera offrir les 400 Rodriguais bloqués à Maurice sur l’autel du sacrifice. Pensez au moins à ces Rodriguais qui vivent dans la précarité. On ne demande pas grand-chose, mais juste de nous permettre de retourner dans notre île. »

Si les Rodriguais continuent à être bloqués à Maurice, l’ex-député annonce qu’une bataille légale sera enclenchée, suivie d’une marche pacifique, voire d’une grève de la faim après la levée du confinement. Pour l’instant dit-il, les Rodriguais se retrouvent livrés à eux-mêmes et se soutenant par WhatsApp.